Pas d'homme chez le psy : la peur des maux

D’après une récente étude de l’Assurance maladie, les hommes sont plus réticents à consulter un psychologue. Deux tiers des patients qui fréquentent les cabinets de psy sont en effet des... patientes.
Les hommes chez les psy : un rendez-vous manqué. Le mois dernier, l’Assurance maladie a publié une étude montrant que les personnes qui osent se confier sur le divan d'un psychologue sont en écrasante majorité des femmes. Ainsi, 70% des personnes qui se sont saisies du dispositif "Mon soutien psy" - un dispositif qui permet de bénéficier de 12 séances gratuites - sont des femmes. De même, 78% des personnes qui prennent rendez-vous via la plateforme Doctolib étaient également des femmes.
Presque 600.000 patients se sont saisis de Mon soutien psy depuis 2022
Toujours selon l'Assurance maladie, 4 personnes sur 10 n'identifient pas leur mal-être. Il y aurait alors une certaine méfiance des hommes à consulter. “Les hommes ont plus souvent une évaluation négative du psy. Ils se disent qu’ils n’ont pas besoin d’aide et qu’ils peuvent se débrouiller seuls”, explique Anne-Sophie Faure, neuropsychologue.
La crainte du jugement et la méconnaissance des outils psychologiques pourraient jouer un rôle dans l’initiative de consultation. “Du fait de retarder la consultation, les troubles sont souvent plus importants chez les hommes”, poursuit la spécialiste. Selon la praticienne, le fait que les psychologues sont le plus souvent des femmes, qui plus est souvent jeunes, sont aussi un frein à la consultation.
La détresse psychique des hommes passerait plus facilement sous les radars que celle des femmes. “Chez les hommes, l’expression de la souffrance passe davantage par la consommation de substances, mais aussi par un comportement à risque”, observe la psychologue.
Les stéréotypes mis en cause ?
Selon Sophien Horri, anthropologue de la santé à l’Université de La Réunion, deux axes structurent notre société par rapport à la santé mentale : la pudeur et le tabou. Dans une société patriarcale marquée par l’image de l’homme fort, ce dernier se doit de protéger sa famille et son foyer. “Comment puis-je me donner le droit de me sentir mal ?”, questionne le spécialiste de l’étude des comportements humains.
“Sociologiquement, les femmes s’occupent beaucoup plus de leur santé que les hommes”. La femme qui s’occupe du foyer, qui prend soin des enfants, la mère qui porte la grossesse... “Cette accumulation de responsabilités liée au soin chez la femme expliquerait qu’elle serait plus apte à vouloir soigner son corps et sa psychée”, suppose le chercheur.
Est-il question d’espace d’expression ? “Peut-être que la femme ne trouve pas d’espace chez elle pour exprimer sa peine”, propose l’anthropologue en donnant l’exemple de la mère de famille ne pouvant pas se permettre de montrer ses failles.
Le chercheur met en parallèle le suivi psychologique plus fréquent de la part des femmes avec le taux de violences conjugales particulièrement élevé sur l’île. Pour rappel, La Réunion se distingue par un taux de violences conjugales supérieur à la moyenne nationale. En moyenne, 12 femmes par jour dénoncent des faits de violences conjugales.
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Plus globalement, il est estimé que plus d’un Français sur cinq sera touché par un trouble psychique au cours de sa vie et que la santé mentale des Français n’a fait que se dégrader depuis la pandémie de Covid-19.
Quelques semaines après la pose de la première pierre par le ministre de la Santé d’un nouvel établissement public de santé mentale (EPSMR) à Saint-Paul, les chiffres inquiètent.
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