Patrimoine : un nouveau départ pour l’ancienne gare de Saint-Benoît

Construite à la fin du XIXᵉ siècle et abandonnée depuis plus d’un demi-siècle, l’ancienne gare de Saint-Benoît va faire l'objet d'un vaste chantier de restauration soutenu par le Loto du patrimoine. Première mise en lumière ce week-end dans le cadre de Rouge Ruelle, qui investit le front de mer à l’occasion des Journées du Patrimoine.
Érigée entre 1879 et 1881, l’ancienne gare de Saint-Benoît constitue l’un des plus anciens témoins du passé ferroviaire réunionnais. Située au kilomètre zéro de la ligne de chemin de fer, elle fut classée gare de “première classe”. Le bâtiment principal, en basalte taillé et coiffé d’une toiture en bardeaux, accueillait les voyageurs. À ses côtés se trouvaient un quai et un entrepôt marchandises, indispensables à l’activité économique de l’époque.
Un patrimoine ferroviaire disparu
Construit à partir de 1878, le chemin de fer reliait Saint-Benoît à Saint-Pierre en passant par Saint-Denis et Saint-Paul. Il permettait un transport plus rapide des cannes et du sucre vers les ports, jusque-là assurés par des attelages de mules. Mais dès 1955, la fermeture de la liaison du Sud entre Le Port et Saint-Pierre annonçait le déclin. La section Nord, de Saint-Denis à Saint-Benoît, fut fermée en 1963, et les onze derniers kilomètres entre Saint-Denis et La Possession disparurent en 1976. Seule une courte liaison touristique à la Grande Chaloupe survécut.
La gare de Saint-Benoît a suivi ce destin. Les archives permettent de retracer ses transformations successives : une première extension entre la construction et 1949, puis une seconde entre 1949 et 1961. Le hangar à marchandises, rénové entre 1961 et 1969, disparut définitivement entre 1973 et 2005. La gare possédait aussi une avancée de toiture côté rue, disparue entre 1973 et 2000. Enfin, la voie ferrée elle-même fut retirée entre 1961 et 1969.

Un état de dégradation avancé
Aujourd’hui, le seul vestige visible est le bâtiment des voyageurs, situé face à la rue Alexis de Villeneuve, sur le front de mer. On distingue encore l’inscription “St-Benoît” sur la façade.
Un diagnostic datant de 2023 dresse un constat préoccupant : la toiture a disparu et la charpente doit être entièrement reconstruite, les murs présentent des fissures, les enduits ont disparu, des linteaux sont effondrés, les soubassements en pierre sont apparents et fragilisés par l’humidité.
Le site a par ailleurs été envahi par la végétation, ce qui accentue les dégradations et l’impression d’abandon.
Un abattoir a un temps existé en continuité du bâtiment.

Une restauration à l’identique
Le projet de réhabilitation, estimé à un peu plus de 350 000 euros, vise à conserver l’enveloppe du bâtiment et à mettre en valeur ses éléments d’origine. La charpente et le toit à deux pans seront refaits à neuf. Les ouvertures en anse de panier seront conservées et les linteaux restitués. Les façades retrouveront une teinte proche de la couleur originelle, avec menuiseries et volets en bois, conformément aux modèles retrouvés dans les archives. La végétation sera retirée pour protéger la maçonnerie altérée.
En 2024, l’ancienne gare a été retenue parmi les sites soutenus par le Loto du patrimoine et bénéficiera à ce titre d’un soutien à hauteur de 120 000 euros. Une reconnaissance nationale pour ce lieu emblématique qui ne bénéficie pourtant d’aucune protection patrimoniale officielle. Le reste du financement est porté pour moitié par la ville et pour moitié par le Département (Pacte Département et Territoire (PDT)).

Une mise en valeur du front de mer
Située au cœur du projet de redynamisation du front de mer de Saint-Benoît, la gare restaurée est appelée à devenir un espace culturel central. L’esplanade déjà aménagée à proximité accueille régulièrement des événements économiques ou culturels. À terme, la gare pourrait abriter des expositions et accueillir un café attenant, offrant un lieu de convivialité ouvert sur le littoral.
Une mise en valeur du sentier littoral est aussi prévue. En fin d’année, ce sont huit écobox qui doivent aussi faire leur apparition sur l’esplanade pour autant de points de restauration.
« D’ici quelques semaines, le chantier de restauration de l’ancienne gare doit démarrer, un des vestiges de l’histoire ferroviaire de La Réunion car nous sommes ici au km zéro de l’ancien chemin de fer », souligne Ridwane Issa, premier adjoint au maire. « Il était important de valoriser notre patrimoine culturel. Ce bâtiment sera le premier réhabilité dans le cadre d’un vaste plan de restauration du patrimoine bénédictin. La réhabilitation sera menée à l’identique, comme à l’époque. Dans un premier temps, sa vocation sera culturelle, avec des projets d’exposition. Ensuite, un café sera créé, pour que chacun puisse profiter du front de mer de Saint-Benoît. »
La mairie porte un projet plus large de valorisation du patrimoine bénédictin : un inventaire doit être réalisé dans un premier temps puis un plan de restauration concernant les sites emblématiques de la commune, “dans une perspective culturelle, touristique et économique”.
Une mise en lumière avec Rouge Ruelle
En attendant le lancement du chantier, l’ancienne gare sera au centre de l’attention à l’occasion du festival Rouge Ruelle, les 20 et 21 septembre, dans le cadre des Journées du Patrimoine.
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Pour sa deuxième édition, cet événement transformera le front de mer en scène artistique à ciel ouvert avec fresques monumentales, installations, concerts, ateliers et marché de créateurs. Le site de l’ancienne gare servira d’écrin à plusieurs performances, offrant ainsi une préfiguration de son futur rôle culturel au cœur de la ville.


