Lettre ouverte au recteur sur la souffrance au travail et le harcèlement moral

Monsieur le recteur
Lors de notre dernière audience du lundi 5 septembre 2011, dans un style Louis XIV,vous avez balayé d'un revers de main notre proposition maintes fois réitérée d'un audit sur la souffrance au travail et les risques psycho sociaux
Ce refus, venant de la part d’une administration si encline à diligenter des audits souvent inutiles ou aux motivations orientées et discutables nous questionne véritablement
Pourquoi une telle obstination ? Pourquoi un tel refus de se pencher sur la portée de la souffrance au travail dans notre académie ?
Cela à un cout avez-vous rétorqué. Certes, mais celui ci est bien faible au regard des situations de détresse et de stress que nous connaissons. Sans vouloir être désobligeant, cela correspondrait à la seule prime annuelle … d’un haut fonctionnaire ou aux petits fours et champagne de certaines Garden party
Ne vous en déplaise mais votre "argument" est irrecevable et irrespectueux. Il s'apparente à un "bras d'honneur" adressé aux agents qui subissent souffrance, pressions, intimidations, et harcèlement
Plusieurs tentatives de suicide ont déjà eu lieu sur les lieux de travail dans notre académie et la seule "réponse "apportée par l'autorité académique a été -et continue d’être- le mutisme et l'inaction
Nous avons été surpris par votre doute sur le lien de causalité évident entre les tentatives de suicides sur le lieu de travail et l'environnement professionnel dégradé et ce , alors même que tous les éléments d’une véritable souffrance au travail étaient réunis." La société est en souffrance" ect "… il ne faut pas tout mettre sur le compte professionnel". Réponse simple qui présente surtout l’avantage de ne pas se remettre en question
Est il normal qu’un agent qui porte plainte pour harcèlement moral n’ait au bout de 4 mois aucun réponse de l’autorité académique.. Pas même un simple accusé de réception du courrier adressé lui indiquant que son dossier sera examiné
Diligenter un tel audit "ce serait faire de la cogestion" avez-vous renchérit. Ah bon et en quoi ?
Je vous rappelle que les risques psychosociaux doivent faire l'objet d'une obligation de résultat de la part de l'employeur avec notamment l’apport de mesures préventives.
Il suffit d’analyser certains indicateurs comme des turn over anormaux dans certains services pour comprendre tout l’intérêt et toute la nécessité de la conduite d’un audit indépendant
La mise en place de baromètres : Baromètre de Climat Social ; Baromètre des Stresseurs Organisationnels ; Baromètre de Qualité Managériale , Baromètre de Gouvernance Sociale ; Baromètre du Moral au Travail ect.. permettrait pourtant d’apporter des réponses concernant la perception des personnels sur les grands thèmes de leur vie professionnelle :
- Le climat social
- La perception de la gouvernance sociale
- La perception du management de proximité
- L’état d’esprit vis-à-vis du travail
- L’exposition au stress
- La valence de la valeur travail
- Le degré d’implication au travail
.. et de prendre ainsi les mesures adaptées contre les risques psycho sociaux qui représentent une vraie menace pour la santé et l’efficacité professionnelle
Vous avez, à notre plus grand regret fait le choix de l’obstination et du « niet ». Nous vous le disons sans ambages : votre positionnement est regrettable
Saviez vous monsieur le recteur que l'action ou l'inaction de la hiérarchie est souvent en cause : "non résolution de conflits", "sentiment de manque de considération", "modifications organisationnelles et structurelles profondes posant question sur le sens du travail et affectant le collectif" et en particulier relative au "suivi des activités", "non remplacement des effectifs", modifications des locaux, incompréhension de décisions hiérarchiques", "perception pour plusieurs salariés de ne pas être soutenus, et/ou reconnus dans leur travail.
Mauvaise organisation du travail et harcèlement sont ils deux registres aux frontières étanches comme vous semblez le subodorer ?
Sachez sur ce point que la Cour de cassation a élargi la définition du harcèlement moral : un mauvais management peut désormais être désigné comme responsable. Le motif invoqué par cet arrêt du 10 novembre 2009 révolutionne la définition du harcèlement moral : "des méthodes de gestion mises en œuvre par un supérieur hiérarchique peuvent caractériser un harcèlement moral".
La justice donne, ainsi, raison aux organisations syndicales, qui tentent, depuis longtemps, de faire reconnaître une dimension organisationnelle dans le harcèlement
Mais, droit dans vos convictions, notre demande vous parait, malgré tout, illégitime car votre administration est selon vous en pointe dans le domaine de la prévention , pour preuve :"cellule d’écoute" "médecine de prévention" et … "circulaires mis en ligne sur le site académique" . En effet, quelle pertinente juxtaposition de mesures et de dispositifs répondant à un plan ambitieux sur la prévention des risques psycho sociaux
Bref, " Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles " et les vilains petits canards syndicalistes tirent la sonnette d’alarme pour rien
Faudra t’il attendre des cas France télécom pour agir enfin ?
" Une entreprise ne peut pas faire sans les hommes et les femmes qui la composent. Il est des entreprises qui privilégie le respect et l’écoute des salariés et qui s’efforce de fonctionner sereinement malgré le stress et la pression du marché. Elles ne fonctionnent pas plus mal
HIRIGOYEN, 2011, p. 1176 »
A St Denis, le vendredi 9 septembre 2001
P/le CGTR EDUC ‘ACTION
Patrick CORRE


