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"Nous ne sommes pas des méchants, nous sommes des personnes en colère" : Qui sont ces nouveaux "Gilets jaunes" ?

Ecrit par L-H.T, à Saint-Denis – le samedi 24 octobre 2026 à 19H01
Photos Clély Dalama

Une grosse cinquantaine de lycéens et de gilets jaunes ont investi le Barachois, à Saint-Denis, de manière festive ce samedi 24 octobre. Après un blocage complet des axes de circulation, l’intervention des forces de l’ordre a donné lieu à quelques (très) légères tensions, sans entacher l'atmosphère bon enfant. Derrière les gilets fluorescents et les pancartes, une colère qui persiste, des revendications multiples et des manifestants qui entendent bien rappeler qu’ils n’ont pas disparu.

Vous l'aviez oublié, le gilet jaune n’a pas dit son dernier mot. Ce samedi 24 octobre, sur le front de mer de Saint-Denis, près de 80 de lycéens et de manifestants - selon les chiffres de la préfecture - vêtus (pour certains) du jaune ont investi les axes de circulation. D’abord au bord de la route, avec un filtrage bon enfant alimenté de klaxons puis sur la chaussée, jusqu’à provoquer un blocage complet du trafic.

Les forces de l’ordre sont ensuite intervenues. Quelques légères tensions ont éclaté avec les manifestants. Et, soudain, le spectre du mouvement que certains croyaient remisé au rayon des souvenirs sociaux a retrouvé une place bien réelle dans le paysage réunionnais pour le deuxième d'affilé.

"Les Gilets jaunes ne sont pas morts"

Mais qui sont ces nouveaux Gilets jaunes ? Des nostalgiques des ronds-points de 2018, des citoyens excédés par la vie chère, des militants inquiets de la situation politique nationale ? Au Barachois, les profils et les préoccupations ne se résument pas à une seule bannière. Une chose, en revanche, les rassemble : la volonté de se rendre visibles.

"Les gilets jaunes ne sont pas morts, c'est votre avis", lance pleine de détermination Marion, habitante de Saint-Denis depuis six ans. Pour elle, la colère est toujours là, "voire plus encore", alimentée par ce qu’elle considère comme "les dérives autoritaires de l’État et les prises de position du gouvernement".

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Le mouvement n’a pourtant rien d’un bloc parfaitement homogène. "Le mouvement n'est pas structuré autour de revendications uniques, tout le monde a les siennes", reconnaît-elle encore. La vie chère reste un sujet central, mais elle cite également les difficultés de l’éducation, la situation des étudiants et l’état des services publics.

"C'est un mouvement contre la vie chère, c'est un mouvement contre les mauvaises conditions d'éducation de nos enfants, des adolescents, des étudiants à l'université, c'est un mouvement contre l'effondrement des services publics à l'hôpital, nous confie-t-on encore. C'est contre tout ça, contre tout ce qui va mal."

Colères

Marion défend une mobilisation qu’elle souhaite pacifique. "La majorité des manifestations sont pacifiques. C'est juste que la soupe médiatique ne nous donne pas cette impression-là", affirme-t-elle. À ses yeux, "les images de violences qui accompagnent certaines mobilisations finissent par occulter les autres formes de contestation."

Au Barachois, pourtant, le blocage total de la circulation a changé la physionomie du rassemblement. L’intervention policière a été suivie de quelques tensions avec les manifestants. Le calme initial n’a donc pas été constant, même si les échauffourées n'ont été que de courte durée.

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Comment défendre une mobilisation pacifique tout en choisissant une action qui perturbe directement le quotidien des automobilistes ? Pour les manifestants, "bloquer la circulation permet d’attirer l’attention". "Regardez comment tout le monde nous soutient, un simple coup de klaxon, nous, ça nous suffit", explique Maxence, un jeune lycéen "inquiet pour son avenir".

Marion avait remarqué la présence policière avant que la situation ne se tende. "Oui, on les voit, on sait qu'ils sont là, ils nous regardent, ils nous scrutent, ils se baladent un peu, racontait-elle. Mais ils doivent se faire chier, on est pacifiques. Nous sommes pas là pour casser."

"Tout le monde a peur de perdre un œil ou une main"

Marion pointe un autre frein à la mobilisation : "la peur". Selon elle, "certaines personnes partagent les préoccupations des manifestants, mais hésitent à descendre dans la rue par crainte des affrontements et des blessures avec les forces de l'ordre."

"Mais pas grand monde arrive à se mobiliser parce que tout le monde a peur de perdre un œil ou une main", estime-t-elle. Elle poursuit : "Forcément, quand on pense que manifester pour ses droits, ça risque d'entacher à notre intégrité physique. Ça refroidit un peu, forcément."

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"Nous sommes pas des méchants, nous sommes des personnes en colère", coupe Giovanni, "plus âgé et expérimenté" que ses "collègues de circonstances". "On ne cherche pas les embrouilles ou le conflit, mais on cherche à faire bouger les choses", appuie-t-il.

Son analyse est personnelle, mais révèle néanmoins ce qui se joue, à ses yeux, au-delà du blocage : "Faire revenir dans la rue ceux qui se tiennent à distance, par lassitude, par crainte ou parce qu’ils ne se reconnaissent plus dans les formes habituelles de la contestation. Faire revenir tout le monde."

Marion se définit comme étant "étiquetée de gauche" et dénonce ce qu’elle appelle les "racistes décomplexés", qui "viennent tout gâcher". "Il faut continuer à manifester, ne serait-ce que pour donner tort à ces personnes là."

Les gilets jaunes, nouvelle génération ou retour des anciens ?

Le terme de "nouveaux gilets jaunes" mérite pourtant d’être interrogé. S’agit-il d’une nouvelle génération de contestataires, d’un retour des militants historiques ou d’un rapprochement ponctuel entre lycéens et citoyens mobilisés ? "La présence d’une cinquantaine de personnes ne permet pas, à elle seule, de trancher, tempère Giovanni. Mais il faut continuer à rassembler tous les combats, toutes les luttes autour de ce gilet jaune. Enfin, autour du mouvement, car l'habit aujourd'hui n'est plus indispensable."

Marion, elle, espère que le mouvement durera. Elle reconnaît qu’une organisation plus structurée pourrait lui permettre de prendre de l’ampleur. "Durer dans le temps, je pense que oui. Se structurer, je ne sais pas. Ça serait bien."

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Et si davantage de monde rejoignait les rangs ? "J'espère au fond de mois que nous ne sommes pas qu'un rappel du passé, glisse un autre lycéen. Il nous manque encore des contours, des relais, mais je crois à notre capacité à mobiliser." Alors, mouvement durable, ou une succession de rassemblements ponctuels ?

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