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Le taulard miteux et le maton minable : Combines foireuses à Domenjod

Correctionnelle Champ-Fleuri, vendredi 6 septembre 2019
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 6 septembre 2019 à 16H50

Eddy T. a exercé 5 ans à La Santé (une prison hors d’âge et dangereuse) avant de revenir à La Réunion et d’intégrer le 5-étoiles de Domenjod. Ce garde-choune (garde-chiourme si vous préférez) a un dossier professionnel en béton, est très bien noté et, comme il est aussi champion de muai-thaï, il fait partie des escortes exceptionnelles lorsqu’il s’agit de faire un brin de conduite aux fortes têtes. D’ailleurs, il porte le mignon petit sobriquet "d’homme d’acier", sinon "homme de fer", comme aussi "tibia de feu". Râblé comme Steve Reeves avec une tête en moins.

Ce fonctionnaire irréprochable, cependant, a oublié que certaines fréquentations sont totalement proscrites. Surtout lorsque l’autre, Jean-Bernard A., est un escroc patenté, miteux certes, mais escroc quand-même.

Une générosité un peu suspecte !

"C’est fait de tout petits riens", le hasard. Voici quelque 5 ans, la voiture du gardien part en fumée. Prisonniers et surveillants ont l’habitude d’échanger des propos… pas si anodins. Jean-Bernard qui, à l’époque, est encore maquignon en voitures d’occasion, propose au surveillant de lui céder une Citroën C3 d’occase à 5.000 euros. Eddy n’est pas très riche et son vis-à-vis accepte d’abaisser le prix de vente à 4.000 euros. Pour le paiement, on s’arrangera plus tard. Papiers signés, acte de vente en bonne et due forme, Jean-Bernard transfère à Eddy la propriété de ce clou qui appartient… à sa femme. Un argent qu’il ne lui réclamera jamais. Une générosité qui, pas une seconde, ne mettra la puce à l’oreille du maton.

Le spécialiste de l’occasion s’en est volontiers expliqué à l’audience où le président Molié n’a pas eu à forcer son talent : "Vous êtes un bon client (un Molié en très grande forme, ce matin), vous savez comment ça marche".

"J’étais en régime de semi-liberté alors. Mais je savais que j’allais revenir en prison, donc, je me suis dit qu’être au mieux avec un gardien ne pouvait qu’améliorer mes conditions de détention". Une telle lucidité forcerait presque l’admiration ; il faut dire que le CV de Jean-Bernard comporte pas moins de 13 condamnations et beaucoup plus encore d’années de taule : escroqueries en tout genre, vols, recels, travaux dissimulés, chèques volés, etc.

La queue tortue lé courte

Au départ, Jean-Bernard ne réclame pas grand-chose au surveillant naïf : juste de laisser la porte de sa cellule ouverte au-delà des heures convenues, afin qu’il puisse se promener dans les travées. La pratique est, paraît-il, courante.

Il y a quatre ans, c’est par le biais de cris et chuchotements divers et très variés, que le directeur du palace campagnard sera averti que des choses pas très catholiques se passeraient entre ses murs. Signalement au procureur, juge d’instruction désigné, l’enquête se met en route.

Les policiers apprennent que le fonctionnaire de la pénitentiaire est un fonctionnaire au-dessus de tout soupçon mais s’il fallait s’arrêter à de telles balivernes… La prison de Domenjod est déjà soumise à une réputation des moins flatteuses et le moment semble bon pour frapper un grand coup. On va donc charger la mule sans vergogne.

En faisant témoigner des taulards… dont on sait que leurs déclarations sont toujours plus que sujettes à caution.  On va donc en apprendre des vertes, des pas-mûres et des sacrément faisandées sur le compte du gardien : il introduit des téléphones portables dans l’enceinte de la prison ; il fournit des "substances vénéneuses" à certains prisonniers (c’est qui, c’est quoi, les soi-disant substances ? Personne n’a su le dire) ; il a transmis des barquettes de nourritures à des prisonniers ; il a organisé, dans les cellules, des combats à mains nues entre prisonniers ; il "serait" responsable de trafic d’objets divers contre de l’argent liquide ; quels objets ? quand ? avec qui ? combien d’argent ? Nous resterons sur une faim proche de la disette.… Talèr la queue tortue lé courte, à lu minm l’auteur !

Certains de ses collègues y sont aussi allés de leur petite dénonciation… alors que la plupart de ces faits n’ont jamais été prouvés.

L’arroseur arrosé

Par exemple les combats style MMA, hyper-dangereux. Il est curieux que pas un seul détenu ne se soit plaint de côtes cassées, membres désossés, roubignolles écrasées et autres joyeusetés propres à ce style de combat. L’infirmerie de la prison n’en fait aucune MENTION !

Il n’empêche que l’instruction durera presque 5 ans, pour finalement renvoyer l’escroc et le maton devant les juges : corruption active pour l’un, passive pour l’autre.

"Je ne me suis pas rendu compte du mal qu’il y avait à acheter une voiture d’occasion à un escroc". Une telle naïveté est confondante et l’on se rend bien compte que le gardien a pêché par manque total de jugeote.

Ce qu’il y a de parfaitement réjouissant là-dedans, c’est que l’ex-garagiste n’a jamais touché les 4.000 euros de la transaction. L’arroseur arrosé, vous connaissez ?

Un fait que n’a pas manqué de relever le président Molié : les détenus ayant témoigné contre le gardien ont plusieurs fois changé leurs déclarations. In’ mère poule i artrouve pu son’ tit là-dans.

Les avocats Normand et Barracco ont su être brefs et concis, eux (je ne vise personne), pour battre en brèche toutes les suppositions.

Le tribunal a quand même sanctionné : 12 mois ferme pour l’escroc ; 24 mois avec sursis et 4.000 euros d’amende pour le surveillant. Qui ne surveille plus rien depuis quatre ans, suspendu à titre préventif par sa hiérarchie : il fait de petits boulots ici et là car l’homme n’est pas un paresseux.

Il lui reste encore à affronter le conseil disciplinaire qui décidera si oui ou non, il peut réintégrer son emploi.

 

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