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La rue

Voici un article revenant sur les émeutes de Londres, extrait de mon prochain livre à paraître : "La Réunion un défi toujours d’actualité"
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 18 août 2011 à 14H56

Aujourd’hui pour la plupart des populations sur terre, la question n’est plus de savoir comment survivre au quotidien, mais plutôt de savoir qui survit ? Et la ville aujourd’hui, est devenue le centre même de ce débat, de cet enjeu que nous le voulions ou pas.
Sous nos yeux, en temps réel, nous assistons nous à la fin de la démocratie tel que nous l’avons connue basée sur l’engagement des politiciens qui assurent l’unité de la cité.

L’époque basée sur le modèle grec ou la cité était le cœur des institutions démocraties et L’agora son centre social et politique est désormais révolue. La "politeia" c’est à dire le meilleur système politique, la meilleure façon de s’organiser pour surmonter les crises politiques a pris fin. Ce n’est plus dans nos agoras (assemblée nationale) où toutes nos lois sont votées, qu’ont lieu les débats houleux ou amicaux qui se tenaient à l’ombre du portique sud où des joutes oratoires d’un autre genre se déroulent sur la "Pnyx", mais dans nos rues, par les désobéissances civiques, par les émeutes. Tout ceci est donc fini.

La "civis" telle que nous la connaissons depuis le 19ème siècle à savoir la "référence à une cité", s’est effondrée. Il n’y a plus d’espace publique, cet échange commun n’existe plus, la population, les jeunes en tête, n’y adhère plus puisque ne pouvant plus s’exprimer, et crier leur désespoir.

Et ce pour plusieurs raisons :
La mondialisation est ainsi faite qu’une forme de gouvernance s’installe peu à peu sur la planète, éloignée du peuple et des intérêts de la nation ainsi qu’à leur défense. Aujourd’hui les états ne sont plus en mesure de le faire et ne veulent plus remplir ce contrat, mais préfèrent plutôt, rendre des comptes au marché financier, à l’Europe, mais certainement pas aux peuples. Cela s’explique en partie par la fragilité même de l’Union Européenne incapable de faire face et d’exister réellement, et de la catastrophe qui en découlerait pour tous les pays membres, pour ne pas dire de la planète toute entière. Ce que le président Sarkozy a bien compris quand il s’exprimé lors de ses voeux aux français le vendredi 31 décembre 2010 "La fin de l’euro serait la fin de l’Europe (...) Je m’opposerai de toutes mes forces à ce retour en arrière qui ferait fi de 60 ans de construction européenne (...). L’Europe est essentielle à notre avenir et à notre identité". Face aux revendications du peuple, une forme de gouvernance qui semble éloignée du peuple, des intérêts même de la nation et de sa défense se met en place. Ainsi donc, aujourd’hui, les états dans la mondialisation sont en difficultés et dire qu’ils sont des états nationaux qui défendent les intérêts de leur population, de leur pays, leur nation et bien cette idée n’est plus. Dans l’esprit de ces derniers le peuple est plus une "clientèle électorale" qu’un "corps électoral" et est devenu leur obligé. En cela les progrès des sciences dans les domaines de la psychologie humaine ainsi que des techniques de communication, sont d’une grande efficacité pour atteindre ce but et sont utilisés de façon peu scrupuleuse.

