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Nativisme et RN

 La présidente du RN est arrivée sans roulèr ni trompette à La Réunion ce samedi, en quête de parrainages et de suffrages pour l’élection présidentielle de 2022. Dans son programme, elle annonce que si elle est élue, elle accordera une « place centrale » aux territoires ultra-marins, « abandonnés » et « méprisés » par les gouvernements précédents.  Il s’agirait de […]

Ecrit par Jean-Louis ROBERT – le mardi 21 décembre 2021 à 07H22

 La présidente du RN est arrivée sans roulèr ni trompette à La Réunion ce samedi, en quête de parrainages et de suffrages pour l’élection présidentielle de 2022. Dans son programme, elle annonce que si elle est élue, elle accordera une « place centrale » aux territoires ultra-marins, « abandonnés » et « méprisés » par les gouvernements précédents.  Il s’agirait de mettre les périphéries au centre, rien que ça ! Il n’y aurait donc plus de périphéries ! Cela s’opèrerait par l’instauration d’un « grand ministère d’Etat » et d’une loi-programme de 15 ans.

Comment accorder un quelconque crédit à de telles promesses, qui relèvent de la nécrophilie politique (ce sont des idées mortes, dont on sait qu’elles ne fonctionnent pas), quand on sait que les peuples ultra-marins représentent ce que son parti déteste fondamentalement ? Les Ultra-marins ne sont que des Français de papier, des étrangers de l’intérieur, au même titre (presque) que les minorités issues de l’immigration ; les uns comme les autres ne sont pas « de souche ». La droite extrême contemporaine, quoi qu’en dise Marine Le Pen, développe en effet une vision nativiste de la société ; son double diabolique, le candidat de la Reconquête, est plus clair à ce sujet en annonçant sa préférence pour les souchistes.  Le nativisme a fait l’objet d’un ouvrage récent, au titre éponyme, co-écrit par deux sociologues (C. Bertossi et J.W. Duyvendak) et un député (A. Taché) ; cette idéologie, centrée sur l’idée de « pureté », « refuse l’égalité entre les citoyens et propose de les classer par ordre d’arrivée et de proximité (ethnique, religieuse ou culturelle) ». Ce concept s’est imposé de manière inédite dans le débat public, ce qui tendrait à accréditer la thèse que l’extrême droite est en train de remporter la fameuse « bataille des idées », chère à Gramsci, grâce à la diffusion par les media notamment de ses valeurs et normes, qui constituent ce que le penseur italien nomme « sens commun ». 

Cette prise de contrôle du sens commun semble effective dans les Outre-mer si l’on se rappelle, par exemple, que Marine Le Pen était arrivée en deuxième position dans 7 des 11 territoires ultramarins, lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017, obtenant même 40% dans trois d’entre eux dont, Mayotte. En 2019, aux élections européennes, elle confirme cette tendance en arrivant en tête dans huit territoires d’outre-mer. 

Rien d’étonnant donc à ce qu’un maire de La Réunion, celui de la Plaine-des-Palmistes, négligeant l’histoire, la reçoive le 20 décembre, jour anniversaire de l’Abolition de l’esclavage dans l’île, date fortement symbolique qui, d’une certaine façon, manifeste l’ouverture absolue à l’autre, à rebours de l’idéologie nativiste. Un autre édile, celui du Tampon, accomplira la même démarche.

Rien d’étonnant donc à ce qu’on l’accueille en triomphe à Mayotte le jeudi 16/12, où elle fera campagne durant 4 jours. Sa stratégie de dédiabolisation fonctionne, qui lui vaut même d’être reçue, comme en 2016, par le Grand Cadi, représentant religieux (musulman) de l’île. Elle affiche ainsi, en surface, une certaine compatibilité de l’islam avec la République, dissimulant le nativisme au fondement de l’idéologie qui la structure, pour se démarquer de son concurrent direct, Éric Zemmour. 

Rien d’étonnant donc à ce qu’on ait envie de l’« essayer », à l’instar de Daniel Zaidani. Le conseiller départemental de Pamandzi et ancien président du Conseil Général, invité de Mayotte la 1ère le mardi 14/12, a annoncé son soutien à Marine le Pen dès le 1er tour de l’élection présidentielle. Daniel Zaidani considère que la candidate du RN, qui promet l’instauration d’un Etat fort, saura résoudre le problème de la forte immigration clandestine principalement issue des îles des Comores qui affecte Mayotte, oubliant simplement que l’on est toujours le migrant de quelqu’un d’autre. Cela est d’ailleurs lisible dans cette déclaration de Marine Le Pen, faite peu de temps avant son départ pour l’Île aux Parfums : « Mayotte est en train de vivre notre futur ».

C’est un symbole de ce que nous pourrions vivre demain si on ne fait rien, et un symbole de l’abandon de l’Etat ». On y perçoit, si l’on est un tant soit peu attentif aux déterminant et pronom de la 1ère personne du pluriel, une opposition entre « eux » et « nous », le « nous » étant ici exclusif et renvoyant évidemment aux Français « de souche ». 

Chassez le naturel et le nativisme revient au galop.

 

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