Patrick Belcourt, opposant mauricien : "Le ciel n'a pas fini de nous tomber sur la tête"

Comment analysez-vous la situation économique à Maurice avec la fermeture des frontières qui interdit l'entrée des touristes, le naufrage du Wakashio et l'inscription de Maurice sur la liste noire des pays de l'Union Européenne?
"Il n'y a pas de fuite possible, même si certains au gouvernement estiment que tout se règle en puisant dans nos réserves. Chaque problème en ramène un autre, comme un système de poupées russes.
Concernant le volet touristique, qu'est-ce qui attirait les touristes? Comme les Seychelles, nous avons des plages de sable blanc et une mer turquoise, mais avec moins d'hôtels cette destination a de meilleurs résultats. Nous avons un problème de définition du produit touristique et la mise sous administration d'Air Mauritius est un handicap. De surcroit, le drame de la marée noire vient compromettre tout le marketing de la destination basé sur l'argumentaire de la mer turquoise et du sable blanc.
Le naufrage est venu cristalliser le déséquilibre du secteur touristique. Ce parc hôtelier gigantesque devrait être nourri en sièges supplémentaires ".
Patrick Belcourt poursuit, se faisant plus incisif encore dans son analyse : "la situation économique de mon pays est une dette creusée encore par le projet du Métro Express, des avions achetés non prévus et un désinvestissement qui se produit depuis 2 ans. Cette manifestation du 29 août est un soulèvement populaire, l'expression d'un ras le bol de la politisation à outrance, de cette action gouvernementale qui favorise le népotisme et la corruption. C'est la faillite d'une institution et d'un gouvernement qui a joué l'attentisme !" .
Quelles conséquences envisagez-vous sur la situation sociale et politique de l'île?
L'opposant tient à saluer le courage de la population, des femmes qui ont donné leurs cheveux pour confectionner des boudins afin de lutter contre la marée noire ou des hommes qui n'ont pas hésité à se mettre à l'eau dans la mer souillée pour tenter de faire quelque chose aux pires heures de la catastrophe.
En tant que Mauricien, quel est votre regard sur la catastrophe écologique du Wakashio? Sur la façon dont elle a été gérée par le gouvernement? Y-a-t-il un scénario que vous privilégiez pour expliquer le naufrage?
"Je n'ai pas les compétences pour en expliquer les causes mais un tribunal d'investigation va le faire. Nous Mauriciens, cela nous parait surréaliste. Il y a d'un côté une population qui sait ce qu'elle doit faire pour sauver son pays sans qu'on lui donne l'ordre. Les médias occidentaux et asiatiques sont ébahis par ce qui se passe à Maurice. De l'autre côté, le gouvernement ne sait que faire, il y a une mauvaise gestion où ils s'empressent à se défaire de la proue du bateau. C'est surréaliste ! Plus de 50 dauphins sont morts que certains ont voulu cacher ! Quand le gouvernement s'en mêle, la situation empire".
"Ici nous avons une structure institutionnelle pour cela ( l'ICAC), mais ça, c'est le discours du gouvernement. Les Mauriciens ont la perception d'un éléphant blanc, ce qui semble se confirmer dans la conjoncture actuelle".
Comment lutter contre le trafic de drogue à Maurice?
"C'est très compliqué comme partout ailleurs. On se berce d'illusions. Plus on attrape des dealers et plus on en trouve d'autres. Il faut traiter le problème des addictions avec les toxicos et leurs familles".
Comment avez-vous vécu la manifestation géante du 29 août?
"Comme tout le monde, je suis enchanté. Il fallait que les gens s'expriment enfin. Depuis cette manifestation, les cocos pleuvent sur la tête du gouvernement et des gens de l'opposition. Il faut changer le système".
Quel avenir pour Maurice?
"Nous sommes condamnés à réussir alors que le ciel n'a pas fini de nous tomber sur la tête. Cette mer est tout pour nous. Les Réunionnais sont venus à notre secours. Le peuple mauricien n'est pas près de l'oublier. J'ai honte que le gouvernement n'ait pu exprimer la gratitude des Mauriciens. Nous trouverons l'occasion de le faire nous-mêmes."


