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Mobilisation agricole : des premiers "engagements" obtenus à la préfecture

Ecrit par P.M. – le mardi 27 janvier 2026 à 16H55
A la sortie de La Réunion, c'est entouré d'Huguette Bello et du préfet que le président de la chambre verte, Olivier Fontaine, a pris la parole.

Plus de 130 agriculteurs, représentant l’ensemble des filières agricoles, se sont rassemblés ce mardi 27 janvier devant la préfecture, répondant à l’appel lancé par la Chambre d’agriculture, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs. Une mobilisation sans tracteurs ni blocage, mais avec la promesse de revenir s’ils ne sont pas entendus. À la sortie, de premiers « engagements » ont été mis en avant par le président de la Chambre, Olivier Fontaine, en attendant les autres.

Comme annoncé en amont, il s’agissait d’un premier coup de semonce, sans volonté de blocage, mais avec un avertissement clair : sans avancées concrètes, le monde agricole se remobilisera.

Lors des prises de parole, les responsables syndicaux ont rappelé la gravité de la situation. Pour le président de la FDSEA, Stéphane Sarnon, « c’est un moment très important pour nous. Il y a beaucoup de difficultés liées à l’accumulation de normes administratives qui rendent notre travail très difficile. Il y a aussi la question des importations, qui posent problème quand on est en surproduction. Notre agriculture est dynamique, mais il faut nous donner les outils et les moyens ».

Du côté des Jeunes Agriculteurs, Laurent Tamon, premier vice-président, a également évoqué « le Mercosur, la lourdeur administrative et la nécessité d’adapter les lois à la réalité insulaire, pour sécuriser les revenus dans toutes les filières ».

La mobilisation a réuni l'ensemble de filières et plusieurs acteurs économiques, avec la présence notamment de Philippe Labro, président du syndicat du sucre, et d’une délégation de la filière rhum, composée de plusieurs dirigeants de distilleries. Même forte mobilisation du côté de la filière volaille.

Pour Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture, la diversité des filières représentées illustre un malaise profond :
« Il n’y a jamais de bon moment pour manifester, mais quand on voit tout le monde agricole présent ce matin – canniers, horticulteurs, éleveurs –, cela montre qu’il y a un ras-le-bol. On porte nos messages au quotidien à l’État et aux collectivités, de dire qu'on n’arrive pas à vivre de notre métier, mais il y a une envie de faire. Et ça, personne ne le cassera ».

La volaille veut faire sauter la "contrainte des 5%"

Certaines demandes sont plus spécifiques. Olivier Chamand, éleveur de volailles à Sainte-Rose et vice-président du syndicat récemment créé « Défense des éleveurs avicoles », a dénoncé la contrainte de réduction de 5 % imposée à la filière.
« On nous demande de réduire notre production de 5 %, ce qui empêche toute installation et la construction de nouveaux bâtiments. C’est impossible, et c’est une porte ouverte aux importations pour la question du traitement des déchets, ce qui n'est pas notre problème, nous on veut produire pour nourrir la population, c'est une première manifestation, mais on reviendra tant que cette mesure ne sera pas levée », a-t-il expliqué.

Cette revendication figure parmi les 30 demandes résumées dans la motion remise au préfet d'assouplir cette contrainte et de permettre la transmission des quotas, y compris hors cadre familial. Le sujet a été évoqué lors de la réunion, mais sans avancée pour l'heure, ce qui a provoqué la colère d'éleveurs.

Récemment crée, le syndicat de « Défense des éleveurs avicoles » a dénoncé la contrainte de réduction de 5 % imposée à la filière.
Plus de 130 agriculteurs ont participé à la manifestation, dans le calme.

Canne, phyto... Des premiers "engagements de l'Etat"

Une délégation représentant toutes les filières a été reçue par le préfet Patrice Latron, mais aussi en présence de la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, arrivée en début de réunion. Dans un communiqué diffusé à l’issue de la rencontre, la préfecture évoque un « échange constructif » mené « dans un esprit d’écoute et de considération » avec la profession agricole.

Le préfet a réaffirmé sa « volonté de dialogue » et son souhait de « maintenir une relation de proximité avec le monde agricole réunionnais », rappelant le rôle central de l’agriculture dans l’économie locale. Il a également mis en avant le soutien financier de l’État, notamment après le cyclone Garance. La préfecture rappelle que près de 24 millions d’euros ont été versés aux agriculteurs dans le cadre du fonds de secours et des aides exceptionnelles (canne, letchi, vanille), tandis que 67,5 millions d’euros ont été attribués aux planteurs de canne en 2025.

