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La Réunion et les RUP en mission à Bruxelles pour sauver l’agriculture

Ecrit par P.M. – le mercredi 5 novembre 2025 à 06H36

Ce jeudi, les représentants du monde agricole et politiques des RUP se retrouvent à Bruxelles pour interpeller la Commission européenne et l'opinion sur une baisse des montants et une refonte de fonds essentiels aux agricultures et économies ultramarines, dont le POSEI, appelé à disparaître.

L’impact d’une éventuelle suppression du POSEI (Programme d’Options Spécifiques à l’Éloignement et à l’Insularité), ce sont les producteurs qui en parlent le mieux. « Concrètement, dans mon exploitation, ça m’apporte 40 centimes en local au kilo pour l’ananas, 36 centimes pour le manioc et la patate, 25 centimes pour le poulet… En fait on peut dire que c’est le bénéfice », résume Gaël Dijoux.

Président de la coopérative Anafruit, élu à la Chambre d'agriculture et représentant Outre-mer du syndicat des Jeunes agriculteurs, Gaël Dijoux fait partie de la délégation ultramarine réunie cette semaine à Bruxelles.

Une mobilisation inédite des territoires ultramarins

Élevage, pêche, fruits et légumes, canne… toutes les filières sont concernées et seront représentées sous la bannière d’Eurodom, avec le soutien des élus des six RUP françaises (Martinique, Mayotte, Guadeloupe, Guyane, La Réunion et Saint-Martin) ainsi que des Canaries, des Açores et de Madère.

Au total, cinq millions de citoyens de l’Union vivent dans les régions ultrapériphériques.

La mobilisation est à la hauteur de l’enjeu. « Le POSEI est une aide à la production au kilo, versée une à deux fois par an. Sans elle, je n’aurais plus d’intérêt à adhérer à une organisation de producteurs. L’adaptation est toujours possible, mais ce serait tuer une organisation qui a mis 15 ans à se construire et permet aujourd’hui d’atteindre un taux de couverture de plus de 70 % en fruits et légumes frais », prévient le producteur installé dans les Hauts de Sainte-Suzanne. « Ce serait aussi un frein pour le développement de la production végétale et pour l’élevage. »

Seuls les agriculteurs affiliés à une organisation de producteurs (OP) peuvent bénéficier du POSEI. En 2020, 738 producteurs étaient adhérents, une hausse de 57 % en dix ans.

"Ce serait tuer une organisation qui a mis 15 ans à se construire", alerte Gael Dijoux, président d'Anafruit et agriculteur à Sainte-Suzanne.

Un dispositif spécifique aux RUP menacé

Depuis le début des années 1990, le POSEI est l’un des dispositifs de la PAC conçu pour soutenir les RUP en tenant compte de leurs contraintes. Il aide à l’approvisionnement en matières premières non produites localement et soutient la production agricole locale.

Doté d’environ 330 millions d’euros par an pour la France (280 millions du FEAGA et 60 millions de l’État), il fonctionne avec une enveloppe dédiée et des règles adaptées aux RUP.

Cette adaptation est aujourd’hui menacée par le prochain cadre budgétaire européen avec une fusion prévue des politiques régionales « ce qui conduirait à la suppression du POSEI en tant que programme distinct », a alerté le Département dans une récente motion.

Source : chambres d'agriculture de France.

Une décision qui ferait date

« À la fin du mois de juillet, la Commission européenne a transmis une proposition de futur Cadre Financier Pluriannuel qui acte, à partir de 2028, la fin de la quasi-totalité des dispositifs européens spécifiques en faveur des Outre-mer », interpellent à leur tour les organisations agricoles dans une tribune.
Selon elles, une telle décision « signerait une rupture majeure des engagements pris par l’Europe en faveur de ses territoires les plus fragiles ».

Le Département évoque une disparition « mortifère » mettant en péril la viabilité des filières et entraînant « une hausse des prix et une fragilisation de l’élevage ».

Lire aussi : Le Conseil Départemental monte au front pour sauver le POSEI

« Le risque, c’est que les fonds dédiés aux RUP ne soient plus gérés par l’Europe mais par les États membres », ajoute le producteur de l’Est. Ce serait la fin à ses yeux de l'adaptation qui entoure actuellement les régions ultrapériphériques.

Une baisse « de 20 % du montant global de la PAC » est également évoquée.

Avertissements du terrain

Lors du salon Nou lé Lokal à Saint-Paul, Laure-Hélène Ribola, secrétaire générale de l’ARIBEV, avait alerté sur les conséquences :
« La moitié de notre fonctionnement vient de ce dispositif. Sans ces fonds, c’est la fin de notre filière et de l’installation de producteurs. »

La présidente du syndicat du sucre, Sylvie Lemaire, avait aussi prévenu sur « le danger d’une fusion de tous les fonds européens ». La filière canne, qui représente 15 000 emplois, serait directement affectée.

Lire aussi : L’ADIR alerte sur cinq menaces pour l’économie réunionnaise

« Il s’agit d’une violation de l’article 349 du Traité qui reconnaît les handicaps structurels de nos territoires », dénoncent les organisations agricoles réunies.

Dans un communiqué, la Région évoque une « inquiétante remise en cause du POSEI », dispositif permettant « de soutenir une agriculture locale compétitive, en prenant en compte les contraintes naturelles et économiques ».

Wilfrid Bertile sera notamment présent à Bruxelles jeudi pour défendre la production réunionnaise (archives).

Offensive diplomatique à Bruxelles

Jeudi, les RUP organiseront une conférence et une table-ronde pour « remettre les RUP au centre de l’agenda politique européen ».
Objectif : dénoncer la disparition programmée du POSEI, mais aussi du FEDER-RUP et des aides aux surcoûts dans la pêche. La mobilisation se veut « forte et coordonnée ».

Dans une motion qui sera remise à la Commission que nous avons pu consulter, les RUP demandent à ce que le POSEI soit maintenu « en tant qu’instrument autonome, avec un budget doublé et sanctuarisé ».

Une prise de parole du vice-président exécutif de la Commission chargé de la cohésion, Raffaele Fitto, est notamment prévue avant des prises de parole des élus réunionnais, le conseiller régional Wilfrid Bertile, la députée européenne Marie-Luce Brasier-Clain et le vice-président du Parlement européen, Younous Omarjee, qui clôturera les échanges.

Le début d'un long bras de fer. Le prochain Cadre Financier Pluriannuel (CFP) doit être adopté d'ici fin 2027.

Lire aussi : Les filières agricoles inquiètent : "l'Europe ne peut pas se désintéresser de ceux qui produisent à La Réunion !"

Etiquettes : Agriculture | RUP

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