Menacé par un réseau, il accepte un colis de cocaïne à La Réunion : trois ans de prison

Un homme a été jugé après la découverte d’un colis contenant un kilo de cocaïne acheminé jusqu’à La Réunion. Handicapé à 80 % et ancien toxicomane, il explique avoir servi de « nourrice » pour éponger une dette de 14.000 euros auprès de trafiquants qui, eux, menaçaient sa famille.
C'est un colis un peu particulier qui attire l'œil des douaniers en cette fin d'année 2025. En l'ouvrant, ils découvrent plusieurs boîtes de pâtée pour chien, mais à l'intérieur des contenants, surprise, ils tombent sur de la cocaïne. Les agents mettent au point un stratagème pour interpeller celui censé recevoir le colis : se déguiser en agents postaux.
La ruse fonctionne, et les forces de l'ordre placent Lanzo V. pour 96 heures de garde à vue. Il s'avère que l'homme est fragile sur le plan de la santé : ancien toxicomane repenti, il n'a pas touché à la drogue depuis 2023, suite à une condamnation et à une obligation de soins.
Or, les enquêteurs retrouvent tout de même chez ses parents 80 grammes de kétamine, puissant anesthésiant utilisé aujourd'hui comme psychotrope. Lors de son interrogatoire, l'homme explique qu'il était au pied du mur.
Il dit avoir reçu de nombreuses menaces
À la barre, le jeune homme se livre sur sa situation : autrefois toxicomane, il aurait contracté une dette colossale auprès de certains trafiquants, soit 14.000 euros. Ayant laissé son passé derrière lui suite à sa condamnation de 2023, Lanzo V. explique avoir retrouvé du travail et se concentrer sur sa vie avec son fils. Or, en septembre dernier, il reçoit un premier appel. Au bout du fil, « l'intermédiaire » lui explique qu'il doit de l'argent au réseau.
Comment éponger une telle dette ? Tout simple, endosser le rôle de « nourrice ». Pour rappel, la nourrice a pour rôle de conserver, chez elle, les produits stupéfiants, voire de grosses quantités d'argent liquide. Détail glaçant, selon Lanzo V., l'homme au bout du fil l'aurait menacé ainsi que son fils, sous-entendant que tout ce petit monde a le bras long. Le jeune homme évoque une scène d'une rare violence, dans laquelle l'un des membre l'aurait mis en joue avec une arme devant son jeune fils...
Forcé de s'exécuter, c'est comme ça – d'après l'intéressé – qu'il se serait retrouvé avec de la kétamine et un colis rempli de blanche livré au domicile de ses parents.
Concernant son passé judiciaire, deux mentions viennent entacher son casier : une pour un délit routier en 2020 et l'autre en 2023, qui a abouti à son sevrage, pour des violences sur sa compagne sous l'empire de la drogue. Par ailleurs, l'homme est atteint d'un trouble du spectre autistique de type Asperger et vit avec une maladie se traduisant par des troubles de la tension.
« Les trafiquants ne sont pas des enfants de chœur »
Les arguments avancés par Lanzo V. sont loin de convaincre le ministère public. Dans ses réquisitions, la procureure rappelle en préambule que « les trafiquants ne sont pas des enfants de chœur » et qu'une dette avec eux ne s'efface jamais. Toutefois, elle pointe du doigt l'inaction de Lanzo V. concernant les hypothétiques menaces qu'il aurait subies.
Pour appuyer ses dires, elle brandit un échange de textos entre le prévenu et « l'intermédiaire » dont le ton est celui d'une discussion entre deux copains. Lanzo V., lui, argue que les menaces se faisaient seulement par téléphone. Si le ministère public reconnaît qu'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel avec ce trafic, cela a facilité l'action de ce réseau structuré. Elle rappelle qu'au cœur de ce procès, il y a quand même un kilo de cocaïne… En ce sens, elle requiert une peine de trois ans d'emprisonnement.
La défense, de son côté, insiste sur la vulnérabilité du prévenu, son handicap « invisible », sa sobriété depuis sa dernière condamnation et les informations fournies aux gendarmes dans le cadre de l’enquête. L’avocat soutient que la drogue n’avait ni été consommée ni revendue, évoquant l’emprise d’un système de dettes dont « on ne se débarrasse pas ».
Le tribunal condamne finalement le prévenu à trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois assortis d’un sursis probatoire de deux ans, avec maintien en détention. Il le condamne également au paiement d’une amende douanière de 152.250 euros.


