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Les agriculteurs bio au bord de la crise de terre

Longtemps considéré comme un modèle d'avenir, l'agriculture bio affiche pourtant sa grande fragilité face à la vague d'inflation galopante qui submerge les Réunionnais. Le Groupement des agriculteurs/rices biologiques tire la sonnette d'alarme et réclame l'application de la loi Egalim.

Ecrit par Thierry Lauret – le samedi 10 février 2024 à 06H29

Malgré la grève des salariés qui paralyse la Chambre d’agriculture ce jour-là, malgré aussi son bras en écharpe et son visage tuméfié après une chute à vélo, Hermann Hosteing a fait le forcing pour que son rendez-vous auprès du 1er vice-président Bruno Robert soit maintenu. Ancien militaire de la marine nationale au franc-parler et à la colère contenue, Hermann Hosteing est le président du Groupement des agriculteurs/rices biologiques (Gab) de La Réunion, qui regroupe 84 adhérents sur les quelque 500 agriculteurs bio de l’île.

Si Hermann Hosteing tenait absolument à maintenir cette rencontre, explique-t-il, c’est en raison de la situation de détresse de nombre des adhérents du Gab. Mais aussi parce que le préfet Jérôme Filippini avait « annulé pour la troisième fois de suite » une visite de terrain que l’agriculteur avait organisé pour sensibiliser les services de l’État aux difficultés qui secouent le secteur.

« Tous nos agriculteurs vivent indignement de leur travail », déplore Hermann Hosteing. « Certains pensent arrêter à cause des normes qui ne sont pas les mêmes en France, en Angleterre ou en Espagne, à cause aussi de l’incompréhension de l’État ou de la concurrence des importations. »

Un des adhérents du Gab, un ancien éleveur de poulets frappé par la crise Covid puis par les hausses du coût des matières premières, va plus loin dans la réflexion : pour lui, il faudrait tout bonnement supprimer les aides européennes POSEI (Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité), qui faussent le marché et permettent aux élevages industriels de produire en masse du poulet vendu à 5 euros le kilo dans les supermarchés.

« Les plans de nutrition santé ou la loi Egalim ne sont pas appliqués. Mais nous, si on ne met pas notre ceinture au volant, on a une amende », proteste avec véhémence le président du Gab, qui rappelle les règles censées s’appliquer dans les cantines scolaires des Outre-mer : au moins 50% de produits frais et locaux dans les menus des marmay, dont 20% de produits bio. « On tourne en réalité entre 2% et 5% de produits bio, grâce surtout aux communes de l’Ouest », indique la vice-présidente du Gab, Isabelle Payet.

Hermann Hosteing rapporte que les services de la préfecture ne devraient sanctionner les collectivités qui ne respectent pas les quotas de la loi Egalim qu’à partir de 2028. Autant dire une éternité pour les producteurs de bio, dans un contexte d’énième crise économique, où même des consommateurs sensibilisés retournent à l’agriculture conventionnelle, contraints de privilégier leur porte-monnaie plutôt que leur santé.

L’effet domino est imparable. Après un appel aux dons sur les réseaux sociaux en septembre dernier, la coopérative Uprobio, qui regroupait 45 producteurs, a fini par être placée en liquidation judiciaire. « Uprobio est une organisation professionnelle qui récupère les productions pour aller les vendre dans des magasins comme Naturalia ou dans les quelques communes qui jouent le jeu pour les cantines. Certains adhérents du Gab n’ont pas été payés après avoir vendu et d’autres encore se sont retrouvés avec une grosse production à écouler », mentionne Hermann Hosteing.

La situation semble très précaire aussi pour AskaBio. Si le projet de production de sucre de canne bio porté par la Fondation Carrefour et la Chambre d’agriculture est considéré comme enterré par certains planteurs, il ne serait qu’en « stand-by » selon son président Jean-Thierry Silotia. Celui-ci évoque une refonte de l’outil industriel qui devra être finalement conçu pour broyer « 7.000 tonnes de cannes » (au lieu des 20.000 tonnes initialement envisagées) afin d’alimenter les rayons des magasins Carrefour, « sans concurrencer Tereos ».

« C’est juste un problème d’outil industriel, c’est en attente. C’est difficile de trouver un bureau d’études pour fabriquer l’outil de A à Z, ça prend du temps. Il nous faut le chiffrage de l’outil pour les subventions, mais on a déjà discuté avec le Département et la Région », rassure Jean-Thierry Silotia. Des explications qui laissent dubitatifs certains planteurs ou salariés de la Chambre d’agriculture. Tous s’interrogent sur les conclusions d’une étude déjà réalisée sur le projet, mais jamais communiquée.

