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Meurtre de Jocelyne Bègue : Alain Payet sort du silence

Le procès en appel d'Alain Payet pour le meurtre de sa compagne a débuté ce mercredi à la cour d'assises de Saint-Denis. Après avoir procédé à la désignation des jurés, la présidente a procédé au rappel des faits comme rapportés dans l'ordonnance de mise en accusation. L'accusé a d'abord persisté sur sa ligne de conduite du premier procès : "Je garde le silence".
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 27 mai 2020 à 16H14

[Si Alain Payet a choisi de garder le silence]urlblank:https://www.zinfos974.com/Apres-avoir-pris-perpetuite-Alain-Payet-juge-en-appel-aux-assises_a155204.html , il a choisi en revanche de révoquer Me Nicolas Normand, désigné par la cour pour être son avocat. Cette fois pas de chance ! "Vous ne pouvez pas révoquer votre défense puisque c'est moi qui l'ai désignée", lui explique la présidente. "Vous prenez vos responsabilités", lui rétorque l'accusé. En effet, la présence d'un avocat est obligatoire aux assises. Trois témoins, tous policiers en lien avec l'affaire, se sont ensuite succédé à la barre, l'accusé restant terré dans le silence.  

Le premier témoin est l'inspecteur qui a repris l'affaire après la période de flagrance. "C'est un homme calme, froid et qui assume pleinement. Il est dénué de remords", décrit-il l'accusé. "C'est bon, elle a fait bon voyage ?" rapporte-t-il un propos émanant de l'accusé juste après le meurtre de sa compagne. Il fait également référence à une lettre que l'accusé a envoyée à sa nièce après les faits depuis sa geôle. "Je te demande de déposer une gerbe et de présenter mes condoléances à la famille. Je voulais faire une troisième tentative de suicide, mais au lieu de ça, c'est elle qui est partie. J'attends mon procès, et après, je vais la rejoindre. Je ne suis pas un criminel", disait-il dans cette lettre. 

"J'ai soulevé le T-shirt, c'était la même méthode que pour tuer les bêtes"

Le deuxième témoin est responsable de la BAC du Port. "On savait sur quoi on allait, ça ne fait aucun doute", affirme-t-il en réponse à la présidente sur la probabilité d'un accident. Il arrive sur les lieux avec un collègue et se souvient : "Il nous a vus dehors et nous a appelés. "Eh oh c'est là, venez c'est là !" Il nous a fait une synthèse de la situation. Il nous a accueillis avec un torchon plein de sang dans les mains. Il a voulu entrer avec nous, mais je l'ai saisi par le bras. "Ce n'est pas la peine, je suis un ancien collègue à vous" m'a-t-il répondu. Ensuite je suis monté, je l'ai vue, la victime, j'ai soulevé le T-shirt, c'était la même méthode que pour tuer les bêtes (NDLR : Référence aux 2 coups de couteau profond au niveau du coeur) ! Nous étions estomaqués par la scène de crime et son comportement", témoigne l'officier de police judiciaire à la barre. 

Il est un peu plus de 11 heures lorsque le troisième témoin, également policier, et qui était chef de poste au moment des faits témoigne. Il rapporte les propos tenus par l'accusé au moment de son coup de fil au 17 : "J'ai tué ma femme à coups de couteau". Suite à cette affirmation, la présidente se rend compte que l'accusé dandine et s'agace quelque peu. Saisissant la perche, elle lui demande s'il veut s'exprimer. [Après plus de 2 heures de silence et contre toute attente]urlblank:https://www.zinfos974.com/L-ancien-policier-qui-a-tue-sa-femme-Elle-est-morte-independamment-de-ma-volonte_a128369.html , c'est le cas. "Je n'ai jamais dit ça, j'ai dit ma femme est morte avec un couteau". 

C'est avec une grande finesse que la présidente Bellouard-Zand instaure un dialogue avec l'accusé

À partir de ce moment, c'est avec une grande finesse que la présidente Bellouard-Zand instaure un dialogue avec l'accusé. Si elle reste ferme et déterminée, elle procède par hypothèses, sans le brusquer afin qu'il s'explique.
"Pourquoi avez-vous fait appel Mr Payet ?
- Parce que des choses ont été dites
.
Pourquoi vous ne parlez pas ?
- Parce que".
 

Me Jean-Jacques Morel, avocat de la partie civile tente lui aussi sa chance :
"Vous pourriez au moins parler pour votre fille ?
-Je ne peux pas, c'est trop difficile"
.
Cela paraît peu, c'est beaucoup compte tenu de son silence depuis le début de cette affaire. 

Le quatrième témoin est pompier, il est intervenu le jour du drame. Il reste très marqué par la scène. "Les plaies étaient très profondes. Il était impossible d'arrêter l'hémorragie. À chaque massage cardiaque, le sang giclait". "C'est le seul qui dit la vérité", se verra-t-il récompenser par l'accusé ! Enclin à s'exprimer, la présidente en profite pour demander à Alain Payet des précisions sur la position du corps en lui montrant la photo : "Il n'était pas comme ça au départ, c'est moi qui l'ai bougé pour ne pas la voir", explique-t-il. Le corps a été retrouvé sur le lit, sur le côté, les jambes pendantes vers le sol, comme si elle se reposait. 

"Je voulais me suicider ce jour-là. J'étais pas bien".

Il indique ensuite les raisons qui l'ont conduit a écrire à sa nièce après le meurtre : "C'est la seule qui pouvait comprendre, pas les autres. Je ne l'ai pas tuée à cause de Facebook, je voulais me suicider ce jour-là. J'étais pas bien, j'avais plein de choses en question. J'ai cassé plein de choses, j'étais dans un état second".

"À cause de Facebook ?" demande la présidente.
- En partie.
Vous étiez en colère, une colère accumulée ?
- Oui, mais elle n'y était pour rien !
Que s'est-il passé ?
- Elle est sortie des toilettes, a oublié d'éteindre la lumière et s'est enfermée dans sa chambre à double tour pour téléphoner. Ça m'a contrarié ! Ce jour-là, nous faisions chambre à part
. Je voulais récupérer mon oreiller dans la chambre. J'ai frappé, elle m'a ouvert. Elle a reculé puis est tombée sur le lit. J'ai pris le couteau qui était au-dessus de l'armoire, je le tenais au niveau de mon ventre. Je lui ai dit qu'il fallait qu'on discute. Je voulais que ça s'arrange. Elle a voulu m'empêcher de m'en servir, je n'ai pas eu le temps de réagir, elle a sauté sur le couteau", poursuit l'accusé.
Comment expliquez-vous les deux plaies ?
- Il n'y a eu qu'un seul coup. Je vous ai donné des explications, maintenant je ne parle plus !"
 

Il daigne tout de même répondre à la question d'un juré via la présidente : "Pourquoi avoir appelé la police et non les pompiers puisque c'était un accident ? J'ai fait le 17 par réflexe !" Alain Payet, ancien policier du Port qui a tout perdu après sa première condamnation pour viol en 1992, reste déterminé dans son cheminement procédural. Comme il le dit devant la cour : "Tant qu'il y a un cheminement, je fais ! Après, j'irai en cassation".

 

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