Concernant la filière canne, le préfet a rappelé que près de 500 personnes ont participé aux États généraux de la canne, organisés en juin dernier, et a annoncé qu’une réunion de suivi serait prochainement organisée afin de poursuivre le plan d’action engagé.

À la sortie de la réunion, c'est accompagné du préfet et de la présidente de la Région Réunion que Olivier Fontaine a annoncé aux agriculteurs que des premiers "engagements" avaient été obtenus, notamment sur le paiement à court terme de l’aide à la production et des reliquats de la campagne sucrière, pour soutenir les trésoreries ; ou encore le déblocage rapide des aides du fonds de secours pour les planteurs de canne reconnue par la calamité agricole liée au cyclone Garance à partir de 25% de pertes, soit environ un millier d’exploitants.

Concernant des "blocages administratifs", ils feront l’objet d’un suivi avec les services de l’État, en particulier la DAAF, avec un traitement annoncé « au cas par cas » par le président de la chambre.

Un étal de fruits et de légumes a été installé pour dénoncer les importations "illégales" (photo FDSEA).

« On se bat avec un lance-pierre contre des kalachnikovs »

Sur les questions phytosanitaires, le préfet s’est engagé - selon ses mots - à saisir les ministères compétents afin de rechercher des solutions face à la disparition de certaines molécules, et à mieux prendre en compte la tropicalité des cultures. Le but est de pouvoir obtenir des dérogations sur certaines molécules quand il n'y a pas de solutions de remplacement.

Sur les importations et la demande de création d'une brigade supplémentaire pour renforcer les contrôles aux frontières, Olivier Fontaine indique que des effectifs supplémentaires ont été conformés par le préfet et qu'une "réflexion" allait être engagée pour la création d'un laboratoire d'analyse dédié "pour analyser tout ce qui rentre, on est contre la concurrence déloyale, ceux qui ne respectent pas les mêmes règles que nous ne doivent pas rentrer normalement. Pour les produits standards, il n'y a pas de sujet, on se bat avec un lance-pierre contre des kalachnikovs".

L’État a également réaffirmé son soutien au POSEI, présenté comme un levier essentiel pour la compétitivité des filières réunionnaises. S'adressant aux agriculteurs, le préfet leur a délivré un "signal d'empathie et d'estime pour l'agriculture réunionnaise".

Le syndicat du sucre et la Réunion des rhums étaient aussi présents pour demander le retrait de l'amendement Fouassin (photo D.R).

Entrepôts frigorifiques, la Région prête à une "expérimentation"

La présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, est venue elle aussi à la rencontre des agriculteurs. Elle a alerté sur la situation du monde agricole, déclarant que « les agriculteurs récoltent et après ils meurent oubliés de tous ceux qu’ils ont nourris. On ne veut pas de ça ! »

La présidente de Région a également appelé l'Europe à la concertation sur les accords de libre-échange, notamment avec le Mercosur et l’Inde, estimant que « La Réunion doit être consultée en amont ». Elle a souligné "l’incohérence" entre l’objectif de souveraineté alimentaire et la poursuite des importations, notamment dans les filières animales.

Sur les questions structurelles, Huguette Bello a plaidé pour une accélération des projets de retenues collinaires, ainsi que pour le développement de hangars agricoles et d’entrepôts frigorifiques, indiquant que la Région était prête à s’engager dans des expérimentations, en particulier après les difficultés d’approvisionnement constatées à la suite de cyclones : "Ce n'est plus possible d'importer de la salade de Bretagne après un cyclone". 

"Beaucoup de sujets restent à faire avancer"

Les représentants agricoles préviennent que rien n’est acquis pour autant. « Nous serons présents au quotidien et vigilants. Beaucoup de sujets restent à faire avancer. Cette mobilisation va permettre de le faire plus vite. Mais s'il faut, on reviendra et on ira ou il faudra pour défendre notre agriculture, parce que c'est notre métier et notre rôle. Les services de l'Etat ont compris qu'il y urgence à travailler pour l'agriculture de la Réunion", commente Olivier Fontaine.

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