Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « Retrouver l’amour du monde »

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :
En ces jours précédant les festivités de Noël, j’avoue que je n’avais ni l’esprit, ni le cœur à la gaudriole. Acte terroriste ici ou là. Génocide de populations civiles sous le regard indifférent, quand il n’est pas complice, de la pseudo-communauté internationale. Montée des identitarismes meurtriers, etc. Le Nazaréen aurait du pain sur la planche s’il lui venait l’idée saugrenue de venir nous visiter.
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Et puis, par hasard, je suis tombé sur un vieux bouquin datant de mes années étudiantes : Condition de l’homme moderne d’Hannah Arendt. La philosophe y prend la défense, de manière vigoureuse, de toute vie humaine, à commencer par celle de l’enfant à venir, être encore indéterminé dont chaque naissance inaugure ce qu’elle nomme « un miracle ». Et ce miracle, pour elle, « sauve le monde ».
Quelques pages plus loin, Hannah Arendt valorise l’« action » dans laquelle elle voit une seconde naissance. Si la première nous a échappé, une fois adultes, nous avons la faculté de renaître en choisissant d’agir et de marquer ainsi notre appartenance au monde de nos semblables en tant qu’individu libre et responsable.
C’est ce qu’a fait Ahmed al-Ahmed, le dimanche 4 décembre 2025, sur la plage de Bondi Beach, à Sydney, en désarmant l’un des deux terroristes.
C’est également ce que font quotidiennement ces mères et pères ukrainiens qui remuent ciel et terre pour retrouver leurs enfants volés par les soudards de Poutine.
C’est ce qu’a fait le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, en célébrant, par anticipation, la messe de Noël le samedi 20 décembre, en l’église (ou ce qu’il en reste) de la Sainte-Famille de Gaza.
C’est ce que fait Alexia Audrain, une jeune ébéniste qui a conçu un fauteuil à étreindre pour les personnes ayant des troubles du spectre autistique (La Croix, mardi 23 décembre 2025, p. 22).
C’est ce que fait Meseret Hadusch, une musicienne éthiopienne qui a mis sa carrière entre parenthèses pour s’occuper des femmes violées pendant la guerre du Tigré.
C’est ce que fait Igal Ezraty, directeur du Théâtre arabo-hébreu de Jaffa, en montant des pièces qui sont autant de liens entre deux peuples qui doivent partager autre chose que la haine.
Et c’est ce que font, chaque jour, des milliers de personnes qui ne seront jamais à la une des journaux.
Le berbère Saint Augustin disait : « Pour qu’il y ait un commencement, fut créé l’homme, avant il n’y avait personne. ». C’était sa manière à lui de nous dire que toute vie est unique, singulière, que toute vie mérite considération et que seule l’action permet de réaliser les attendus d’un monde véritablement humain.
Alors respect et merci à Ahmed, Pierbattista, Alexia, Meseret, Igal, et à tous les anonymes qui, en cette période de Noël, me permettent de ne pas totalement désespérer du genre humain.


