Le réveil des Mohicons "Sauvons la forêt réunionnaise"

Dans son ouvrage "le dernier des Mohicons" ou les tribulations d’un agent de l’ONF, notre auteur Raymond Clain a rappelé un fait important sous le kiosque dit "à bon Dieu" de la forêt de l’Etang Salé.
Et comme la parole ne fut pas complètement transcrite, il est de notre impérieux devoir, en qualité d’éditeur "pays" indépendant de la développer. Juste avant la conférence de presse où nous avions dégusté un excellent gâteau patates (douces… cela s’entend), j’ai vu de mes propres yeux et entendu un témoignage saisissant d’un collègue à notre grand ancien de l’ONF… à savoir que dans le pays (la Réunion) il n’y aurait à l’Office des Forêts quasiment plus de programme de replantation d’arbres par faute de personnel, d’encadrement et de volonté politique.
Si nous avions choisi ce lieu symbolique de l’Etang Salé, c’est aussi parce qu’il reste 300 hectares de friches à reboiser mais l’Etat n’a, parait-il, plus d’argent pour employer les jeunes créoles de la Réunion qui étaient à l’époque embauchés sur des travaux concrets. Alors que l’Etat et la Région ont de l’argent en abondance embaucher des dizaines d’employés, trop souvent recrutés en métropole sur concours, qui eux, ne planteront pas des arbres, car ce sont des technocrates qui ne mettent pas les mains dans la terre de Bourbon.
Ainsi la forêt est en friche, mais officiellement tout le monde est très content, nous sommes homologués à l’UNESCO, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles nous rappelait Candide dans Zadig. La forêt se remplit non pas d’arbres mais de fonctionnaires qui vont travailler dans les Hauts alors qu’ils vivent sur le littoral.
Tout cela n’est-il pas ahurissant ?
Le bât blesse… le bateau coule… il nous faut réagir pour éviter le naufrage. Une autre immense bêtise est de tout vouloir replanter uniquement en espèces indigènes, la nouvelle règle des ayatollahs de l’écologie (attention il ne s’agit pas de nous faire dire qu’il ne faut pas replanter des endémiques, Jacques Lougnon avait dans sa propriété un espace réservé de bois de couleurs, protégés et renouvelés avec amour).
Il faut être lucide, les exotiques peuvent aussi apporter un charme et une utilité sans pareils.
Pour planter deux hectares endémiques on arrive à reboiser avec le même effectif, d’après Monsieur Clain une centaine d’hectares de beaux arbres tropicaux d’Afrique, d’Asie et d’Amérique… dont certains d’ailleurs se sont progressivement intégrés à l’ile et tiennent bien face aux cyclones.
Le Parc a pour option "quasi religieuse" on ne touche à rien… on conserve… on "muséifie" la nature mais la muséification n’a pas le goût de la vie… conserver peut-être, mais mettre la forêt en dégénérescence par manque de soins ? jamais ! Car la forêt est vivante, elle a besoin d’entretien et d’amour ; gloire aux forestiers de l’ONF qui, durant des décennies, ont planté des arbres de toutes espèces dont nos bons cryptomerias.
Aujourd’hui, la production d’essence de cryptomeria est, en certains endroits plus importante que celle du géranium rosat (Jacques Lougnon avait combattu l’ignorance de l’administration qui, après-guerre, rasait les bois de couleurs pour implanter nos conifères du Japon, mais ce temps est passé… ils se sont depuis rachetés).
En revanche, ces cryptomerias qui sont plantés sur les pentes en friches sont utiles à la société.
Aujourd’hui, au lieu de planter, embellir et faire fructifier la forêt que l’on aime (et qui était entretenue par des agents consciencieux), "on" a planté un peu partout des fonctionnaires pour nous verbaliser et essayer de nous faire perdre le peu de liberté qui nous reste.
Voilà pourquoi nous avons fait acte de publication grâce à cet homme profondément humain. Raymond Clain, véritable amoureux de la forêt dans le fil conducteur de ce que fut notre vieux Tangue ; cette démarche est celle d’une démocratie vivante, active et responsable.
Espérons que le Gouvernement, l’Etat, la Région, le Département, les collectivités et organisations innombrables dont le Parc National et l’ONF (qui se marchent sur les pieds) retrouveront le bon sens celui des responsabilités qui seul peut édifier notre territoire.
Ils ne doivent pas oublier que les habitants de notre ile bien aimée conservent le souvenir indélébile de cette Liberté. L’esprit du vieux tangue est toujours vivant dans nos cœurs…il veille et même… surveille… Un état d’esprit fécondant, joint à la capacité de remise en cause qui trop souvent, leur fait défaut… Ils seront obligés un jour de tenir compte de cette démarche responsable, sous peine de répondre bientôt de leur aveuglement, celle de leur rappeler la noble mission qui leur incombe à savoir, servir le Bien commun.
Christian Vittori
Ps : Exemple pratique : en forêt du Tevelave on cherche à remplacer la sylviculture du cryptomeria pour planter des endémiques… c’est un travail de "Sisyphe" sans grand espoir de réussite … Les endémiques doivent être replanté intelligemment soit chez les particuliers comme le fait remarquablement Raymond Lucas, soit dans des lieux protégés et dans les forêts où il existe des bois de couleurs en refaisant les clairières et en luttant contre espèces végétales comme ce qui a été fait au bon accueil dans les Hauts de Saint-Louis.