- Avant ce qui faisait la légitimité de l’état, c’était sa capacité à inclure le plus grand nombre dans la "civis", mais aujourd’hui les choses se sont inversées, c’est le contraire. Il n’y a plus d’intégration à un espace commun, il n’y a plus de droit à la parole, c’est le rejet et les états ne s’en cachent pas. Des visions politiques proposant un programme social basé sur une logique sécuritaire et donc de peur associée à un plan économique dit de rigueur sont les points communs à toutes les démocraties actuelles( L’histoire nous montre que face à la crise, toutes les politique d’austérité sont vouées a l’échec. Après 1929, ce sont les politiques d’austérité qui battaient leur plein . En France, en Allemagne, aux Etats unis, en Grande Bretagne. Partout on comprima les salaires des fonctionnaires, réduisit le budget de l’état, tout en s’accrochant bec et ongles à la défense de monnaie supposée forte et qui d’ailleurs ne le resta pas longtemps. Cela fut le terreau de la montée du nazisme et du fascisme et amena le déclenchement de la seconde guerre mondiale.. Le but de telles attitudes est clair, il est électoral avant tout, faisant craquer la société jusqu’à son paroxysme au travers par exemples des évaluations permanentes, de la concurrence entre salariés, de la fatigue du travail sans oublier le gel des salaires des fonctionnaires ou encore des transferts aux malades de petites charges financières pour aider à combler le trou de la sécurité sociale. Par voie de fait, le droit à la liberté et à la diversité est sacrifié sur l’autel des logiques commerciale et financière.
Aussi, dans la crise actuelle que nous vivons, les mesures d’austérité sont forcement des actes politiquement suicidaires, et nous ne pouvons que constater que des situations de conflits traditionnels salariaux ou grèves d’ouvriers n’ont plus par voie de fait leur utilité, ils ne sont plus. L’appartenance à des syndicats comme contre pouvoir au pouvoir patronal comme cela ce faisait au 20ème siècle, n’existe plus. Aujourd’hui, tout le monde, jeune et vieux, étudiant ou travailleur, syndiqué ou non, sont logés à la même enseigne. Ceci faisant les syndicalistes, les adultes donc, se retrouvent à utiliser les mêmes armes que leurs enfants en prenant de plus en plus le même répertoire à savoir la séquestration et surtout l’émeute. Pouvons nous oublier qu’ en 2009, quinze grèves ont tourné à l’émeute, touchant tous les pays, démocratiques ou autoritaires de la planète, les derniers événements survenus à Londres en sont malheureusement encore un vibrant exemple.

Nous le constatons, nous sommes à la fin d’une ère d’un monde civilisé, à la fin du fondement éthique de la démocratie telle que nous l’avons connue. Ceci est derrière nous, où le peu de confiance dans le système politique actuel s’est complètement effondré, discrédité aux yeux du peuple parce que la question essentielle de la valeur de leur vie à été remise en question dans les plans. les politiques, n’ayant pas pris en compte l’évidence du fait qu’ils ne se font plus élire pour être au service du peuple, nous sommes maintenant face à un choix de civilisation. Il faut aujourd’hui et en toute urgence retrouver l’espace qui a servi à donner la parole, à nouer le dialogue, pendant deux siècles et que l’on appelle la politique et remettre indubitablement cette "politea" au centre de l’homme.

Vers une révolution permanente

La rue s’ébranle et le peuple français revient au devant de la scène de la manière la plus brutale qui soit. Mais sachons le, il y a du positif dans cette détestable affaire de grève ou même d’émeute, elle est le meilleur moyen d’inverser la tendance, comme une sorte de mise a jour du système d’exploitation Terre. Aussi est il dommageable primo que les politiques n’en prennent pas acte et secundo que cela ne puisse provoquer des mises à jours permanentes, dynamiques complètement vitales pour une démocratie.

La jeunesse qui a compris ce qui l’attend, sait qu’elle devra l’addition (En effet des millions de baby-boomer nés après guerre vont bientôt cesser leur activité professionnelle, ce qui bien entendu mettra en évidence les limites de la solidarité entre générations. De plus selon les prévisions des Nations Unies la diminution de taux de natalité qui passera de 45% à 24 % dans les pays riches d’ici 2050 et va ainsi entrainer une augmentation du ratio de dépendance des personnes âgées, c’est à dire la population de retraités rapportée au nombre de personnes en âge de travailler. De plus l’allongement de l’espérance de vie qui continue à gagner un à deux ans tous les dix ans amenant les travailleurs à prendre leur retraite plus tard et amenant par voie de fait à toucher cette pension pendant près de vingt cinq ans. Malheureusement le report de l’âge officiel de la retraite mis en œuvre aujourd’hui ne suffira pas à résorber le déficit des retraites.) et cherche donc tout naturellement à en sortir avec toute la force que l’on a de sa souffrance. Cette dernière a besoin d’idéal, besoin que tout puisse changer. Elle veut qu’on prenne acte que la question de la valeur de la vie est essentielle et que la vie des jeunes vaut au moins plus que celle des autres et qu’on doit ainsi les prendre en compte, les respecter. Nous sommes là, nous voulons compter, nous sommes vivants, voilà ce que nous crie notre jeunesse du 21ème siècle.

