Mutation des professeurs néo-titulaires dans l'Hexagone : Les parlementaires montent au créneau

Enseigner est un beau métier qui suscite de nombreuses vocations. Si depuis des décennies, l'Université de La Réunion forme de futurs enseignants, les étudiants se retrouvent rapidement confrontés à un choix : enseigner dans le premier ou le second degré ? Et c'est majoritairement le concours de Professeur des écoles (PE) qui remporte les suffrages pour une raison évidente : le concours de PE est académique et les lauréats sont affectés dans l’académie où ils le passent. De fait, de nombreux Hexagonaux viennent également passer le concours à La Réunion afin d'y obtenir un poste.
À l'inverse, ceux qui ont opté pour l'enseignement en collège ou lycée ne sont pas logés à la même enseigne. Le CAPES étant un concours national, les affectations sont nationales et nombreux sont les Réunionnais qui se retrouvent dans les académies de Créteil ou Versailles, les deux plus évitées par les enseignants. Quelques-uns demandent une mutation à Mayotte, facile à obtenir et qui permet d'obtenir rapidement les points nécessaires pour rentrer à La Réunion, mais une bonne partie renoncent à leur concours pour devenir vacataire à La Réunion.
Sans compter le dernier point qui vient parfois mettre un coup de poignard. Alors que les enseignants en place apprennent leur mutation courant mai, ce qui laisse le temps de se préparer pour une rentrée en août-septembre, les néo-titulaires sont informés de leur affectation pour l'année de stage fin juillet, soit deux ou trois semaines avant la rentrée.
Un créneau difficile à tenir lorsque l'on doit changer de vie, parfois en devant laisser sa famille sur place. Une situation qui fait enrager le député Frédéric Maillot. "Certains d'entre eux le voient comme une maltraitance, comme une souffrance, parce que derrière, il y a des familles qui sont brisées. Il y a un départ forcé. Et ça, ça nous ramène à de sombres pages de l'Histoire", s'insurge-t-il. C'est pourquoi il promet de faire "caisse de résonance" pour eux afin qu'ils puissent exercer "ce beau métier" dans l'île.
Ce qui agace d'autant plus le député de la 6e circonscription, c'est que le projet de loi porté par Emeline K/Bidi était dans les tuyaux parlementaires. "La loi a été proposée en 2023. Sauf que le gouvernement Macron a joué la montre, a fait de l'obstruction parlementaire pour que la loi K/Bidi, que je soutiens pleinement, ne soit pas présentée", regrette-t-il. Cette loi, en cinq articles, prévoyait que les fonctionnaires puissent rester sur leur territoire de naissance ou y revenir rapidement. Une situation qui devient ubuesque lorsque, comme l'affirme le député, de nombreux postes sont à pourvoir à La Réunion.
"Chaque année, le problème est posé"
De son côté, Jean-Hugues Ratenon y voit une "opacité qui crée une maltraitance dans notre population, et notamment nos jeunes profs. Avec des drames considérables de séparations de couples, de séparation avec la famille, et pour arriver à Mayotte ou dans l'Hexagone avec des conditions de vie qui ne sont pas les mêmes qu'à La Réunion. Chaque année, le problème est posé. Chaque année, il y a des personnes qui doivent quitter leur île. Il y a une volonté du gouvernement et pas seulement de ce gouvernement-là. Il y a une problématique de relation entre l'État français et les territoires d'Outre-mer."
Pour Évelyne Corbière, la situation s'aggrave même dans le temps. "On voit bien qu'il y a une crise des vocations nationales au niveau de l'enseignement. Et finalement, la jeunesse réunionnaise sert à pallier des dysfonctionnements, à un manque d'appétence pour ces métiers. Nos jeunes se lancent, passent le concours et finalement se retrouvent quelque part pénalisés par leur envie de servir le pays", argue-t-elle.
La sénatrice estime qu'il faut que les jeunes qui sont mutés puissent avoir une vision claire du temps que cela va prendre pour revenir. "Si ces métiers sont attractifs à La Réunion, il y a des conditions d'exercice dans l'Hexagone qui sont absolument décourageantes pour les fonctionnaires et ça touche aussi nos jeunes Réunionnais. Donc pour pouvoir tenir le coup là-bas, il faut qu'ils sachent combien de temps ils auront à se dévouer pour l'Éducation nationale dans l'Hexagone."
Pour Willy Legros, représentant lycée-collège pour le syndicat SE-UNSA, c'est la "question du respect des règles" qui est en jeu. "Il y a un manque de transparence sur les chiffres, sur les données. Un temps de latence dans les réponses qui n'est pas acceptable. Depuis 14 ans que je vois des collègues partir, il n'y en a jamais eu autant que cette année. Il faut remédier à ce souci. C'est une priorité pour nous : il faut que les stagiaires qui veulent faire leur stage à La Réunion puissent le faire à La Réunion. Ça, on sait que l'Académie a la capacité de le faire."
"On parle de quelque chose de sérieux, on parle de la vie des gens. On parle de la vie de famille. On aimerait, c'est le moindre des respects, avoir des chiffres concrets. Par exemple : le nombre de postes disponibles pour les stagiaires à La Réunion à la rentrée. Ce chiffre-là, nous ne l'avons pas. Les syndicats l'ont demandé, mais nous ne l'avons toujours pas. Ce n'est plus possible de travailler dans ces conditions-là. Il faut plus de réactivité et de transparence à ce niveau-là", insiste le syndicaliste.


