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[Le podcast de Pierrot] Jusqu'à quand le PS va-t-il avaler les couleuvres de LFI ?

Pierrot Dupuy consacre son podcast à l'analyse de l'élection de Yaël Braun-Pivet au perchoir de l'Assemblée nationale.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le vendredi 19 juillet 2024 à 19H27

 

L’élection hier soir de Yaël Braun-Pivet marque-t-elle un tournant décisif dans la nouvelle législature qui démarre ?

Hier soir, Yaël Braun-Pivet a été élue au 3e tour de scrutin, avec 13 voix d’avance sur le communiste-NFP André Chassaigne. Grâce à l’apport de l’intégralité des voix des Républicains version Laurent Wauquiez.

Les partisans d’Emmanuel Macron veulent voir dans cette élection les prémisses de la future coalition qu’ils appellent de leurs vœux, qui irait des Socialistes aux Républicains.

Les leaders du Nouveau Front Populaire, pour une fois d’accord entre eux, crient au scandale, et parlent de « vol » par « une alliance contre-nature » du « vote des Français ».

Les principaux concernés, les Républicains, font profil bas. Faut dire que leur attitude n’a rien de glorieux. Alors qu’ils s’inscrivent dans l’opposition afin sans doute de pouvoir candidater au poste hyper stratégique de président de la commission des finances qui revient de droit à un membre de l’opposition, ils votent en faveur de Yaël Braun-Pivet au Perchoir ! Comprendra qui voudra. Ou pourra.

On peut comprendre que la Gauche et le Rassemblement national soient furieux, car, dans le même temps, le deal passé entre Renaissance et les Républicains prévoirait en outre de faire barrage, le fameux front républicain, aux élus du RN et probablement de LFI à tous les postes stratégiques de l’Assemblée nationale.

En plus de l’intérêt politique de ces postes, ils offrent en plus des avantages en nature très intéressants : salaires supérieurs, voitures de fonction, remboursements de frais supplémentaires, etc…

S’ils font profil bas, les Républicains prennent bien soin cependant de répéter à l’envi que le vote d’hier ne préfigure en rien un accord plus large allant jusqu’à une participation de LR à un gouvernement macroniste. Tout juste si certains, mais pas tous, accepteraient un soutien à distance, en échange pour eux de réussir à faire voter des lois qui leur tiennent particulièrement à cœur. Ou pour ne pas joindre leurs voix aux députés du NFP et du RN en cas de motion de censure.

Il n’en demeure pas moins que ce ne serait pas suffisant. Un bloc réunissant les Macronistes et les Républicains n’avoisinerait qu’un peu plus de 200 députés, loin de la majorité requise de 289.

Se posent alors deux cas de figure : soit on cherche une coalition pour gouverner avec le soutien d’une majorité de députés, et dans ce cas il faut trouver au moins 289 élus qui acceptent de signer un pacte de gouvernement, soit on cherche une majorité qui accepterait de ne pas faire tomber un gouvernement minoritaire. C’est-à-dire trouver des partis qui, sans participer au gouvernement, accepteraient officiellement ou tacitement, de ne pas voter de motions de censure.

On retomberait alors dans le schéma que nous avons connu lors de la dernière mandature, avec un gouvernement obligé de légiférer à coups de 49-3 et faisant entériner les votes par l’incapacité de l’opposition à voter une motion de censure.

C’est ce dernier scénario qui se profilerait pour le moment. Mais comme nous l’avons vu, l’apport des Républicains ne serait pas suffisant. Pour que cette stratégie soit viable, il faut l’apport supplémentaire des partis dits de gouvernement, c’est-à-dire le Parti socialiste et les Verts. Et peut-être le PCF.

C’est en ça qu’il est intéressant de scruter attentivement ce qui se passe au sein du Nouveau Front Populaire. On sait que les relations y sont très tendues entre Jean-Luc Mélenchon et LFI d’un côté, et l’ensemble des autres partis de l’autre.

Olivier Faure, Marine Tondelier et Fabien Roussel auraient déjà eu mille raisons suffisantes pour claquer la porte. La dernière en date étant par exemple les insultes lancées par Sophia Chikirou, qui n’est pas n’importe qui puisque la compagne de Jean-Luc Mélenchon, qui avait comparé il y a quelques jours le hollandisme à des punaises de lit. « Le hollandisme, avait-elle dit, c'est comme les punaises de lit : tu as employé les grands moyens pour t'en débarrasser, tu y as cru quelque temps et tu as repris une vie saine. Mais en quelques semaines, ça gratte à nouveau et ça sort de partout… ». J’en connais qui auraient claqué la porte pour moins que ça !

Mais pourtant, tous, ils baissent la tête, font comme s’ils n’ont rien entendu et continuent à avaler les couleuvres. Pourquoi ?

Tout simplement parce que, en politique, le premier qui rompt est mort. Les électeurs de Gauche ont mis énormément d’espoir dans le Nouveau Front Populaire. Remarquez, il y a de quoi, quand on vous promet le SMIC à 1.600€, la retraite à 60 ans, la tête de Macron, des lendemains qui chantent, j’en passe et des meilleures. Ces électeurs le feraient payer très cher au parti qui romprait cette coalition.

Donc, chacun attend que l’autre commette la faute. A ce rythme, ça peut durer longtemps.

Le scrutin d’hier soir aura au moins permis de rétablir une vérité. Depuis le soir du deuxième tour, le 7 juillet dernier, les différents leaders du Nouveau Front Populaire n’ont cessé de répéter que la Gauche avait gagné les élections. Ce qui leur permettait, dans la foulée, de réclamer le poste de Premier ministre pour l’un d’eux. L’élection hier soir de Yaël Braun-Pivet leur a apporté un démenti cinglant.

Les voilà donc nus face à leurs mensonges. S’ils avaient vraiment gagné les élections comme ils le prétendent, c’est un des leurs qui serait aujourd’hui au Perchoir. Et ils se seraient déjà mis d’accord depuis longtemps sur un nom pour Matignon.

Chaque jour qui passe ne fait que faire apparaitre un peu plus au grand jour les fractures qui existent au sein du NFP. Des fractures qui laisseront des plaies difficiles à cicatriser.

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