Mais aujourd’hui, loin d’en prendre acte, on voit en la jeunesse un danger, une menace constitutionnellement parlant mais aussi symboliquement. Avant la société se posait la question de savoir comment inclure en son cadre mais aujourd’hui la question se posait en d’autres mots de savoir, connaître qu’ils ne doivent pas en faire partie. Ainsi en 2007 à Copenhague la maison des jeunes (lieu de la jeunesse activiste européenne, squatté depuis 1982) fut le lieu d’expulsion, ce qui amène à la réflexion suivante à savoir que les questions de droit à la liberté et à la diversité ne prévalent pas aujourd’hui face à la logique financière. Rappelons nous qu’en décembre 2008 la Grèce à écrit une de ces pires page de son histoire moderne avec trois semaines d’émeutes dans le centre ville et les universités, avec comme élément déclencheur la mort d’un jeune tué injustement lors d’une bavure policière. Cette bavure fut l’élément déclencheur, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, d’une jeunesse qui était et est confrontée à une paupérisation galopante et à un fort taux de chômage jamais vus en Grèce. Même dans la peur et la douleur on a besoin de reconquérir la joie, de reconstruire, d’espérer au travers d’autres choix, d’autre alternatives, d’autres propositions. Avec une croissance exponentielle, la Chine est devenue la 2ème puissance économique mondiale 2009 et à ainsi bénéficié de tous les avantages de la mondialisation mais aussi de ses inconvénients. Ainsi, en 2010 a t-elle connue, elle aussi, des grèves ainsi que des émeutes sans précédent. Les jeunes chinois diplômés méprisés et maltraités vont sur le net et se rendent compte qu’ils ne perçoivent pas de rémunération à la hauteur de leur compétence. Prêt de Shanghai le HangZhou fut plus particulièrement touché, et l’on a vu un sous-traitant d’Apple, Foxcon, être à l’origine du vent de révolte, de la grève dans un pays qui n’a pas reconnu la le droit de grève. Paradoxalement à l’inverse des vieilles nations occidentales, ceux qui détiennent le pouvoir( Terry Gou pdg de la Foxcon), ont rapidement intégré la choses qui se passaient en dehors de sa sphère et ont accordé ainsi la prime annuelle et l’augmentation de salaire qui étaient le sujet de revendication et en ne parlant plus de grèves ou d’émeute mais de rassemblement de masse. La conséquence logique fut l’effet boule de neige et cette manifestation fit tache d’huile et déclencha plus d’une centaine de grèves dans les entreprises au mois de juin. Les ouvriers sont sortis dans les rues et se sont affichés en plein jour amenant le gouvernement chinois à relever le salaire obligatoire de 20%. Aujourd’hui c’est l’inflation et la pression démographique qui amènent la population à la précarité. Aujourd’hui les jeunes chinois ne veulent plus travailler comme leur parents dans n’importe quelle condition, il s’agit de salaire et d’avantage, de mutuelle santé, de CDI, jour férié détente et confort et plus de démocratie avec la création de comités d’entreprises. Cette génération a la même envie que les européens, ils veulent profiter de la vie, avec des conditions agréable. ce qui aura comme conséquence dans le futur de rendre la Chine de moins en moins compétitive.

Quand l’on pense que ce raz le bol de la jeunesse s’est exprimé chez nous en 1991.

 

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