Persuadés que les victimes ne porteront pas plainte, ils montent une arnaque au faux cannabis avec du savon de Marseille

Deux jeunes majeurs avaient à répondre de faits d'extorsion et de port d'arme dans le cadre de l'audience de comparution immédiate de ce lundi 24 février. Ils ont fomenté un stratagème pour vendre de fausses savonnettes de cannabis afin de se faire un maximum de profit.
Nous sommes le 20 février dans un quartier de Saint-Denis lorsqu'un équipage de la brigade anti-criminalité est abordé par un jeune homme choqué et apeuré. Les policiers ne s'attendaient sans doute pas à ce qu'ils allaient entendre. L'individu explique qu'il vient d'être agressé par deux hommes dont un armé d'un katana. Ce qui est plus cocasse, c'est la raison : il venait d'acheter une savonnette de cannabis d'une valeur de 1.000 euros. Sauf qu'à son arrivée, le deal a tourné court. Il est tombé sur deux individus au visage masqué dont l'un l'a immédiatement agressé en lui disant : "Donne l'argent, donne l'argent sinon mi coupe a ou !", tout en lui portant l'arme au niveau du cou.
La victime explique qu'elle s'est exécutée avant de réussir à fuir. La description précise des deux individus ainsi que le timing permet à la BAC d'interpeller les deux agresseurs rapidement dans un bâtiment voisin de celui du deal. Ils sont retranchés dans la salle de bain de l'appartement de la petite amie de l'un d'eux. Ils sont interpellés, placés en garde à vue puis jugés devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Si les deux prévenus reconnaissent les faits, ils tentent de les minimiser. J.I., au physique imposant et tatoué jusqu'au visage, affirme qu'il était seul face à la victime. S'il reconnait le port du Katana, il réfute fermement l'avoir porté au niveau du cou de la victime.
"Il y en a toujours un qui prend"
J.P., plutôt frêle et porteur d'un handicap, avoue avoir créé un compte sur les réseaux sociaux pour donner rendez-vous aux futurs pigeons. Il reconnait également plusieurs transactions, au nombre de deux ou trois. Leur modus operandi est simple : ils camouflaient un savon de Marseille dans de la cellophane enduit en surface de résine de cannabis. Comme ils disent, "sur cinq gars, il y en a quatre qui ne prennent pas, mais il y en a toujours un qui prend". Ils avaient deux tarifs : 1.000 euros la savonnette et 450 la demie. D'habitude, ils ne sont pas masqués. Cette fois c'était différent car J.I. connaissait la victime et ne voulait pas être reconnu.
Pour leur arnaque, ils comptaient sur la peur des pigeons de déposer plainte compte tenu du produit vendu. Sauf que cette fois, le pigeon est tombé par hasard sur la BAC en partant. La victime, présente à l'audience, confirme la scène du katana sous le cou mais indique qu'il n'était pas posé du côté du tranchant de la lame. Il confirme aussi la présence de J.P. mais qu'il est resté passif. "Il a eu la trouille de sa vie", fustige la partie civile qui rappelle au tribunal que "même s'il venait acheter de la drogue, c'est bien lui la victime". De son côté, la procureure insiste sur "des faits d'extorsion aggravés particulièrement graves", ajoutant qu'"ils auraient pu se retrouver devant une cour d'assises pour des faits criminels".
"C'est un stratagème de faux trafic avec des savonnettes"
Pour ses réquisitions, le parquet indique tenir compte des casiers judiciaires de chacun. Pour J.P., pas de mention, la magistrate réclame une peine de 3 ans dont 2 ans de sursis probatoire et 4 ans de prison ferme pour J.I. qui est en état de récidive et déjà bien connu de la justice avec déjà plusieurs incarcérations. Elle requiert le maintien en détention pour les deux prévenus. "Il reconnait les faits et a participé à l'établissement de la vérité", indique la défense de J.P., et d'ajouter : "c'est un stratagème de faux trafic avec des savonnettes pour obtenir de l'argent de manière malhonnête. C'est une erreur de parcours, il n'a pas de casier", plaide la robe noire.
"Les réquisitions du parquet sont lourdes mais on peut les comprendre, vu son casier", reconnait la défense de J.I. "Ce n'est pas un réseau de trafiquants, ce sont deux camarades qui ont voulu se faire de l'argent facile", ajoute l'avocat qui plaide "une peine plus adaptée", insistant sur le fait qu'"il conteste la scène du katana depuis le début et qu'il ne voulait pas lui faire de mal".
Au final, J.I. est condamné à 3 ans avec maintien en détention. J.P. écope pour sa part de 2 ans entièrement assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans. Ils devront s'acquitter de la somme de 100 euros sur les 1.000 volés, 900 ayant été retrouvés par la BAC, et 250 euros au titre du préjudice moral.


