Marché automobile réunionnais : vers une année aussi mauvaise que 2009 ?

Les immatriculations de véhicules neufs ont reculé de 2,6 % au premier semestre 2025 à La Réunion, confirmant une tendance de fond préoccupante. Malgré un rebond porté par le segment des véhicules utilitaires en juin, la dynamique reste fragile, notamment sur le marché de l’électrique, en chute libre.
La parenthèse d’un mois de juin exceptionnel n’aura pas suffi à inverser la tendance : à La Réunion, les immatriculations de voitures neuves ont baissé de 2,62 % sur les six premiers mois de l’année 2025. En cause, un marché des véhicules particuliers quasi stable (-0,99 %), avec un segment utilitaire en hausse de 30 % en juin, notamment sous l’effet de la mise en place du GSR2 (la norme européenne imposant de nouvelles aides à la conduite), mais qui reste en recul de près de 10 % sur le semestre. « Comme l’année dernière, le marché a été artificiellement tiré vers le haut en juin grâce aux immatriculations de dernière minute pour se conformer aux nouvelles obligations », analyse Philippe-Alexandre Rebboah, président du Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR).
« C’est très inquiétant de voir le marché dévisser mois après mois »
Si la tendance actuelle se prolonge, le marché 2025 devrait se situer autour de 25.300 véhicules neufs, soit un millier de moins qu’en 2024 et un niveau qui rappelle la crise de 2009. « C’est très inquiétant de voir le marché dévisser mois après mois », alerte Philippe-Alexandre Rebboah. Le segment électrique est particulièrement touché, avec des ventes en recul de 25 % au premier semestre (1.179 véhicules contre 1.568 l’an dernier) et un hybride rechargeable en chute libre (-52,4 %). En cause, selon le SICR, un cocktail défavorable : octroi de mer, bonus écologiques revus à la baisse, et surtout un manque criant d’infrastructures de recharge sur l’île. « Si demain on veut soutenir la mobilité électrique, il faudra déjà donner de la visibilité aux consommateurs, mais aussi leur garantir qu’ils pourront recharger leur véhicule, ce qui est loin d’être le cas », insiste Rebboah, qui craint par ailleurs l’échec programmé du leasing social - à condition qu'il soit bien déployé à La Réunion - sans un réseau adapté.
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Même les succès comme la Renault R5 ne masquent pas la réalité d’un marché électrique déprimé, qui affiche -24 % si l’on exclut ce seul modèle. Le président du SICR s’inquiète aussi de la double peine pour le secteur : « Les véhicules neufs ne se vendent pas, ils s’accumulent en stock, ce qui plombe les trésoreries et fragilise l’emploi local. »
Si la réglementation européenne pousse à accélérer la baisse des émissions de CO2, elle se heurte à la réalité économique réunionnaise : des prix en hausse, une fiscalité spécifique avec un octroi de mer aussi en hausse sur l'hybride et l'électrique, et aucune alternative crédible en matière de transports collectifs pour compenser. « Si on choisit de taxer la voiture pour inciter à prendre le bus, encore faut-il que l’alternative existe et soit à la hauteur », pointe Philippe-Alexandre Rebboah.
Pas mieux en Hexagone
Un contexte national également préoccupant. Dans l’Hexagone, le marché automobile n’échappe pas à la morosité, avec une baisse de 8,2 % des immatriculations au premier semestre. Après un rebond artificiel l’an dernier lié au leasing électrique subventionné, les ventes se replient nettement. L’incertitude réglementaire, la hausse des prix et la modification des dispositifs de bonus freinent les acheteurs. Même le marché des flottes d’entreprises est paralysé par des contraintes fiscales et des obligations de verdissement, malgré une part de véhicules électriques qui progresse à 20 %.
En Europe, la baisse reste plus contenue (–0,6 % de janvier à mai), mais la montée en puissance des constructeurs chinois sur l’hybride et l’électrique, avec un rapport qualité-prix agressif, inquiète la filière continentale. De quoi accentuer la pression sur un marché réunionnais déjà fragile et soumis aux mêmes défis structurels que la métropole.


