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Le redoublement, vraie ou fausse solution face à l’échec scolaire ?

Décidé dans de rares cas sous l'ère de la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem puis de retour sous Blanquer, le redoublement reste aujourd'hui l'exception. Jugé Inefficace et coûteux, le redoublement a été remplacé par une batterie de dispositifs d'accompagnement des élèves en difficulté.

Ecrit par Prisca Bigot – le lundi 21 août 2023 à 06H24

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La rentrée des classes quand on redoublait c’était un peu comme une double peine. Alors que tous les petits camarades étaient passés au niveau supérieur, on se retrouvait dans la même classe avec les mêmes enseignants mais des élèves plus jeunes. Le redoublement a longtemps été pensé comme une chance de rattraper son retard scolaire. Les études ont pourtant davantage démontré son inefficacité mais surtout son effet négatif sur l’estime de soi, tendant même à favoriser le décrochage scolaire. « Il est avéré que le redoublement est assez inefficace pédagogiquement parlant, qu’il est démotivant pour les élèves et par ailleurs qu’il est coûteux », avait avancé Najat Vallaud-Belkacem en 2014.

En 2018, Jean-Michel Blanquer rend à nouveau possible le redoublement à titre exceptionnel en cas de difficultés scolaires en dépit de l’accompagnement pédagogique mis en place. “Il y a quelque chose d’absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant les retards. La première des réponses réside dans l’accompagnement tout au long de l’année et dans les stages de soutien que nous créons“, avait plaidé le ministre de l’Education dans une interview au Parisien en juin 2017.

« Le remède a été pire que le mal »

Le taux de redoublement/maintien en fin de troisième concernait 0,02 % des élèves en 2021 au sein de l’académie de La Réunion. “Aujourd’hui, ce taux n’est plus significatif”, explique Michel Muller délégué régional académique à l’information et l’orientation. “Les résultats du redoublement ont été peu payants, le remède en quelque sorte a été pire que le mal”.

Si aujourd’hui à l’école maternelle aucun redoublement ne peut être proposé, en élémentaire, le conseil des maitres peut en faire la proposition mais seulement une seule fois durant la scolarité en primaire de l’élève.

Au collège et au lycée, toujours à titre exceptionnel et en cas d’échec du dispositif d’accompagnement pédagogique, un redoublement peut être décidé après un dialogue avec l’élève, les parents et l’équipe pédagogique.

Un taux de chômage de 32%

Pour lutter contre l’échec scolaire et plus particulièrement contre le décrochage scolaire, le redoublement n’est donc plus la norme. L’enjeu est aussi l’insertion future dans le monde du travail, l’obtention d’un diplôme permettant une meilleure insertion professionnelle.

Selon les derniers chiffres de l’Insee, le taux de chômage des jeunes Réunionnais est de 32% en 2022, soit 2,5 fois plus élevé que dans l’Hexagone. En 2021, 26% des jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études ni en formation, soit 2 fois plus qu’au niveau national.

La lutte contre le décrochage scolaire constitue donc un enjeu majeur. Pour l’année scolaire 2023/20234, 267 (45%) de filles étaient concernées contre 321 garçons (55%), soit 588 jeunes de 16 à 18 ans en tout  dans notre département. Les différents modules d’accueil en lycée (MODAL) qui permettent une poursuite ou une reprise de scolarité adaptée vers le bac, les prépa Foquale pour les jeunes non affectés à la rentrée scolaire, les plateformes nouvelles chances avec des parcours de formation aménagés et 2 micro lycées sont les 4 dispositifs existants qui couvrent le territoire. Ces jeunes sont pris en charge par la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire (MLDS) à travers l’un des quatre dispositifs, indique Michel Muller. « Le cas échéant, ils sont accompagnés par le réseau des Missions Locales, qui leur proposent d’autres solutions, comme le contrat d’engagement jeunes (CEJ) ».

“Il y a le système mais aussi la personne”

Pour lutter contre le décrochage, la FSU a fait des propositions. Les conditions d’accueil des élèves aident à la réussite scolaire. “Il faudrait que tous les établissements scolaires de La Réunion soient classés en zone d’éducation prioritaire”, propose Marie-Hélène Dor, secrétaire départementale de la FSU. Un calendrier scolaire adapté aux conditions climatiques mais aussi une meilleure prise en compte de la langue régionale qui peut être un outil d’apprentissage sont des facteurs de réussite scolaire, argue Marie-Hélène Dor. Le ministre Gabriel Attal a d’ailleurs donné son avis sur la question lors de sa conférence de presse ce jeudi dans notre île. La syndicaliste le reconnait, « des dispositifs comme l’aide aux devoirs se sont empilés mais il n’y a pas eu d’évaluations sérieuses de leur efficacité. Ici l’évaluateur est aussi l’évalué”, regrette-t-elle.

Les motifs “personnels et familiaux” ne sont pas à négliger, précise Michel Muller. Pour le DRAOI , “l’identité du jeune dans l’établissement scolaire, la formation choisie et quelque chose qui peut être attribué à un manque de maturité” sont aussi des variables à prendre en compte. “Il y a le système mais aussi la personne”, analyse Michel Muller. Malgré les travaux du groupe de prévention du décrochage scolaire vigilant sur certains signaux comme l’absentéisme, “certaines personnes ne donnent plus suite, coupent les ponts avec tout ce qui est institutionnel. Il faut rétablir la relation la plus positive possible dans un effort qui ne peut qu’être concerté. Il faut encore trouver l’outil de travail”, concède Michel Muller.

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