Dans un article sur « Les coûts externes pour la santé et l’environnement liés aux engrais et pesticides de synthèse », Denis Lairon nutritionniste et soutien de l’association Oasis Réunion, avance que « selon diverses études d’experts récentes et convergentes (GB, Autriche, USA), le vrai coût de l’alimentation (avec impacts actuels induits sur santé et environnement) payé par le citoyen est compris entre 2 fois et 3 fois celui du coût d’achat de l’alimentation par le consommateur. Les surcoûts sont attribués (exemple : USA) pour moitié aux impacts sur la santé et moitié aux impacts sur l’environnement. Ces calculs sont actuellement sous-estimés : impacts santé partiels, très faible prise en compte du dérèglement climatique qui s’aggrave. »

De fait, pour certains agriculteurs défenseurs de l’environnement, comme Isabelle Payet, il conviendrait de soustraire la production d’eau et d’aliments des griffes des multinationales, afin de garantir leur accès à l’ensemble de la population du globe.

Et le constat vaudrait aussi pour ces producteurs passés au bio par simple opportunisme économique. « L’agriculture biologique n’est pas qu’une agriculture conventionnelle sans produits chimiques de synthèse. Les nouveaux agribio n’ont pas la culture des belles valeurs, de l’essence de cette agriculture ancestrale », estime la vice-présidente du groupement Zarlor la Ter.

Thèmes : Agriculture
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valeo
13 jours il y a

Trop cher et trop menteur, la plupart des produits ne sont pas bio. Trop d’escrocs qui aiment l’argent ici.

Mi di Mi pense
Répondre à  valeo
13 jours il y a

Hélas !

L’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui vise à respecter les systèmes et cycles naturels, maintenir et améliorer l’état du sol, de l’eau et de l’air, la santé des végétaux et des animaux, ainsi que l’équilibre entre ceux-ci.

Mordicant
Répondre à  valeo
13 jours il y a

Argument fallacieux sans preuves pour dénigrer le bio .

Pierrot974
13 jours il y a

« Les nouveaux agribio n’ont pas la culture des belles valeurs, de l’essence de cette agriculture ancestrale « 
Si c’est aussi la guerre entre eux, le bio, déjà inabordable pour la grande majorité, est très mal parti.
Déjà que les tomates non bio sont vendues 7,99/kg chez Carrefour (et pourrissent sur l’étal faute d’acheteurs riches)…

@ Gasparin
Répondre à  Pierrot974
13 jours il y a

Carrefour est un mauvais exemple parce que c’est un groupe, y’a que le profit … C’est ainsi !

« Les nouveaux agribio n’ont pas la culture des belles valeurs, de l’essence de cette agriculture ancestrale «
MAIS ! on vit au 21ème siècle , faut s’adapter

Faisons un peu confiance à ces  » nouveaux agribio  » !

Pat
13 jours il y a

Une équipe de bras cassés

ZEANRABOTDELAZONE
Répondre à  Pat
13 jours il y a

Prenez votre pioche courber votre dos au soleil ,achetez vous un terrain vous qui n’êtes pas un bras cassé , que de la gueule ces escargots!

Pat
Répondre à  ZEANRABOTDELAZONE
12 jours il y a

c’est déjà fait depuis longtemps et je sais de quoi je parle

ZEANRABOTDELAZONE
Répondre à  Pat
12 jours il y a

Les agriculteurs ne sont pas des bras cassés ce matin j’étais au marché forain de la Possession presque plus de légumes des agriculteurs de la plaine des cafres de la crête et de Salazie ils plantent et sont sur les marchés tôt le matin s’ils sont paresseux moi je me les coupe , tous les corps de métiers se font casser par les vrais bras cassés!

Royal Bourbon
13 jours il y a

Le bien fondé d’une agriculture bio est de nous proposer des fruits et légumes non traités par les produits phytosanitaires (insecticides, pesticides, utilisation du Round’up (glyphosate) et j’en passe) !

Cela a pour vocation une alimentation saine et une santé d’antan ! Mais il faut mettre la main au portefeuille puisque que cette agriculture représente 30-40 % plus chère que l’agriculture conventionnelle !

Autre paradoxe : si elle est placée pas loin d’une agriculture conventionnelle, les produits phytosanitaires sont stoppés par un mur invisible dans le ciel empêchant la contamination des produits bio ?!?

Pourtant, une étude a été menée il y a 1-2 ans de cela confirmant que nous sommes tous contaminés au Glyphosate !

Article de Libération sur le Glyphosate : une étude confirme la présence de l’herbicide dans l’urine des Français 99,8% des 6 795 échantillons d’urines analysés sont contaminés au glyphosate, ce pesticide controversé. Bien que sa dangerosité soit encore un sujet de discorde parmi les scientifiques, cette énième étude fait désordre.

Autre paradoxe, comment les Antillais peuvent faire du bio, alors que toutes leurs terres sont contaminées au chlordécone, qui a provoqué à une augmentation des cancers de la prostate ?

Et pour finir, le marché du bio mondial a atteint 103,5 milliards d’euros en 2018 et a dépassé 112 milliards d’euros en 2019.

Alé dit partout
Répondre à  Royal Bourbon
13 jours il y a

Il y a du chemin à faire

Avec les  » petits hommes gris  » de Bruxelles “ bâillonnent définitivement ceux qui ne pensent pas comme eux.

larglasosse
13 jours il y a

Le bio à la Réunion ? impossible , la terre est déjà saturée de produits phytosanitaires , et notre espace vital se réduit comme peau de chagrin , à la rigueur on peut dire que certains agriculteurs pratiquent une forme d’agriculture raisonnée sans plus … Il ne faut pas prendre les acheteurs éventuels pour des couillons !!!

