Notre Etat de Droit ne va pas droit
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Les dés sont jetés ! Les élections municipales de Saint-Paul sont annulées au motif que des signatures sont dissemblables : on signe d'une façon au premier tour, d'une autre au second tour, au nez et à la barbe des assesseurs. C'est illégal. Alain Bénard, le malheureux candidat du dernier scrutin, court, tout heureux, présenter sa malicieuse trouvaille au Tribunal Administratif. Après de longs mois de tergiversations de nos juges, siégeant dans les deux hémisphères de notre planète, et de prétendues savantes études graphologiques de deux pauvres petites signatures, Alain Bénard, au comble du bonheur, remporte soudain la palme. Je crois que le vainqueur pavoise trop vite : il s'achemine vers une brillante victoire à la Pyrrhus, vers une cuisante défaite pour la partie de rebelotte !
Les braves citoyens de Saint-Paul, pleins de bon sens, trouvent très amer ce micmac-là, tristement légalisé par le Conseil d'État, qui ne sort pas grandi de son jugement ! On est fort nombreux à avoir de la peine à écrire à cause de l'âge, d'une maladie, d'une bi-thérapie qui grignote les globules rouges ou quelque chose d'autre; le stylo n'obéit pas docilement à la main. Pour un rien, on ferait même un pâté, une horreur pour le juge Bridoison. On ne parvient pas à signer de la même façon, assis confortablement ou penché sur le registre, la main allongée !
Les députés et sénateurs de droite, qui ont manifesté leur liesse comme le feraient de grands adolescents, devraient se ressaisir et courir à l'Assemblée nationale corriger le code électoral, proposer le texte suivant : en raison des difficultés qu'ont de nombreux citoyens à signer dans les règles de l'art du fait de l'âge, d'une maladie ou de quelque chose d'autre, on doit considérer toute signature, couchée sur le registre de vote en présence des assesseurs, comme légalisée d'office, et sans autre forme de procès.
Ainsi on éviterait à nos juges administratifs, girouettes, de se passer la balle, tantôt blanche, tantôt noire, au gré du vent. On redorerait leur blason terni par ce type de micmac. Et surtout on mettrait un terme à un gros gaspillage de l'argent public! Voilà une piteuse querelle byzantine à éradiquer au plus vite pour le bonheur des citoyens !
Gérard Jeanneau


