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Les députés réunionnais n'attendent pas grand chose du futur gouvernement

Entre méfiance et ouverture, les députés réunionnais réagissent de manière contrastée à la nomination de Michel Barnier à Matignon. Tandis que les députés du Nouveau Front populaire (NFP) n'attendent pas grand chose de la future équipe gouvernementale, dénonçant un déni démocratique, Joseph Rivière (Rassemblement national) préfère attendre le discours de politique générale et les premières décisions avant de se prononcer définitivement.
Ecrit par S.I. – le lundi 16 septembre 2024 à 09H39

Une nomination perçue comme une "trahison démocratique" par le NFP

 

Pour Jean-Hugues Ratenon, député de La France insoumise (LFI-NFP), la nomination de Michel Barnier ne laisse guère espérer un changement politique. "Il se rend complice du vol du suffrage universel qu’a opéré Macron lors des élections législatives", affirme-t-il, soulignant que la ligne politique de Michel Barnier "reste en parfaite continuité" avec celle d'Emmanuel Macron. Le député de la 5e circonscription rappelle certaines des positions défendues par l'ancien commissaire européen lors de la primaire des Républicains en 2021, notamment en matière de retraites, d'aides sociales ou de limitation du regroupement familial, qu'il juge très éloignées des attentes populaires. Il va jusqu’à qualifier Michel Barnier de "marionnette entre les mains de Macron".

Karine Lebon, députée de la 2e circonscription, partage ce sentiment de trahison. Elle considère que Michel Barnier "n’incarne pas une ligne de conduite en adéquation avec les attentes du pays". Elle regrette particulièrement qu'Emmanuel Macron ait écarté le NFP, malgré la victoire de ce dernier aux élections législatives. Frédéric Maillot, quant à lui, dénonce une "décision remplie de mépris pour notre démocratie", fustigeant le fait que la voix des électeurs ait été ignorée.

Dans ce contexte, les députés du NFP s’unissent pour soutenir la motion de censure annoncée contre le gouvernement. Jean-Hugues Ratenon ne mâche pas ses mots, qualifiant le gouvernement de Michel Barnier d'"illégitime". Il appelle à aller plus loin en activant l’article 68 de la Constitution pour enclencher une procédure de destitution contre Emmanuel Macron.

Karine Lebon et Frédéric Maillot appuient pleinement cette stratégie, voyant dans la censure un moyen de faire respecter le choix des électeurs et de contester une coalition qu’ils considèrent comme une "manipulation des perdants" des législatives. Karine Lebon rappelle que si Lucie Castets, candidate du NFP, avait été nommée Première ministre, elle aurait pu rassembler une majorité parlementaire. Elle déplore qu'Emmanuel Macron refuse de "faire des compromis" et d’écouter une large partie des Français.

Emeline K/Bidi, députée du NFP et proche de ses collègues Ratenon, Lebon et Maillot, adopte une posture tout aussi ferme. Selon elle, la nomination de Michel Barnier est une insulte à la démocratie. Elle estime que cette décision reflète l’influence des perdants des élections sur la scène politique nationale. Pour la députée sudiste, le fait que Michel Barnier ait été choisi, malgré l’échec de sa famille politique aux élections, symbolise une manipulation des institutions et un mépris pour le choix des électeurs. Derrière Michel Barnier, selon elle, se cache une alliance entre Emmanuel Macron, les Républicains et même le RN, une coalition que le peuple a rejetée dans les urnes.

Joseph Rivière, une voix discordante au sein des critiques

 

En dépit de cette fronde politique, Joseph Rivière, député du Rassemblement national, adopte une approche plus mesurée. Pour lui, la nomination de Michel Barnier marque un retour à une certaine normalité institutionnelle. "Enfin, on a un Premier ministre pour diriger le gouvernement de la France", déclare-t-il, tout en se montrant prudent sur les engagements futurs du nouveau chef de gouvernement.

Le député de la 3ème circonscription exprime néanmoins des attentes fortes concernant La Réunion. Il espère que les dossiers locaux cruciaux, "tels que la mutation des fonctionnaires, la réduction des charges des entreprises ou encore le projet de l’aéroport de Pierrefonds", seront pris en compte. "Quand ça sera bon, je voterai oui. Quand ça ne sera pas bon, il faudra qu’il discute avec moi", prévient-il.

Sur la question du vote de censure, Joseph Rivière critique la démarche du NFP. Selon lui, après avoir "bordélisé l'Assemblée nationale", le NFP cherche à "bordéliser le pays". Il souligne toutefois une différence dans la méthode adoptée par Michel Barnier, qu'il juge plus ouverte et respectueuse du dialogue. "Je constate chez Barnier un début de changement de méthode : écoute, respect, dialogue avec les forces politiques. C'est une bonne chose", affirme Joseph Rivière, tout en restant vigilant face à la politique économique européenne que le Premier ministre a soutenue, politique qu’il considère responsable de la désindustrialisation et de la mise en danger des filières agricoles à La Réunion.

Des attentes sociales et économiques fortes pour La Réunion

 

Sur le plan économique, Jean-Hugues Ratenon ne cache pas son pessimisme. Il estime qu’il n’y a "rien à attendre" du futur gouvernement de Michel Barnier et appelle même à sa démission. Selon lui, seule Lucie Castets pourrait incarner une politique en phase avec les aspirations des électeurs.

Karine Lebon espère toutefois que certaines des mesures phares du programme du NFP, comme la revalorisation du SMIC à 1.600 euros ou le blocage des prix, seront débattues au Parlement, même si elle se montre sceptique quant à leur mise en œuvre. Pour Frédéric Maillot, la défense des Outre-mer doit être une priorité, et il réclame la nomination d’un ministre "de plein exercice" pour ces territoires.

Joseph Rivière, quant à lui, insiste sur la nécessité pour le gouvernement de montrer un "réflexe Outre-mer". Il souligne notamment l'urgence de maîtriser l'immigration illégale en provenance des Comores, qui, selon lui, alimente la violence à Mayotte et commence à affecter La Réunion. "Il faut rétablir l'ordre républicain, tant à Mayotte qu'à La Réunion", affirme-t-il, insistant sur la nécessité d'une gestion stricte des frontières avec les Comores.

Un avenir politique incertain

 

Malgré les désaccords sur la nomination de Michel Barnier, les députés réunionnais, qu'ils soient issus du NFP ou du RN, restent unis dans leur volonté de défendre les intérêts de leur territoire. Si le scepticisme règne quant aux perspectives offertes par le futur gouvernement, la mobilisation parlementaire et populaire s'annonce cruciale pour faire entendre leurs revendications. Que ce soit par le dialogue, comme le prône Joseph Rivière, ou par l’opposition frontale, comme le défendent les députés du NFP.

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