Dubitatif
Répondre à  larglasosse
12 jours il y a

Ce sera toujours mieux que d’avaler des salades copieusement arrosées de produits phyto

Charles
13 jours il y a

Mais faut arrêter de dire n’importe quoi et ce faire passer pour des pro du bio ,déjà il faut produire bio et on arrive regarder vous même mettre vos production annuel sur la table montrer nous ce que vous produisez sur 1 an or il faut nourrir la population , pas possible pour vous , trop faible et pourtant les bio du cœur vous utilisez des produits à tête de mort , minime mais c’est la réalité, dûCoup égale bio business pour réussir et la c pas du bio !
Mais vous êtes pas des exemples de producteur bio vous n’arrivez pas à produire chez vous , dite nous qu’est-ce que vous produisez et en quantité svp et on verra où est le pb et des solutions existe mais en écoutant que le Cirad et l’armeflor pro chimique c’est sur que vous allez produire 🤣🤣🤣🤣

Mondié Singnèr
13 jours il y a

Faites votre merde bio, je n’en ai rien à foutre, mais laissez les autres travailler.
Vous voulez transformer le bio en pompe à fric et rien d’autre, le bio n’est pas faisable, ni rentable non plus .
Sauf si on truque un peu ( beaucoup ), détenteur du certiphyto, j’ai accès aux produits réservés aux professionnels, beaucoup de ces produits sont totalement inefficaces, .

J’aimerais qu’un  » essepecialiste  » donne ici-même sa recette BIO contre les fourmis et leurs cohortes de pucerons, cochenilles et autres ravageurs.

Tous les ans je vois la gueule de leurs s fruits et légumes au jardin bio du champ de foire de Bras-Panon, à leur place, j’aurais honte.

L'Ardéchoise
Répondre à  Mondié Singnèr
13 jours il y a

Vous êtes l’exemple même du consommateur qui veut que chaque fruit, chaque légume ait la même taille, la même couleur, sans se préoccuper du goût.
Un peu narcissique, vous voulez vous regarder dans le miroir de la tomate parfaite dont la peau n’est qu’illusion !
Pas de bibites, pas de taches, des rondeurs, comme les femmes, quoi !
Le macho et l’anti-bio vont souvent de pair…

Au milieu des commentaires, j’ai trouvé chez l’un de vous « agriculture raisonnée », ce qui est actuellement la meilleure des choses ; il faudra des décennies pour évacuer les saloperies qui nous empoisonnent, mais cesser de les utiliser permet de redonner à la terre son usage initial.

ZEANRABOTDELAZONE
Répondre à  Mondié Singnèr
13 jours il y a

sans eux les agriculteurs vous boufferiez vos poils l’art est difficile et la critique est facile , j’ai des doutes à notre capacité à nous entendre en temps de guerre nous sommes trop divisés ; si chacun s’occupait de son métier dans les règles de l’art notre monde s’emporterai mieux , les agriculteurs les transporteurs les profs les policiers font grèves les critiquent explosent mais sans eux nous serions en train de bouffer des pissenlits par la racine.

L'Ardéchoise
Répondre à  ZEANRABOTDELAZONE
13 jours il y a

En attendant, les pissenlits, on peut les manger en salade, c’est excellent pour la santé, tout comme les orties !

ZEANRABOTDELAZONE
Répondre à  Mondié Singnèr
12 jours il y a

Vous avez raison prenez des légumes et des fruits qui brillent avec des traitements à outrance ,avez vous vu la brillance des pommes et des carottes de Chine qui n’ont ni gouts ni sentiments. arrêtez de jeter la pierre sur cette profession sans eux vous boufferiez vos bijoux de famille!

Tampon
13 jours il y a

Tampon osi nena in boug i fait poule bio sois disant mais les poules I mange que produit bio soi disant l’arnaque surtout

Bruno
13 jours il y a

« aussi parce que le préfet Jérôme Filippini avait « annulé pour la troisième fois de suite » une visite de terrain que l’agriculteur avait organisé pour sensibiliser les services de l’État aux difficultés qui secouent le secteur »
Voilà révélé le vrai visage de ce préfet.
Ce préfet ne fait de belles manières que devant les lobbies et les médias!
Il ne roule que les imbéciles.

ZEANRABOTDELAZONE
Répondre à  Bruno
12 jours il y a

Faux vous racontez n’importe quoi ! il est avec les petits agriculteurs il ne choisit pas le problème les gens ne sont jamais mais que faîtes vous pour améliorer votre situation c’est ensemble la division il faudrait arrêter!

eric
12 jours il y a

les modalités pour être considère BIO sont difficiles alors j’aimerai connaitre l’organisme qui a procède aux vérifications.

Toto
11 jours il y a

Lamentable ces fainéants qui crachent sur les travailleurs !!! Mentalité trop courante à la réunion Balancer des méchancetés en se cachant.

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