On les appelle les " sans c… "

Mai 2018. La Réunion se réveille avec la gueule de bois. Un an déjà que Marine Le Pen est au pouvoir. Et elle a appliqué les promesses de son programme.
La France a donc quitté l’Europe et est revenue au franc. Tous les revenus ont en conséquence baissé, y compris les retraites, alors que la dette explosait et que les taux d’intérêt flambaient. Dans le même temps, les pays européens, confrontés à une diminution de leurs exportations en France, ont appliqué les mêmes mesures sur les produits français : les agriculteurs, déjà étouffés par une dette considérable, ont vu leurs ventes baisser, et ont dû détruire des tonnes de fromages, de vins, de fruits et légumes. Les grands groupes industriels ont fermé leurs usines en France, vu qu’ils ne pouvaient plus exporter, et les ont installées dans les pays voisins. Le chômage a donc considérablement augmenté et la misère a gagné du terrain.
A La Réunion, le chantier de la route du littoral est au point mort ; la mobilité professionnelle vers l’Europe n’existe plus ; la canne à sucre et les autres productions agricoles pourrissent sur pied. La fin des subventions européennes a sonné le glas de l’économie réunionnaise. Car s’il est vrai que la France économise les fonds qu’elle versait jusqu'en 2017 à l’Europe, Marine Le Pen ne les a pas rendus aux Outre-Mer mais les a réattribués aux banlieues de la région parisienne sur le point d’exploser.
Dans le même temps, déjà tendus par cette crise économique sans conséquent, les Français se sont heurtés les uns aux autres et La Réunion n’a pas été épargnée. Sous prétexte de lutter contre l’islamisme, la médersa réunionnaise a perdu sa convention avec l’Etat et beaucoup de commerçants zarabes ont dû abandonner leur bonnet mais aussi revoir leurs horaires de travail pendant le Ramadan.
Idem pour les Malbars, qui ont dû remiser leurs « bondieuseries » dans leurs arrière-boutiques. « Ca me rappelle ce que nous racontait notre grand-père du temps de l’engagisme » déclarait l’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat, il y a quelques jours à l’antenne de la radio « Moin lé partou » (qui autrefois, était plus connue sous le nom de « Freedom »)
Evidemment cette lutte contre les signes ostentatoires n’a pas empêché malheureusement les attentats. Ni même l’immigration illégale. Avant le second tour de l’élection présidentielle de 2017, un historien rappelait que « même avec des moyens bien plus conséquents et en temps de guerre, les nazis n’avaient pas réussi à fermer hermétiquement les frontières françaises. C’est mission impossible ». Les ingénieurs du ministère de l' "Intérieur et du refus de l'Extérieur" ont bien dû reconnaître, la mort dans l’âme, qu’il était impossible de raser les Pyrénées et les Alpes pour construire un mur à leur place.
Au ministère « des Devoirs de la Femme et de la Sous-Condition féminine », Christine Boutin a fait cesser toutes les subventions aux associations de planning familial ou d’éducation populaire. Depuis, nombre d’avortements sont réalisés chaque jour dans des conditions déplorables, l’IVG n’étant plus remboursée par la Sécurité Sociale. « C’est le retour aux vraies valeurs de la famille », a expliqué la ministre, qui envisage maintenant d'imposer une prescription médicale pour pouvoir se procurer des préservatifs dans les pharmacies. "L'acte d'amour a pour but la procréation, rappelle la ministre. Tout autre but, et tout acte n'ayant pas ce but ne sont pas conformes à nos valeurs".
A La Plaine des Palmistes, au Tampon, à l’Entre-Deux, et dans nombre d’autres communes ou institutions, réunionnaises et françaises, tous ceux qui avaient renvoyé dos-à-dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron un an auparavant ont gagné un nouveau surnom : « les sans c… ». Un commentateur avisé de la vie politique réunionnaise, depuis renvoyé de La Réunion pour avoir été fiché S après avoir simplement critiqué le régime en place, expliquait ainsi ce surnom : « on ne sait pas comment ce surnom est né et qui l'a créé. Mais l'explication est simple. Il se rapporte à l'attitude de ces élus, dans l'entre-deux-tour de la présidentielle de 2017, où, au lieu d’expliquer pourquoi il était dangereux et stupide de voter pour le FN, ils ont préféré se taire, baisser la tête et dire, par exemple, que "Emmanuel Macron n’est pas plus républicain que Marine Le Pen", par peur de perdre les législatives ou les municipales suivantes. Ces édiles qui se disaient des élites portent une lourde responsabilité morale ».


