Le moment des grands électeurs

En dehors de la sempiternelle proclamation à l'occasion des sénatoriales – nos élus porteront à Paris les préoccupations et les besoins des Réunionnais –, une courte analyse d'un élu municipal à la Possession revient poser un débat récurrent, intégration de la Réunion ou simple association avec la France.
Selon Jean-Hugues Savigny, l'Alliance "construit prioritairement un rapport de force territoire/pouvoir central". Il est venu refaire la promotion de la stratégie permanente du PCR, même si l'habillage a plus ou moins changé au cours du temps. Il est vrai que le rapport de force dans le domaine social ne s'exerce pas dans la gestion locale, et surtout pas dans les collectivités où les communistes sont aux commandes ; l'antienne des ces derniers, c'est le pouvoir parisien qui est le responsable de tous les maux dont souffrent les Réunionnais.
Bien sûr, c'est la décentralisation qui pose automatiquement un rapport de force entre le territoire et le pouvoir central ; en raison de l'insuffisance des moyens financiers accordés compte tenu des transferts de compétences, les élus ne cessent périodiquement d'interpeller le gouvernement. C'est pareil dans tout l'Hexagone. Mais pour autant, cela ne veut pas dire que la responsabilité locale doit être mise de côté, car, autrement, il y aurait une partie de nos impôts qui échapperait au débat démocratique, avant, pendant et après les décisions des exécutifs locaux. Certes, ce sont des élus, mais ce n'est pas le vote qui fait toute la démocratie locale, c'est aussi tout ce qui prépare le vote et qui par conséquent élève le niveau de conscience des citoyens. Sans ce rapport de force dans le social local qui est à la base de la politique, la Réunion ne serait plus de facto qu'une identité accolée à la République française et non une partie qui y est intégrée.
Paul Verges conscient que c'est la survie de son parti qui se joue cherche encore à se poser en seul représentant légitime de "sa" Réunion dans les rapports avec "Paris" bien qu'il ait perdu les dernières régionales, qu'il n'influence plus vraiment les mouvements citoyens, que les relais syndicaux de son parti perdent de leur ascendant. Il pourra encore briller en tant que doyen d'âge lors de la prochaine élection du président du Sénat, mais le doute commence à gagner sa base, en raison de son approche de la démocratie locale et du refus des siens d'accepter une part d'autocritique.
Les grands électeurs, souvent ballottés, négligés, peu considérés dans leur apport à la gestion courante par des apparatchiks devraient dans le secret des urnes saisir l'occasion de donner une leçon à ceux qui se voient comme une élite politique, fût-elle encore présentée comme avant-gardiste. À eux d'envoyer au Palais du Luxembourg des représentants capables de prendre du recul par rapport à la nécessaire confrontation démocratique, le Sénat ne devant pas être une réplique de l'Assemblée nationale.
Mike Martin, Saint-Gilles


