LODEOM et défiscalisation : La Réunion sonne l'alerte face aux menaces de coupes budgétaires

À La Réunion, l’inquiétude monte : la possible suppression des exonérations de charges LODEOM et des aides fiscales à l’investissement fait craindre un séisme économique. Réunis autour de la présidente de Région, les acteurs économiques alertent sur un "couperet pour l’emploi local".
La mobilisation était exceptionnelle, ce vendredi, à l’invitation de la présidente de Région Huguette Bello. Autour d’elle, l’ensemble des représentants du monde économique réunionnais ont uni leurs voix pour dénoncer les menaces qui pèsent sur deux dispositifs essentiels au développement de l’île : les exonérations de charges sociales liées à la LODEOM et les aides fiscales à l’investissement. En jeu, pas moins de 750 millions d’euros qui pourraient disparaître dès le 1er janvier 2026 (350 millions sur les exonérations de charges au titre de la LODEOM et 400 millions d'euros sur l'aide fiscale à l'investissement). Des coupes qui interviennent dans le cadre des arbitrages budgétaires liés au projet de loi de finances et au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLF et PLFSS).
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À l’issue de cette rencontre, un courrier a été signé par toutes les parties prenantes et adressé au Premier ministre Sébastien Lecornu. Le message est clair : si ces mesures venaient à être supprimées ou rabotées, les conséquences sur l’économie locale seraient dramatiques.
Huguette Bello dénonce "un couperet pour l’emploi local"
En ouvrant la conférence de presse, Huguette Bello a tenu à rappeler le contexte national marqué par une situation budgétaire difficile, mais elle a insisté sur la nécessité d’un traitement équitable pour les Outre-mer. "Notre pays fait face à une crise majeure de ses finances publiques. Cette situation objective dit inéluctablement des mesures de redressement qui vont avoir un impact sur la vie économique, sociale et sur les ménages, mais l’exigence de justice et d’équité dans la répartition des efforts est un impératif absolu", a-t-elle déclaré.
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La présidente de Région a rejeté toute idée de "double peine" pour les territoires ultramarins. Selon elle, la remise en cause des exonérations de charges sociales et de la défiscalisation constituerait une menace directe pour l’économie locale : "La remise en cause envisagée de la LODEOM, c’est d’abord une épée de Damoclès sur les entreprises ultramarines et plus particulièrement sur nos entreprises réunionnaises. C’est en conséquence un couperet pour l’emploi local, pour toutes les familles de La Réunion."
Huguette Bello a rappelé que ces dispositifs, instaurés depuis les années 1980, et notamment la LODEOM, "ne sont pas des privilèges" mais des mesures compensatoires reconnues par l’Union européenne pour corriger les handicaps structurels des Outre-mer : "Depuis la loi Pons de 1986, en passant par les lois Perben, Queyranne, Paul ou Girardin...Les gouvernements successifs se sont efforcés de garantir ces dispositifs qui ont constitué le socle de notre développement économique. Tout cela a eu un sens : celui de l’équité et de la compétitivité."
Le constat est d’autant plus alarmant que la conjoncture économique et sociale est déjà fragile. Le BTP a perdu 900 emplois en 2024 et 400 supplémentaires en 2025, l’industrie recule de 1,4 % par an, et plus de 1.100 entreprises ont fait faillite l’an dernier. "Tous les efforts qui ont été réalisés, que nous avons entrepris collectivement, risquent d'être neutralisés, sinon anéantis par les mesures de détricotage qui sont en cours d'examen sur la LODEOM", s'inquiète la présidente de la collectivité régionale. Elle conclut : "C’est un appel solennel que nous lançons au Premier ministre. L’État doit choisir un partenariat loyal avec ses territoires ultramarins. Il n’y a qu’une seule couleur à défendre, c’est celle de La Réunion".
Un "affolement général" du côté de l'industrie
Du côté des représentants économiques, les inquiétudes sont tout aussi fortes. Michel Dijoux, président de l’ADIR, a rappelé le poids de l’industrie locale avec ses 22.000 emplois et ses 6 % du PIB. Mais selon lui, la suppression ou l’amputation de la LODEOM et des aides à l’investissement mettrait en péril son avenir : "L’exonération de la LODEOM, cela veut dire supprimer une bouffée d’oxygène pour nos entreprises, et donc avoir davantage de difficultés à lutter contre les produits importés. Derrière cela, il y aura des licenciements massifs."
