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[Le podcast de Pierrot] Quand le RN fait étalage de ses idées nauséabondes...

Découvrez le nouveau podcast de Pierrot Dupuy sur les prises de position problématiques du Rassemblement national dans l'Hexagone et à La Réunion.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 3 juillet 2024 à 17H59

 

Le deuxième tour n'est pas encore passé que déjà les commentateurs se projettent à lundi, pour essayer d’imaginer les différents scénarios envisageables.

Tout est parti d’une déclaration de Marine Tondelier, hier soir, dans le "20 heures" de TF1. Évoquant une "situation politique inédite" et le "risque que le pays soit ingouvernable", la leader des Verts n’a pas fermé la porte à l’appel lancé par Gabriel Attal à une "majorité plurielle", c’est-à-dire à une coalition qui pourrait rassembler des représentants de la gauche, de la droite et du centre. Mais elle a souhaité que cela se fasse "sur des bases politiques claires".

D'où un certain nombre de conditions. "Il n’y aura pas de premier ministre macroniste, par exemple. La politique dans ce pays ne pourra pas continuer comme avant. On va devoir trouver des solutions, et il va falloir que certains, au centre, à droite, nous disent comment ils souhaitent travailler dans l’autre sens", a-t-elle notamment déclaré.

En général, ce genre de proposition arrive après les résultats définitifs, c’est-à-dire après le second tour. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on aura une image précise du rapport de forces entre les différents courants. Et au sein des coalitions, entre les différents partis. Prendre ce genre de position avant, c’est en quelque sorte envoyer un message défaitiste aux électeurs. Un peu du style : "Votez comme vous voulez, ça n’a pas beaucoup d’importance. Nous on est déjà en train de faire notre petite tambouille entre nous pour éventuellement nous allier demain avec ceux qu’on vous demande de battre dimanche". Exactement le genre d’"arrangements de derrière la cuisine" qui ont fait les choux gras du Rassemblement national et qui l'ont fait progresser dans les urnes.

Cet empressement de Marine Tondelier s’explique sans doute par son caractère. C’est une fonceuse, une battante qui s’est forgée un caractère dans ses combats contre le RN, en plein coeur de son fief d’Hénin-Beaumont, dans le Nord de la France. Elle n’hésite souvent pas non plus à prendre les devants, à mettre les pieds dans le plat, avant tout le monde.

Elle était pourtant en mauvaise posture au lendemain des Européennes où son parti avait obtenu un score historiquement bas de 5,5%. On s’attendait même à ce qu’elle soit évincée de la tête de son mouvement, dans une de ces crises dont les Verts ont le secret. Mais Marine Tondelier a su réagir et surtout faire preuve d’une vision, de courage, avant tout le monde. Dès l’annonce de la dissolution surprise de l’Assemblée nationale par le président de la République, elle a été la première à réagir en appelant tous les responsables de Gauche à former une union face au danger représenté par le Rassemblement national.

C’est ensuite dans les locaux des Ecologistes qu’après 24h de négociations forcenées, l’ensemble des partis de Gauche ont annoncé la création du Front populaire.

Plus récemment, elle a lancé un défi à Jordan Bardella sur BFMTV. Prévu pour ce soir, le débat n’aura finalement pas lieu, le président du Rassemblement national se défilant au dernier moment sous le prétexte fallacieux qu’il ne débat pas avec un second couteau. Laissant entendre que le score des Verts les disqualifie pour débattre avec lui. Une suffisance qui interroge, lui qui n’a eu de cesse de critiquer le côté hautain du président Macron. Nombre d’observateurs se demandent plutôt si ce n’est pas la peur d’affronter une débatrice qui ne lâche rien, et qui surtout connait parfaitement tous les travers du RN sur le terrain, qui l’a fait renoncer au dernier moment, alors que BFM avait déjà tout organisé.

Peut-être a-t-il aussi peur que Marine Tondelier ne lui jette à la figure la multitude de révélations récentes concernant des candidats du Rassemblement national.

Rappelez-vous, c’est Gabriel Attal qui dans un débat -déjà- musclé d’avant le 1er tour, qui avait balancé à Jordan Bardella qu’une centaine de ses candidats avaient publié ou avaient fait des déclarations homophobes et antisémites. Un candidat sur cinq ! Le président du RN n’avait pu que répéter, comme tétanisé, "c’est faux, c’est faux". L’actualité est malheureusement venue démontrer que c’était vrai.

Depuis quelques jours, les révélations se multiplient et de nombreux candidats du RN se révèlent sous leur vrai jour. Voici un florilège de quelques uns de leurs dérapages.

Dans la première circonscription de la Mayenne, la candidate d'extrême droite qualifiée pour le second tour Paule Veyre de Soras, s'est défendue des accusations de racisme portées contre le RN en s'abritant derrière le fait qu'elle avait un "dentiste musulman" et un "ophtalmo juif".

Dans la 2e circonscription du Jura, Thierry Mosca, 65 ans, est inéligible après avoir été placé sous curatelle en novembre 2023. Ça n’a pas empêché le RN de présenter sa candidature et de la maintenir malgré la révélation des faits. Par ailleurs, l'AFP révèle qu'une procédure le vise également pour "travail dissimulé", plainte qui a été classée sans suite début juin en raison d'un "état mental déficient". La préfecture n’a pas de moyen légal de s’opposer à sa candidature mais par contre, s’il est élu, des recours seront possibles et son élection pourrait être invalidée.

