Le procès du proxénète présumé Mohamed Rangila renvoyé

Mohamed Rangila apparaît dans un écran à travers un système de Visio-conférence : son extraction de la prison de Domenjod était impossible aujourd’hui en raison du mouvement social de l’administration pénitentiaire. Barbe blanche, t-shirt gris usé, l’homme est courbé sur l’écran qui lui permet de voir la cours.
Dans la salle, un seul des complices présumés est présent : un ancien policier, sans avocat.
Le procès est rapidement renvoyé en raison de l’absence d’un des avocats des prévenus. Après quelques minutes de délibération, les juges, qui ne font que très modérément confiance au proxénète présumé, ont prononcé son maintien en détention et ce jusqu’au 26 avril. Ils s’assurent ainsi de sa présence lors de cette nouvelle audience, alors qu’ils craignent de le voir quitter l’île face à la lourde peine qu’il encourt.
"Ce n’est pas Pierre Vergès !" s’exclame sont avocat, "il ne va pas disparaître, son passeport a été saisi. Il suffit de mettre son nom dans les registres de la police aux frontières pour qu’il ne puisse pas prendre l’avion !" . Un argument qui ne suffit pas à convaincre le tribunal qui rejette une nouvelle fois sa demande de libération.
Les complices présumés voient eux aussi leurs contrôles judiciaires reconduits dans les mêmes conditions qu’ils avaient été prononcés.
L'affaire éclate au début de l'année dernière : ce sont les riverains du quartier de Saint-Jaques qui ont alerté les autorités, lassés des allées et venues incessantes des clients, de jour comme de nuits, ainsi que des nuisances sonores liées à l’activité des travailleuses du sexe.
Car depuis plusieurs mois voire même plusieurs années, la villa à l’angle de la ruelle Pavée et la ruelle des Anges est devenue une maison close, abritant un réseau de prostitution bien rodé et très lucratif.
Soupçonné d’être à la tête de ce réseau, Mohamed Rangila, un commerçant dionysien, est interpellé puis placé en détention provisoire le 15 février 2018. L’homme, déjà connu de la justice pour des faits d’agression sexuelle, est notamment propriétaire de deux boutiques de lingerie féminine.
Quatre autres personnes seront interpellées et placées sous contrôle judiciaire ce jour là : son fils, devenu propriétaire de la maison mais dont l’implication dans le trafic reste à déterminer; deux prostituées, locataires officielles de la maison et qui auraient profité du trafic; ainsi qu’une mère maquerelle qui se serait chargée de la gestion de la maison.
Quelques jours plus tard, une troisième personne soupçonnée d’être impliquée dans ce réseau de proxénétisme est interpellée : un ancien policier de la BAC, qui aurait entretenu une relation avec l’une des locataires prostituées, et profité de son statut pour prendre sa part du gâteau.
Alors qu’il est en détention provisoire, Mohamed Rangila a dû quitter sa cellule le quelques heures le 26 octobre dernier afin de comparaître au tribunal pour avoir falsifié des papiers de l’ONU : lors des perquisitions à son domicile dans le cadre de l’enquête pour proxénétisme, de faux papiers à son nom ont été retrouvé dans une armoire. Il est condamné à 3 mois de prison ferme.
Mohamed Rangila ainsi que ses complices présumées sont aujourd’hui poursuivis pour proxénétisme aggravé en raison du nombre important de victimes. Ils risquent jusqu’à 10 ans de prison.


