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[Le podcast de Pierrot] Huguette Bello : Trois petits jours et puis s’en va

Pierrot Dupuy revient sur la télénovela de la fin de semaine : la proposition d'Huguette Bello comme candidate du Nouveau Front populaire au poste de Première ministre.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le lundi 15 juillet 2024 à 17H46

 

L’hypothèse Bello n’aura tenu que trois jours, jusqu’à ce que cette dernière ne retire sa candidature dimanche après-midi, devant le blocage des socialistes.

Pendant ces trois jours, l’ensemble de la Gauche s’est enflammée en faveur de la présidente de la Région Réunion. Interventions multiples de tous les responsables LFI, Verts et PCF devant tous les micros et toutes les caméras qui leur étaient tendues. On a même eu droit à une pétition nationale en faveur de sa candidature au poste de Premier ministre et à une manifestation devant le siège du PS, avec quelques dégradations à la clé. Quasiment inconnue il y a encore une semaine, tous les Français connaissent son nom aujourd’hui.

Pourtant, dès le départ, il apparaissait que cette désignation n’avait aucune chance de passer. Nous même l’avions prédit ici, dès vendredi. Pourquoi alors la soutenir, envers et contre tout ?
Pour comprendre, il faut lire les lettres confidentielles parisiennes, très au fait de ce qui se passe en coulisses. Et l’une des mieux informées est Playbook, la lettre d’information du site Politico. Ce qu’elle nous révèle nous éclaire sur les coulisses de cette désignation et vient confirmer ce que nous vous disions vendredi.

En fait, comme nous le supposions, mais Playbook vient le confirmer grâce à des informations recueillies auprès des meilleures sources, tout est parti des difficultés du PCF à constituer un groupe à l’Assemblée nationale. Or avoir un groupe indépendant est très important car il vous garantit des moyens importants et des temps de parole.

Le règlement de l’Assemblée prévoit qu’il faut 15 députés pour y arriver. Les communistes et les quelques renforts qu’ils ont pu glaner à droite et à gauche leur permettaient d’être 14. Pas assez. Heureusement que l’apport de trois élus réunionnais proches d’Huguette Bello, Frédéric Maillot, Émeline K/Bidi et Karine Lebon, devait sur le papier permettre aux communistes de franchir la barre fatidique des 15.

Mais le communiste André Chassaigne, le président du groupe GDR, voyait plus grand. Il aurait souhaité un grand groupe en fusionnant le groupe GDR avec celui des Ecologistes.

Pour le moment, tout allait bien. Le grain de sable est venu des 5 dissidents de LFI, Clémentine Autain, François Ruffin, Alexis Corbière, Hendrik Davi et Danièle Simonnet, qui s’apprêtaient à rejoindre ce fameux groupe écologiste, lequel voyait cela d’un bon œil

Et c’est là qu’intervient Huguette Bello, PLR à La Réunion mais LFI à Paris. Je cite Playbook : « En coulisses, un femme mettait la pression sur les élus réunionnais : la présidente du conseil régional de La Réunion, Huguette Bello. Cette proche de Jean-Luc Mélenchon poussait pour que les élus de l’île passent au groupe Insoumis. Ou que, a minima, ils ne siègent pas avec les ex-Insoumis ».

Et Playbook de poursuivre : « C’est là où les négociations internes à l’Assemblée sont venues percuter les tractations au niveau national pour Matignon. Selon une source au fait des discussions, c’est notamment pour sauver le groupe GDR que le chef du PCF Fabien Roussel a proposé le nom d’Huguette Bello au poste de Première ministre. Une façon de caresser LFI dans le sens du poil et de se prémunir ainsi contre le départ des députés réunionnais de GDR vers le groupe mélenchoniste ».

Mais la ficelle était grosse et Olivier Faure n’est pas tombé dans le piège. D’autant qu’Ericka Bareigts veillait au grain de son côté et s’était opposée à la désignation de sa future rivale aux régionales de 2026 comme candidate au poste de Premier ministre.

Oui, car il est temps de le rappeler, il n’était pas question de désigner la Première ministre mais uniquement de proposer au président de la République le nom de la candidate du groupe du Nouveau Front Populaire, qui est minoritaire au sein de l’Assemblée nationale. Le plus gros groupe certes, mais qui ne pèse qu’environ un tiers seulement de l’ensemble des députés. Autant dire que la probabilité de voir Huguette Bello nommée Première ministre, même si l’ensemble des députés NFP s’étaient mis d’accord sur son nom, était proche de zéro.

Maintenant que la présidente de Région a retiré sa candidature, retour à la case départ. La situation est à nouveau bloquée et on ne voit pas très bien ce qui pourrait la débloquer.

D’ailleurs, il est assez amusant que dans leur grande sagesse -ou folie, je ne sais, vous choisirez vous-même -, les Français aient reproduit au sein du Nouveau Front Populaire exactement la même situation qu’au sein de l’Assemblée.

Les élus LFI ne pèsent qu’environ un tiers au sein du Nouveau Front Populaire, qui lui-même ne pèse qu’environ un tiers de l’ensemble des députés. Ce qui ne les empêche pas d’avoir la prétention d’imposer leur Premier ministre à l’ensemble des Français. Rappelez-vous les propos de Jean-Luc Mélenchon le soir du 2e tour : « Le Nouveau Font Populaire appliquera son programme, rien que son programme mais tout son programme ».

Autrement dit, nous ne ferons aucune concession.

Difficile dans ces conditions de trouver une majorité pour désigner un candidat au poste de Premier ministre et encore moins de former un gouvernement…

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