Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « De quoi le 10 septembre est-il le nom ? »

Au mois de mai 2025, apparaît sur Telegram un appel anonyme à bloquer la France le 10 septembre. Le mot d’ordre est repris quelque temps plus tard par un groupe souverainiste du nord de la France.
La présentation en juillet, par le premier ministre, d’un projet de budget 2026 prévoyant 44 milliards d’économies, a cristallisé les oppositions. En annonçant, par exemple, une réduction de 5 milliards sur le budget de la santé ou en proposant la suppression de deux jours fériés, et en reportant aux calendes grecques la mise à contribution des plus fortunés à l’effort collectif, François Bayrou a donné du grain à moudre à tous les partisans d’une nouvelle dissolution, voire d’une démission du président de la république.
Mais que nous dit le mouvement “Bloquons tout” sur l’état de notre pays ?
Crise politique ? Crise sociale ? Crise démocratique ? Crise institutionnelle ? Crise économique ? Crise de régime ? Sans doute tout cela à la fois.
La situation actuelle est avant tout la conséquence d’un divorce lent, progressif et durable entre les citoyens, les institutions et les élus. Le mouvement des Gilets Jaunes a été un premier signal du mal-être des Français face à des inégalités de plus en plus grandes, face à un délitement du service public, face à l’absence d’horizon :
- 12 millions de Français vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Ils ont beau traverser toutes les rues, aucun emploi durable et dignement rémunéré ne leur est proposé.
- Le patrimoine cumulé par les 500 plus gros propriétaires d’entreprises et leur famille entre 2003 et 2023 a été multiplié par 9,4 (+ 844 %) ; sur la même période, l’inflation a été de 39%.
Tous ces signaux, l’exécutif les a superbement ignorés. Que sont devenus les cahiers de doléances qui avaient permis, en 2019, de recueillir la parole des Français ? Le documentaire d’Hélène Desplanques, Les Doléances (2024), permet de comprendre pourquoi l’État renâcle à la publication d’un discours sans doute trop … révolutionnaire.
L’impasse actuelle est également due à la volonté clairement affichée d’Emmanuel Macron de se débarrasser de tous les corps intermédiaires. La présidence jupitérienne à laquelle il n’a, en réalité, jamais renoncé le prive de tout interlocuteur. Or, c’est dans et par le dialogue que l’on dénoue les crises.
Et il faut bien constater que les Français ne se parlent plus, ne s’écoutent plus. À commencer par le premier d’entre eux qui a dédaigneusement jeté aux orties le résultat d’un scrutin législatif qui ne lui convenait pas.
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L’effondrement démocratique est-il pour demain ? Aucun Français ne doit le souhaiter. Mais à coup sûr une refondation sociale et politique, profonde, sérieuse, réelle, sans posture politicienne ni coup de billard à trois bandes, est plus que jamais nécessaire.