Il a aussi dénoncé la perspective d’une baisse de la défiscalisation de 35 % à 24 % : "Avec 24 %, il y a des investissements qui ne pourront plus être réalisés."
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Michel Dijoux a également rappelé que l'ADIR est rarement montée au créneau "avec un tel niveau d'inquiétude". "Je le redis, 2024 n'a pas été si mauvaise que ça pour l'industrie réunionnaise, mais là il y a un affolement général sur l'industrie et sur l'économie de La Réunion."
Artisanat, PME et agriculture en première ligne
Le président de la Chambre de métiers et de l’artisanat, Bernard Picardo, a lui aussi alerté sur le danger d’une remise en cause de la LODEOM, rappelant que "malgré ses handicaps structurels, La Réunion a pu maintenir et développer l’emploi grâce à ce dispositif". Pour lui, il faudrait au contraire sécuriser la LODEOM dans une loi-cadre afin d’éviter qu’elle ne soit sans cesse remise en cause : "C’est un bon dispositif pour nos entreprises, il a fait ses preuves. Il doit être maintenu."
Même son de cloche du côté de la CPME. Son président Gérard Lebon a insisté sur l’importance de préserver les exonérations au moins sur les 11 premiers salariés, un soutien vital pour les petites entreprises : "Garder la LODEOM, c’est permettre de maintenir la visibilité pour les chefs d’entreprise. Aujourd’hui, nous pilotons à vue, et piloter à vue, ce n’est pas tenable. Nos concitoyens ont droit à la dignité par le travail, pas seulement à travers des transferts sociaux."
La présidente du MEDEF Réunion, Katy Hoarau, a dénoncé avec force ce qu’elle qualifie de menace existentielle pour l’économie : "Stop à ce rabot. Pas de plan B : on ne touche pas à la LODEOM social."
Elle a rappelé que le taux d’emploi est de seulement 52 % à La Réunion, contre 70 % en métropole, et que chaque point de soutien à l’investissement est crucial pour relever ce défi. "Laissez-nous investir. Parce que sans investissement, il n’y a pas d’activité, et sans activité, il n’y a pas d’emploi", a-t-elle tranché.
"Arrêter de tirer sur l’ambulance"
À la Chambre de commerce et d’industrie, la vice-présidente Patricia Paoli a, de son côté, exprimé son incompréhension face à ce qu’elle qualifie de "coupes sombres" : "Notre parole n’a pas été entendue. 85 % de nos entreprises sont des TPE de moins de 10 salariés. Pour elles, la LODEOM est souvent la seule mesure de soutien. À un moment donné, il faudra arrêter de tirer sur l’ambulance."
Le monde agricole est lui aussi concerné. Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture, a rappelé que la LODEOM était un levier important pour l’emploi dans son secteur : "Quand en 2023 nous signons un plan de souveraineté alimentaire qui nécessite de produire localement, on ne peut pas, quelques mois plus tard, supprimer les outils qui doivent nous permettre d’y parvenir."
Enfin, le BTP, déjà durement touché, redoute un véritable effondrement. Rudolph Lorion, représentant de la FRBTP, a donné le ton : "Le secteur a perdu 1.500 emplois en deux ans, notre chiffre d’affaires est passé de 1,2 milliard à moins d’un milliard. Nous ne pouvons plus tenir. Supprimer la LODEOM, c’est condamner le BTP réunionnais."
Un front uni pour défendre La Réunion
Au terme de cette conférence de presse, tous les participants ont insisté sur l’importance d’une mobilisation collective. Le courrier envoyé au Premier ministre appelle à maintenir et à pérenniser ces dispositifs, considérés comme indispensables pour l’avenir de l’économie réunionnaise.
Au-delà des sensibilités politiques et des différences sectorielles, un message commun se dégage : la défense d’un outil de justice économique et sociale, au service de l’emploi et de la compétitivité, selon eux. Pour reprendre les mots de la présidente de Région : "C’est le moment de faire front pour gagner une bataille au-delà de la diversité des sensibilités."


