Mise à jour de la taxe foncière : jusqu’à 60 % des logements concernés dans l’Est et l’Ouest de La Réunion

Il ne s'agit pas d'une nouvelle taxe, ni d'une mesure du budget 2026. La forte inquiétude autour de la taxe foncière vient d’une opération administrative : une mise à jour du cadastre, jamais réellement effectuée depuis plusieurs années... À La Réunion, cette révision pourrait toucher jusqu’à 60 % des logements, surtout dans les communes de l’Est et de l’Ouest, selon nos informations.
La hausse redoutée de la taxe foncière n’a rien à voir avec une loi de finances, ni avec un tour de vis budgétaire. Elle résulte d’une mise à jour d’envergure des fichiers cadastraux, un travail censé être réalisé tous les cinq ans, mais quasiment laissé à l’abandon depuis les années 1970. L’opération, entamée en 2022, devait se faire progressivement. Mais face à son avancement trop lent, l’État a décidé d’accélérer le mouvement, quitte à appliquer une correction massive des données manquantes.
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L’objectif est simple : remettre à jour les valeurs locatives cadastrales qui servent de base au calcul de la taxe foncière, en réintégrant des éléments dits “de confort” — eau courante, électricité, salle de bains, WC ou lavabo — déjà prévus dans les textes depuis un demi-siècle. En clair, la “taxe sur les WC” ou la “taxe sur la salle de bains” n’a rien de nouveau : ces critères existaient déjà, mais n’étaient plus correctement pris en compte dans les bases fiscales.
La taxe foncière pourrait être multipliée par deux, voire par trois...
À La Réunion, le cadastre est en retard. Dans de nombreuses communes, surtout dans les zones de l’Est et de l’Ouest, principalement dans les écarts, les fichiers n’ont pas été mis à jour depuis plusieurs décennies : maisons agrandies sans déclaration, piscines ajoutées, extensions sur sol d’autrui, mutations jamais enregistrées. Dans ces secteurs, les écarts entre la réalité du bâti et les bases cadastrales sont tels que la révision pourrait concerner jusqu’à 60 % des logements - un niveau comparable à celui de la Corse -, nous fait-on savoir en interne à la DRFIP (Finances publiques) de La Réunion. À l’inverse, dans les grandes villes comme Saint-Denis ou Saint-Pierre, les mises à jour ont été faites plus régulièrement, limitant l’impact pour les propriétaires. Mais le chiffre de 30% de propriétés concernées est avancé.
Les conséquences, elles, pourraient être très variables. Pour les biens longtemps sous-évalués, la taxe foncière pourrait être multipliée par deux, voire par trois, notamment pour des maisons anciennes transformées au fil du temps en villas avec piscine, véranda ou extension non déclarée.
En revanche, les propriétaires ayant déclaré leurs travaux dans les temps n’auront pas de changement notable. Cette correction, limitée à l’année 2026, ne devrait donner lieu à aucun rattrapage sur les exercices précédents. Pour rappel, la révision toucherait au niveau national environ un quart des maisons et 15 % des appartements, avec des effets variables selon les territoires et les taux votés par les communes et intercommunalités.
L'intelligence artificielle et des drones
Autre évolution à prendre en compte : la montée en puissance des outils numériques. La Direction régionale des finances publiques (DRFIP) avait présenté en avril dernier ses nouveaux moyens de détection, mêlant intelligence artificielle et drones. Objectif : repérer plus efficacement les biens non déclarés — piscines, dépendances, extensions ou logements secondaires. En 2025, quatre communes réunionnaises avaient été choisies pour expérimenter ce dispositif : Saint-Denis, Saint-Paul, Le Tampon et Salazie.
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“Faire ça à quelques mois des municipales, c’est prendre le risque de braquer tout le monde”
Contactée par nos soins, Magalie Billard, du syndicat Solidaires Finances Publiques, indique que cette opération menée dans l’urgence risque d’être mal comprise : “Si les mises à jour avaient été faites régulièrement, il n’y aurait pas cet effet boomerang. Aujourd’hui, les agents sont débordés et les contribuables vont découvrir une hausse sans en connaître la raison.” Elle souligne aussi le mauvais timing politique : “Faire ça à quelques mois des municipales, c’est prendre le risque de braquer tout le monde. Les élus vont être sous pression, les services d’accueil saturés, et les gens vont venir exprimer leur colère.”
Normalement sans rattrapage sur les années précédentes, la réforme reste administrative, mais son impact sera bien réel. Pour de très nombreux foyers de l’Est et de l’Ouest, la taxe foncière 2026 pourrait devenir le symbole d’un rattrapage technique mal expliqué, mais ressenti comme une nouvelle charge dont ils se seraient bien passés...


