Émancipation délétère

(Délétère : Qui met la vie en danger.)
La chose est tellement surprenante que, nous les humains, nous nous posons encore ces questions : « Sommes-nous des animaux ? » ou encore : « La Nature doit-elle obéir à nos lois ou l’inverse ? ».
En réalité, Dieu merci, de plus en plus d’humains répondent par l’affirmative à la première question. Quant à savoir si nous devons prendre la Nature comme modèle et référence ultime, la question est plus complexe. Certains, tout en admettant que nous sommes soumis aux lois de la Nature, s’évertuent à la soumettre à leurs caprices. Et, si la Nature se venge et réagit contre nos agressions, nous engageons le combat au lieu de nous soumettre et d’accepter notre défaite. Décidément, lorsque l’on a atteint le sommet de la pyramide des dominants, il est bien difficile de garder les pieds sur Terre. On pourrait même affirmer que si nous avons créé Dieu, c’est pour nous débarrasser définitivement de cette encombrante question. En projetant la toute-puissance au-delà de notre monde, nous possèderions donc la fausse impression que nous sommes à l’abri de la toute-puissance de la Nature ? Si ce n’est pas le résultat d’une quelconque machination, le Sars-CoV vient de nous rappeler à l’ordre à ce sujet. Le philosophe Michel Serres nous l’avait pourtant bien dit. En cas de conflit entre la Nature et l’Homme, ce n’est pas ce minus-abens, apparu tout récemment sur Terre, qui gagnera. À moins de faire exploser notre planète (nous en sommes capable), la vie, totalement détruite par l’homme, renaîtra de ses cendres, probablement plus belle encore, car débarrassée de son principal prédateur. Certains prétendent qu’Homo sapiens est un accident de la Nature et qu’en cas de disparition, il y a peu de chance qu’il réapparaisse.
Mais bon Dieu, que cherche-t-il ce bonhomme ? Il a la chance inespérée de débarquer en fin de chaîne (une fois que tout le boulot est fait), sur la plus belle planète de l’Univers et ça ne lui suffit pas ? Né en Afrique, sous les tropiques, au milieu d’une nature généreuse, il avait à sa portée tout ce qu’un mammifère omnivore peut souhaiter : de l’eau claire, des aliments végétaux et animaux à profusion. Au plaisir de manger s’ajoutent mille autres plaisirs en mesure d’occuper agréablement toute une vie : jouir d’un spectacle tous les jours renouvelés avec le chant des oiseaux, le ballet des papillons, les cascades, les coucher de soleil, les nuits étoilées, les plaisirs de l’amour et le bonheur de voir grandir ses enfants. Et bien non, cela ne lui a pas suffi. Il était nu et libre, il a fallu qu’il s’habille. Il vivait en parfait équilibre avec Mère Nature, il l’a quitté. On se demande bien pourquoi. Il y a quarante mille ans il avait déjà fait le tour de la Terre. Mais, que cherchait-il ? Cette prison dorée de plus de 500 millions de km² ne lui suffisait donc pas ? On est là, semble-t-il en présence du syndrome de l’enfant gâté à qui tout est offert mais qui n’en n’a jamais assez. Que feriez-vous, malheureux père de famille affublé d’un tel rejeton ? Oui, nous en sommes là aujourd’hui. À un tournant. Il faut que quelque chose change. Il faut corriger la trajectoire. On n’est pas avare de discours. On parle même de changer de paradigme, de modèle. Ouais, cela suffit. Il nous faut tous autant que nous sommes, changer de comportement car si nous ne le faisons pas, ce sera la fessée par Papa.


