NRL : les filets de l’ancienne route du littoral, une bombe écologique sous-estimée

L’Autorité environnementale alerte sur le devenir de l’actuelle route du littoral et des filets de protection. Entre dégradation inévitable, impacts sur le milieu marin et menace sur une biodiversité unique, le dossier présente encore de sérieuses zones d’ombre.
Avec la mise en service progressive de la Nouvelle Route du Littoral, la question du devenir de l’ancienne infrastructure devient centrale. Le projet prévoit bien une déconstruction partielle, avec le démontage de la superstructure en pied de falaise et la valorisation des matériaux, un point jugé positif. Mais ce démantèlement reste incomplet, comme l'a soulevé le Quotidien. En particulier, les sections situées derrière les futurs viaducs ne seraient pas entièrement retirées, laissant place à une évolution naturelle du site, largement sous-estimée.
Un risque pour le milieu marin et les usages
Car sans intervention, l’avenir de cette route semble déjà tracé. L’Autorité environnementale alerte sur une dégradation progressive, « accélérée lors des cyclones », conduisant à une désagrégation de l’ouvrage. À terme, « le résultat prévisible sera une route déstructurée avec ses éléments de matériaux, de béton et de métal dispersés en désordre le long du littoral ». Une perspective loin d’être anodine, alors que ces matériaux pourraient atteindre des zones sensibles, notamment les fonds marins.
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Au-delà de l’image, les conséquences pourraient être concrètes. L’Autorité évoque un risque direct pour les écosystèmes marins, « y compris aux endroits où se trouvent des coraux », mais aussi pour les activités humaines, avec un danger potentiel pour « la navigation et les activités marines ou sous-marines ». En clair, la déconstruction partielle pourrait générer un héritage environnemental durable.
Face à ce constat, le dossier reste incomplet. L’Autorité estime que « la non dépose […] ne saurait apporter une réponse durable » et appelle à revoir la copie. Elle recommande ainsi d’« exposer les mesures prises pour éviter toute incidence sur l’environnement et la santé humaine » ou, à défaut, d’« étendre les travaux de déconstruction » à l’ensemble des tronçons concernés.
Les filets de protection, un autre point critique
À cette question s’ajoute celle des filets de protection contre les chutes de pierres, installés sur la falaise. Leur dépose apparaît comme une étape logique avec la disparition de la route actuelle. Pourtant, là encore, le dossier reste flou. Ces équipements couvrent pourtant des surfaces considérables, « 36 ha auxquels s’ajoutent 38 ha de déflecteurs ».
Sans entretien ni retrait, leur évolution est jugée préoccupante. L’Autorité alerte sur un scénario où ces filets, soumis à l’érosion et à la corrosion, pourraient chuter de manière imprévisible. « Emmêlés avec les matériaux de la route déstructurée, ils aboutiront à un résultat inesthétique et dangereux ». Surtout, leurs impacts environnementaux ne sont pas correctement évalués à ce stade.
Une biodiversité d’exception sous pression
Le sujet est d’autant plus sensible que la falaise concernée constitue un site unique. L’état initial rappelle qu’elle « présente une biodiversité exceptionnelle » et même « d’un niveau mondial exceptionnel ». Ce milieu abrite notamment des espèces emblématiques comme le Puffin de Baillon ou le Phaéton à bec jaune.
Or, les filets modifient déjà ces équilibres. Ils empêchent certaines espèces d’accéder à leurs zones de nidification et favorisent la présence de prédateurs. Le dossier souligne également un déclin préoccupant de la flore, avec « la disparition entre 2015 et 2023 de 2 632 individus » pour le bois de paille-en-queue.
Les perturbations liées au chantier aggravent la situation, notamment via la propagation d’espèces exotiques envahissantes. L’étude est sans ambiguïté : « Les actions de gestion devront viser à limiter l’expansion des espèces exotiques, restaurer les habitats favorables et suivre les populations indigènes sur le long terme. »
Des mesures prévues… mais pas garanties
Face à ces enjeux, une mesure compensatoire existe, visant la « restauration d’habitats de la falaise via une dépose sélective des filets ». Elle cible notamment la ravine à Malheur, un secteur à fort enjeu écologique. Mais son application reste incertaine. L’Autorité souligne que son engagement n’est pas garanti, alors même qu’elle constitue un élément clé du dispositif environnemental du projet.
Elle appelle donc à agir sans ambiguïté, recommandant de « mettre pleinement en œuvre la mesure […] de dépose des filets » et d’envisager sa généralisation.
Autre point de vigilance : la lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Le retour d’expérience de la première phase est clair, montrant une dynamique difficile à contenir. Malgré certaines actions, le risque reste élevé, « la présence continue de sols nus […] rend le risque de recolonisation très élevé ».
Pourtant, les moyens envisagés apparaissent limités, avec des marchés d’intervention restreints dans le temps. L’Autorité demande donc de renforcer ces dispositifs et de prolonger les actions engagées.


