Le Port : une mère de famille de cinq enfants organise un point de deal à son domicile

Seize mules ont été arrêtées en 2023 sur le territoire et déjà 24 en 2024. Beaucoup sont vraisemblablement passées entre les mailles du filet. Ensuite, de petites mains se chargent d'écouler les doses. C'est le cas de Kériane, un jeune majeur, et de sa mère, bien qu'elle s'en défende.
Ce mercredi, les magistrats du tribunal correctionnel ont assisté à une scène théâtrale entre un fils et sa mère, cette dernière se présentant comme une femme au bout du rouleau. Éplorée, elle a répété maintes fois qu'elle avait demandé à son fils de mettre fin au point de deal que le jeune homme a monté dans un quartier du Port il y a un an.
La marchandise bien rangée sur la console du salon
Ouverte de 10h à 20h, la petite entreprise familiale se portait plutôt bien avec une vingtaine de clients journaliers. De source judiciaire, l'appartement familial était d'ailleurs fort joliment meublé. Sur la console du salon, la savonnette et la résine de cannabis étaient bien rangées sur la console dans des coupelles différentes et les 84 billets de 50 euros se trouvaient sous le matelas dissimulés dans une pochette.
Lorsque Keriane était absent, l'enquête a démontré que c'étaient son frère et sa sœur, mineurs, qui se chargeaient de remettre la marchandise aux clients. À la barre, Keriane se fait vertement engueuler par sa mère. Au bord des larmes et pendant qu'elle essuie les siennes, il explique au tribunal avoir commencé par vendre du tabac à chicha lorsqu'il avait 17 ans. Puis, progressivement, il avait eu envie de monter en gamme. "Oui, je le savais, finit par admettre Ruth A., 40 ans, mais je n'ai jamais réussi à le mettre dehors".
La quadragénaire, invitée à son tour à s'expliquer, indique avoir donné deux fois des produits stupéfiants à des acheteurs tapant à sa porte. "J'avais peur, je voulais protéger mes autres enfants", tente la prévenue peu convaincante. Ses explications sont aussi peu crédibles concernant les sommes importantes encaissées en liquide et virées sur le compte en banque de Keriane "pour qu'il fasse les courses", abonde l'avocat de celui-ci. Sourires çà et là dans le prétoire.
Du liquide pour "faire les courses"
Au final, ce sont 10.000 euros de "revenus" qui sont retenus au terme de l'enquête en une année "d'activité" au sein d'une famille de cinq enfants dont seule la mère est à la tête, se débrouillant avec les minimas sociaux. Une famille déjà très ébranlée par une autre affaire dans laquelle un des fils mineurs a été récemment condamné pour ne pas avoir empêché un crime qui a coûé la vie à la jeune Kenya, tuée par un jet de galet sur la quatre voies menant au Port.
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Keriane est condamné à 18 mois de prison dont 12 avec sursis probatoire avec une obligation de soins et de travail, une peine aménageable avec un bracelet électronique à domicile, 1000 euros d'amende et 140 heures de travail d'intérêt général. Sa mère écope de 8 mois de prison avec sursis, 500 euros d'amende et d'un stage de responsabilisation parentale.


