Les instituts de sondage à l'heure des comptes

"Contrairement à ce qui se passe dans d'autres domaines, l'estimation des intentions de vote produite par les sondages est soumise à l'épreuve de vérité du scrutin". Cette phrase, qui est un quasi-pléonasme, est tirée d'un communiqué envoyé ce matin par l'institut Abaksys, qui a réalisé deux sondages avant le premier tour des élections régionales. Un communiqué légèrement surréaliste dans lequel l'institut s'autosatisfait des sondages qu'il a publiés, tableau comparatif avec ses concurrents à l'appui, et conclut par un modeste : "La confrontation au réel permet à chacun d'apprécier : Abaksys a produit les meilleurs résultats".
Ce communiqué, un tantinet revanchard, vient bien évidemment en réponse à la polémique provoquée par le second sondage sorti par Abaksys, fortement contesté par Jean-Paul Virapoullé et surtout par la commission des sondages qui avait envoyé un communiqué précisant que "les conditions de constitution de l’échantillon des personnes interrogées par l’institut Abaksys ne permettant pas d’en assurer le caractère représentatif, la commission des sondages émet les plus strictes réserves sur la qualité du sondage réalisé par cet institut. Les résultats rendus publics le 4 mars 2010 sont en conséquence dépourvus de tout caractère significatif".
"Le seul institut à mettre en évidence la fragilité d'une domination"
Les Régionales passées, et comme le dit si bien Abaksys, soumettons les sondages "à l'épreuve de vérité du scrutin". un travail réalisé par les étudiants d'Infocom, Varangue, dans un article intitulé : "Les prévisions ratées du premier tour". Y est dressé un tableau comparatif de tous les sondages parus avant le premier tour de ces élections régionales, comparés aux résultats réels.
Première observation, comme le souligne Abaksys dans son communiqué, il "a été le seul institut à mettre en évidence la fragilité d'une domination pourtant annoncée comme acquise". L'institut a annoncé, lors de son second sondage, Paul Vergès à 29,7% (30,23% lors du scrutin) et Didier Robert à 28,4% (26,42% lors du scrutin). Pendant ce temps, Ifop avait annoncé 33,5% pour Paul Vergès et 19% pour Didier Robert alors que LH2 Dom allait encore plus loin avec 39,2% pour Paul Vergès et 19,2% pour Didier Robert.
Erreurs en pagaille pour les "petits candidats"
Seulement, ce qu'Abaksys omet de préciser dans son communiqué c'est que, comme les autres, il s'est copieusement trompé sur les autres candidats. Abaksys avait annoncé, toujours lors de son second sondage, Michel Vergoz en-dessous de la barre des 10% (8,9%), Eric Magamootoo et Vincent Defaud au-dessus des 5% (respectivement 8,3 et 8,9%) et André Thien Ah Koon et Jean-Paul Virapoullé en dessous des 5% (1,7 et 3,9%), soit exactement l'inverse de ce qui s'est passé.
Concernant les autres sondeurs, seul l'Ifop avait vu Michel Vergoz au second tour et tous, sans exception, avaient prédit que Vincent Defaud et Eric Magomootoo rassembleraient entre 5 et 10% des suffrages et que TAK ne passerait pas les 5%. Les instituts répondront toujours qu'un sondage est une photographie de l'opinion à un moment précis et que ces résultats ne sont pas de projections. Toujours, sauf quand ils ont eu "raison"...


