Nadia Ramassamy : "Le gâchis du Pass culture"

Monsieur le Ministre,
Vous avez annoncé, mardi 4 juin, que le Pass culture, déjà expérimenté dans cinq départements d’expérimentation (Bas-Rhin, Finistère, Guyane, Hérault, Seine-Saint-Denis) sera étendu à neuf départements supplémentaires (les Côtes-d'Armor, l'Ille-et-Vilaine et le Morbihan, les Ardennes, le Doubs, la Nièvre, la Saône-et-Loire, le Val-de-Marne et le Vaucluse).
Ce dispositif permet de faciliter l’accès à la culture pour les jeunes en leur faisant bénéficier d’un porte-monnaie numérique doté de 500 euros à dépenser dans des biens et produits culturels à la suite d’une inscription et un contrôle de l’identité en ligne.
Aussi, nous pouvons constater que le choix des jeunes s’est essentiellement focalisé sur l’achat de livres, alors que le cinéma, les concerts, les musées et le théâtre font sont inclus dans l’offre culturelle du Pass culture. En effet, 78 % des achats réalisés grâce au Pass culture y ont été consacrés. Si les livres ont été plébiscités, ce sont principalement des livres universitaires et scolaires. Ainsi, le manque de moyens dans l’éducation et l’enseignement supérieur serait compensé par ce dispositif. Par conséquent, les jeunes qui ne pouvaient pas s’offrir d’activités culturels ne le peuvent toujours pas. Ce détournement de l’usage premier du Pass culture doit nous inciter à questionner l’efficacité d’une mesure financée à hauteur de 34 millions d’euros et ce, alors que la somme donnée à chaque jeune est la même, quelle que soit sa condition sociale et économique.
Par ailleurs, si le fonctionnement du Pass culture à l’égard du livre a été conçu pour protéger les librairies indépendantes et l’exception culturelle française, en pratique, le Pass participe à la marchandisation de la culture. En effet, alors qu’il s’agit d’argent public financé par les impôts des contribuables français, les 500 euros alloués à tous les jeunes français de 18 ans doivent transiter par un compte virtuel. Ce système nécessite des acteurs privés, qui voient à travers ce Pass un moyen de fidéliser ces jeunes comme futurs clients.
Enfin, le Pass culture accentue les disparités territoriales entre les établissements culturels, qui n’ont pas les mêmes moyens pour se faire connaître auprès des jeunes. Dès lors, ce Pass risque de profiter uniquement aux grandes industries culturelles et aux géants du numérique.
C’est pourquoi, Monsieur le Minsitre, je vous demande ce que vous comptez entreprendre pour optimiser l’usage du Pass culture et ainsi, répondre à son objectif premier, la démocratisation de la culture.
Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma très haute considération.
Nadia RAMASSAMY


