[L'édito de Pierrot Dupuy] Jean-Michel Blanquer, sans bruit et sans secousses

Il est des ministres qui ont échoué. Par exemple, ce n’est pas faire injure à Nicolas Hulot que de dire qu’il n’a presque rien réussi en 19 mois d’exercice, c’est lui-même qui l’a avoué.
"Est-ce que nous avons commencé à réduire l'utilisation de pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l'érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d'arrêter l'artificialisation des sols ? La réponse est non", a déploré l’ancien ministre de la transition écologique.
Mais pendant que certains échouent, d’autres réussissent. « Sans bruit et sans secousses », comme on dit en créole. A l’image d’un Jean-Michel Blanquer, qui a fait une visite éclair dans notre ile, et dans un secteur pourtant réputé particulièrement rétif à tout changement : l’Education nationale.
Il a d’abord choisi, contrairement à nombre de ses prédécesseurs, de redonner la priorité à l’école primaire. Comment vouloir retaper un toit alors même que les fondations reposent sur du sable ?
Le bilan était pourtant facile à faire : tous les ans, 20% des élèves sortent de l’école primaire sans maîtriser les fondamentaux. Il y avait donc urgence à réformer le système que certains n’ont pas manqué de comparer à un mammouth.
Pour y arriver, il a commencé par rendre la scolarité obligatoire à partir de 3 ans dès la rentrée 2019. Ca semble évident et pourtant personne ne l’avait fait avant lui.
Il a également fait le constat de classes trop surchargées. Ne pouvant les dédoubler partout pour causes de contraintes budgétaires, il s’est attaché à revaloriser le travail des ATSEM, les « taties » comme on les appelle ici.
Et il a dédoublé les classes dans les zones d’éducation prioritaire, qui regroupent une bonne partie des classes de la Réunion. Rien qu’à Saint-Denis par exemple, 60% des élèves sont concernés... Et au final, comme l’a souligné Gilbert Annette en recevant le ministre, « les enfants font des progrès énormes » en lecture. « Les classes dédoublées, c’est fantastique », a estimé le maire de Saint-Denis.
Le ministre a également su montrer qu’il était capable d’écouter les parents d’élèves. Devant la levée de bouclier qu’avait provoqué la réforme de Najat Vallaud Belkacem, il n’a pas hésité à revenir à la semaine de 4 jours. Peut-être pas la panacée mais au moins le calme est revenu dans les écoles.
Mais la réforme que je préfère, je l’avoue, c’est l’abandon de la méthode globale dans l’apprentissage de la lecture dans les petites classes, au profit de la méthode syllabique avec une dictée quotidienne, deux séances d’écriture de 10 à 20 minutes, l’étude de 5 à 10 œuvres par an du CP au CE2, et au moins 15 minutes de calcul mental par jour… Cette méthode avait réussi à apprendre parfaitement la lecture à des générations de petits Français jusqu’à ce que des apprentis sorciers ne veuillent tout changer. Avec le succès que l’on connait !
Ajoutez à cela l’interdiction du portable à l’école et pour moi, Jean-Michel Blanquer a réussi un parcours presque sans faute. Dans un secteur où, je le répète, les syndicats interdisaient jusqu’à peu toute réforme et étaient en fait les véritables patrons. Que ce soit dans le choix des programmes ou même des mutations.
Dommage qu’on n’ait pas des Jean-Michel Blanquer dans tous les ministères...


