Outre-mer : Stéphane Fouassin alerte contre une “faute stratégique” de l’État

Le sénateur réunionnais Stéphane Fouassin cosigne une tribune dénonçant les arbitrages budgétaires de l’État envers les Outre-mer. Logement, investissements publics, emplois aidés ou encore vie chère : les signataires craignent un “décrochage social durable” des territoires ultramarins dans un contexte déjà marqué par les tensions économiques et énergétiques.
Le sénateur de La Réunion Stéphane Fouassin hausse le ton. Dans une tribune cosignée avec plusieurs parlementaires ultramarins et hexagonaux, l’élu dénonce ce qu’il considère comme une remise en cause progressive des engagements financiers de l’État envers les Outre-mer. Un choix qui constituerait, selon les auteurs, une “faute politique, sociale, stratégique”.
Dans le viseur des signataires, les premiers arbitrages budgétaires et les redéploiements de crédits opérés ces derniers mois. La tribune pointe notamment le secteur du logement social, considéré comme “pilier de la cohésion sociale”, où les écarts entre les crédits votés et les montants réellement notifiés aux préfets seraient particulièrement importants. Les auteurs évoquent des baisses comprises “entre 40 % et 62 %”, malgré les 236,3 millions d’euros inscrits en autorisations d’engagement dans la loi de finances 2026 pour l’action logement.
"Ce qui se dessine n’est pas un ajustement technique mais une inflexion politique au risque d’un décrochage social des territoires d’Outre-mer"
Pour les sénateurs, les conséquences sont déjà visibles sur le terrain : opérations gelées, chantiers suspendus et projets abandonnés, alors que la demande de logements reste massive dans plusieurs territoires ultramarins.
Autre sujet de crispation, le Fonds exceptionnel d’investissement (FEI), régulièrement mobilisé dans les Outre-mer pour financer infrastructures et équipements publics. Les signataires affirment qu’une partie des crédits non consommés est aujourd’hui redéployée vers d’autres urgences, “sans lien direct avec leur objet initial”. Ils rappellent que près de 46 millions d’euros n’auraient pas été engagés et qu’environ 30 millions n’auraient pas été consommés.
La tribune élargit ensuite le constat aux difficultés économiques plus globales. Les sénateurs citent la réduction des parcours emploi compétences (PEC), passés selon eux de 30.000 à 15.000 contrats cette année, mais aussi les conséquences de la crise énergétique mondiale et l’absence d’avancée du projet de loi contre la vie chère.
"Ce qui se dessine n’est pas un ajustement technique mais une inflexion politique au risque d’un décrochage social des territoires d’Outre-mer", écrivent-ils encore.
Au-delà des aspects budgétaires, les auteurs replacent également les Outre-mer dans un contexte géopolitique plus large. Ils rappellent que les territoires ultramarins participent directement à la souveraineté maritime et énergétique française, dans un moment marqué par les tensions internationales, les enjeux climatiques et les fragilités sur les routes commerciales mondiales.
"Faire des économies aujourd’hui sur le dos de nos territoires, c’est affaiblir demain notre capacité d’action", préviennent-ils, estimant que les Outre-mer ne pourront pas être “un angle mort du débat national” à l’approche de la présidentielle de 2027.
Outre Stéphane Fouassin, la tribune est notamment signée par plusieurs sénateurs ultramarins, dont Thani Mohamed Soilihi, Georges Patient ou encore Dominique Théophile.