Dans la première circonscription du Calvados, Ludivine Daoudi s’est vu retirer l’investiture du RN après l’exhumation d’une photo d'elle datant de plusieurs années où elle pose avec une casquette de sous-officier de la Luftwaffe, arborant une croix gammée, le signe nazi.

Dans la première circonscription du Haut-Rhin, la soirée électorale a été marquée par un débat sur France 3. On y entend un candidat du RN Laurent Gnaedig lancer à son adversaire, à propos de sa nièce "qui a des origines d'un petit peu partout", en cas de suppression du droit du sol :"Votre nièce, la préfecture s'occupera de son dossier, ne vous inquiétez pas".

Dans la troisième circonscription de Mayenne, la candidate RN Annie Claire Jaccoud Bell est connue pour avoir, en 1995, commis une prise d'otage armée. Criblée de dettes avec son mari, elle avait pris en otage le secrétaire de mairie avec une carabine pour obtenir un rendez-vous. La prise d’otage avait duré plusieurs heures. Un coup de feu avait même été tiré. Mme Annie Claire Jaccoud Bell avait ensuite été condamnée par la Justice.

Selon Streetpress, Julie Apricena, la suppléante du candidat RN dans la troisième circonscription du Cher, a porté un t-shirt de suprémaciste blanc et s’affiche avec des skinheads néonazis.

Dans l'Yonne, le député RN sortant Daniel Grenon, a déclaré dans un débat retranscrit par l'Yonne Républicaine que "des Maghrébins sont arrivés au pouvoir en 2016, ces gens-là n’ont pas leur place dans les hauts lieux".

En Bretagne, Françoise Billaud, la candidate du Rassemblement national, est visée par un signalement après des publications à caractère raciste, antisémite et complotiste. En cause, des propos publiés sur Facebook où elle relayait une image suggérant de soutenir "l’hétérosexualité pendant qu’elle est encore légale". En 2021, elle avait partagé une publication d’un internaute montrant la tombe de Pétain, avec la légende "23 juillet 1951, mort en détention de Philippe Pétain, Maréchal de France".

À douze jours du premier tour, le candidat RN dans les Côtes-d'Armor, Jean-Yves Le Boulanger, était interrogé sur les accusations de racisme envers son parti. Pour s'en défendre, il avait évoqué tout d'abord avoir "des très bons amis de couleur" puis avait raconté s'être rendu à un rassemblement de motards où il y avait eu une bénédiction. "C'est un curé de couleur qui m'a béni, vous voyez et je ne l'ai pas écrasé avec ma moto", avait-il ajouté en souriant.

Dans la 1re circonscription de la Vienne, la candidate RN Emmanuelle Darles avait tenu des propos complotistes. Proche de Didier Raoult, elle avait notamment expliqué que les personnes vaccinées contre le Covid-19 émettaient des ondes "semblables au Bluetooth".

Face à cette avalanche de révélations, la plupart des candidats RN, à l’image de Jordan Bardella, ont annulé toutes leurs futures participations à des débats.

Mais revenons plus près de nous, à La Réunion, avec Christelle Bègue, candidate du RN qualifiée pour le second tour des législatives dans la 2ème circonscription face à la candidate du Nouveau Front Populaire Karine Lebon.

Notre journaliste Thierry Lauret, dans un article sur Zinfos, revient sur le débat organisé pendant l’entre-deux-tours chez nos confrères de la 1ère où Karine Lebon avait évoqué le programme de Jordan Bardella qui voudrait "supprimer la viande halal et la viande casher en France" et "recourir au menu unique dans les cantines" en supprimant "les repas de substitution", une pratique déjà appliquée "par les mairies RN comme Marignane".

"De supprimer la viande quoi ?" a fait répéter Christelle Bègue, visiblement décontenancée par la question. La candidate du Rassemblement national a ensuite confirmé qu’elle partageait les positions de Jordan Bardella.

"Est-ce que vous, Mme Bègue, vous avez l’intention de forcer nos jeunes marmay malbar à manger du bœuf, et forcer nos jeunes marmay zarab à manger du porc ?", avait demandé Karine Lebon à Christelle Bègue.

"Écoutez, Mme Lebon, je ne suis pas de votre génération. Quand j’ai eu la cantine, j’étais à l’École normale, donc on ne faisait pas un repas spécial pour les malbar, un repas spécial pour les autres. C’était le repas unique. Vous pensez pouvoir respecter toutes les spécificités de chaque personne, de chaque religion, de chaque communauté ? Dans tous les domaines vous ferez ça ? Nous sommes en France", avait conclu Christelle Bègue.

Et n’oublions pas Joseph Rivière, le candidat arrivé en tête dans la 3ème circonscription qui avait déclaré, avant le 1er tour, qu’à titre personnel, il ne fêtait pas le 20 Désamb, laissant planer un doute sur le sort qui serait réservé à notre fête « nationale ».

Face à tous ces dérapages, les responsables nationaux du RN expliquent que c’est un peu normal, vu les délais très courts, ils n’ont pas eu le temps de faire faire des "media training" à leurs candidats. Autrement dit, ils n’ont pas eu le temps de leur apprendre la langue de bois et à dissimuler ce qu’ils pensent réellement.

Gageons qu’à l’avenir, Joseph Rivière et Christelle Bègue fuiront les débats en direct. Le temps de suivre quelques cours de "media training". Ça leur permettra d’éviter de faire étalage de leur inculture et de leurs idées nauséabondes qui font honte au vivre ensemble réunionnais.

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