Moufia : Le tenancier de la table de poker marron risque de tout perdre

C'est un renseignement auprès de la police qui aura eu raison des soirées poker organisées par Charles R. dans sa demeure du Moufia. Tout s'arrête le 18 février 2022 par un flagrant délit en présence de la procureure de la République. Charles R. est interpellé puis placé en garde à vue. Ce soir là, six joueurs étaient présents. Il doit répondre ce vendredi de faits d'opérations irrégulières de jeux d'argent et de hasard, de travail dissimulé, de blanchiment et d'opérations de crédits. Deux voitures, une maison et 15.000 euros sur ses comptes, ont été saisis.
Tout commence en juillet 2020 après la crise Covid. Privés de Casino, Charles R. et ses amis "addicts" au poker, se retrouvent pour jouer. Très vite, ce cercle tenu par le prévenu devient une référence et attire plusieurs dizaines de joueurs réguliers. Les joueurs sont choyés et les sommes jouées deviennent importantes. Une cave de 250€ est proposée avec une mise minimum de 5 euros. Par ailleurs, pour assurer le confort de tous, chaque joueur apporte un sacrifice de 20 euros par heure, donnant accès à une prestation de qualité. Traiteur et boissons hauts de gamme sont proposés.
Il reconnait les faits pour le cercle de poker
L'enquête met en évidence deux à trois parties par semaine d'une durée de quatre à six heures. Les joueurs sont contactés par SMS. Tout est épluché par les inspecteurs qui relèvent de très nombreux encaissements de chèques qui transitent sur les deux comptes du prévenu. Pour les enquêteurs, il s'agit de ses débiteurs. Pour le prévenu, cela correspond en partie, au remboursement d'une somme prêtée à un ami entrepreneur qu'il rembourse avec les chèques de ses clients. Au total, ce sont plus de 200.000 euros qui sont suspectés d'avoir transité. Il reconnaît les faits pour le cercle de poker mais se défend d'avoir fait un quelconque bénéfice sur les sommes prêtées.
À sa décharge, le dossier fait état de la vente d'une maison en 2018 de 180.000 euros et de plusieurs prêts contractés, soit un montant total de 420.000 euros. Il les justifie par la construction d'une maison sur le terrain familial. Il apparait également qu'il retire énormément d'espèces. Sa défense fait état de 234.000 euros retirés en plus de 200 retraits. Par ailleurs, il gagne bien sa vie puisque le rectorat le paie 3.500 euros par mois. Depuis cette affaire, il a été mis à pied avec maintien de son salaire. Au final, il est admis que toutes ces sommes qui transitaient à cette table de poker n'allaient pas nécessairement dans sa poche.
"Lors de notre passage nous avons tout emporté et laissé terre brulée"
Pour autant, la procureure de la République qui représente le ministère publique à l'audience, désigne un dossier "rare et particulièrement intéressant concernant une activité surveillée et très réglementée". Elle relève que ce "cercle de jeu était reconnu de qualité et très clairement haut de gamme". La magistrate reconnaît également que les pleurs du prévenu à la barre disant avoir tout perdu, ne sont pas feints : "Lors de notre passage nous avons tout emporté et laissé terre brulée", ajoutant, "un cercle haut de gamme signifie également qu'il s'agit d'une activité économique rentable ou plus de 200.000 euros ont transité".
En conclusion, la magistrate explique que "les saisies ont été faites en prévision des peines encourues" et égratigne au passage "les personnes en délicatesse qu'elle a croisé le jour de cette intervention". Le parquet requiert 18 mois de prison avec sursis simple, la confiscation des scellés et l'interdiction d'exercer le profession de fonctionnaire pour le prévenu, fustigeant, "un poste fantôme ou il est payé à ne rien faire par l'éducation nationale".
"Je vais vous demander une relaxe"
"Il reconnaît les faits pour la tenue de la table de poker mais pas pour le reste, je vais vous demander une relaxe", répond la Défense avant de s'expliquer. "Dans un premier temps, les sommes prêtées n'ont pas entraîné de bénéfices dus à des intérêts. Il n'y a pas de rémunérations donc pas d'activités de crédits. Pour le blanchiment, la prévention retenue par le parquet est claire : il faut prouver que ce sont les sommes gagnées au poker qui ont servi à blanchir, or rien ne précise le fait de l'infraction. Vous vous devez de prouver avec exactitude quelle somme a blanchi quoi. Ce n'est pas le cas".
Me Julien Barraco poursuit : "Rien ne caractérise que ce sont les gains du poker ou les prélèvements sur ses comptes qui ont servi à blanchir, d'autant qu'il avait contracté ces sommes avant la création du cercle par la vente d'une maison et des prêts contractés. Je vous demande la relaxe pour les infractions de crédits et de blanchiment et, en conséquence, la non confiscation des scellés", plaide la robe noire.
La décision est mise en délibéré et sera rendue le 22 septembre prochain.


