[Le podcast de Pierrot] François Ruffin balance sur Jean-Luc Mélenchon et évoque des "campagnes au faciès"

Il faut dire que François Ruffin n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. "Nous avons mené une campagne au faciès. Dans les immeubles d'Amiens-Nord, quand je tombais sur un Noir ou un Arabe, je sortais la tête de Mélenchon en bien gros sur les tracts. C'était le succès presque assuré, son nom servait de passe-partout, l'étendard d'une dignité retrouvée. Mais dès qu'on tombait sur un Blanc, pas seulement dans les campagnes, même dans les quartiers, ça devenait un verrou", écrit le député de la Somme dans son livre.
Interrogé hier sur BFMTV, il enfonçait encore un peu plus le clou : "Je le dis, oui, c'est un souci. Je l'éprouvais comme une honte quand j'en venais à faire ça". "Malheureusement, je me confiais à mes camarades qui me disaient 'mais, on fait la même chose'". Avant d’ajouter : "Nous retrouvant à l'Assemblée nationale, le récit est venu de tous les députés, de deux campagnes différentes".
Autrement dit, tout le monde faisait pareil et trouvait cela tout à fait normal.
Hier encore, François Ruffin a accordé une interview au Nouvel Observateur dans laquelle il évoque "un désaccord électoral et moral qui s'est creusé depuis 2022". "C'est assumé, théorisé, revendiqué", avance même celui qui a depuis quitté LFI. "Encore ce week-end, Jean-Luc expliquait à une manifestante : 'Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers. Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps'".
Là encore, traduit en langage courant, ça signifie : "On se concentre sur les quartiers à forte présence immigrée, le reste on laisse tomber".
Des réactions à géométrie variable
Enfin, dernier motif de désaccord avec Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin évoque le meurtre du jeune Thomas à Crépol en novembre 2023 où LFI s’était fait remarquer par son absence totale de réaction. Rappelez-vous. Thomas était un jeune de 16 ans qui avait été tué d’un coup de couteau après qu’une quinzaine de jeunes issus de quartiers populaires aient affronté plusieurs jeunes invités à une fête pour protester contre le fait qu’on ne les avait pas autorisés à entrer.
François Ruffin regrette le silence étourdissant des responsables de LFI à l’époque et il déplore qu'il faille "choisir son camp, selon l'origine des victimes ou des agresseurs". "Je ne veux pas de ça pour mon pays", conclut-il.
Hypocrisie, cynisme et bassesse
Ces sorties de l’ancien député LFI ont énormément fait réagir sur les réseaux sociaux. Deux réactions au hasard : "François Ruffin avoue que les militants LFI donnaient des tracts différents en fonction de la couleur de peau pendant les élections. Imaginez si des militants RN avaient fait la même chose. Quelle aurait été la réaction médiatique et politique ?".
Ou encore : "A l'occasion des législatives des tracts distribués au faciès par ceux qui accusent les forces de l’ordre de faire des contrôles au faciès. Après cela, comment être surpris que les gens se détournent de la politique après autant d'hypocrisie, de cynisme et de bassesses ?".
Pour LFI, François Ruffin est "une honte"
Mais les critiques sont également et surtout venues en masse des anciens amis de François Ruffin. Sur X, la député LFI Ersilia Soulais se dit "soulagée qu'un homme qui n'a jamais rien compris aux luttes antiracistes ait quitté notre groupe parlementaire".
D’autres se disent "dégoûtés" du discours de leur ancien compagnon de route, ou "soulagés" de voir le parlementaire siéger dans un autre groupe, celui des écologistes.
Le député des Hauts-de-Seine Aurélien Saintoul accuse François Ruffin de ne pas être un "camarade", alors que Danièle Obono, députée de Paris, estime qu’il est "une honte".
"François Ruffin, vous étiez où toutes ces années?"
La dernière à s’exprimer sur le sujet a été l’humoriste et chroniqueuse Sophia Aram, quelqu’un que j’aime personnellement beaucoup.
Sur X, elle a dénoncé la "lâcheté" de l’ancien Insoumis. "'Campagne au faciès" et "stratégie d’ethnicisation de la politique'... Mais François Ruffin, vous étiez où toutes ces années quand je me faisais traiter de facho pour avoir osé dire ce que visiblement vous saviez déjà ?!!!!", a-t-elle asséné.
La chroniqueuse de France Inter a également commenté les révélations que le député a confiées au Nouvel Obs dans l’interview que nous citions plus haut. Il rapporte notamment que Jean-Luc Mélenchon revenait avec "dégoût" de ses visites à Hénin-Beaumont, le fief de Marine Le Pen. Il décrivait les habitants de la commune comme "presque tous obèses" et "transpirant l’alcool dès le matin".
Pour Sophia Aram, ces révélations tardives contre La France insoumise sont hypocrites et arrivent trop tard. "Quand on pense à toutes ces années de collaboration avec un parti et un homme dont il n’ignorait ni le mépris, ni le cynisme, cela en dit finalement autant sur Ruffin que sur Mélenchon, non ?", balance la chroniqueuse.


