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La Réunion deviendra-t-elle une zone franche totale ?

​À quelques semaines de la tenue du Comité interministériel des Outre-Mer (CIOM), Jean-François Carenco est semble-t-il déjà prêt à dégainer ses propositions. Auditionné ce mercredi par la commission d'enquête sur le coût de la vie en Outre-Mer, le ministre délégué chargé des Outre-Mer, après s'être montré favorable à une refonte de l'octroi de mer, s'est également prononcé pour la création de zones franches "totales" dans l'ensemble des territoires ultramarins.
Ecrit par Samuel Irlepenne – le vendredi 9 juin 2023 à 14H39

C'est lors d'un échange avec le député réunionnais Perceval Gaillard qui demandait un bilan des exonérations de cotisation pour les entreprises que Jean-François Carenco s'est prononcé pour cette mesure, "de manière à attirer de l'emploi" et "en accord avec les présidents de ces collectivités". "Faut-il baisser des charges sociales pour les salaires supérieurs à deux SMIC, je n'en suis pas sûr", a-t-il répondu au député de la 7e circonscription.

"Si aucun élu ne m'avait demandé de zone franche totale, l'idée ne m'en serait pas venue", avoue le ministre, "mais tous quelle que soit leur couleur politique la veulent."

Jean-François Carenco n'a donné plus de précisions sur la forme que pourrait prendre cette zone franche dite "totale" par rapport à une zone franche globale. La présentation de son dispositif sera faite le 3 juillet prochain lors de la tenue du CIOM.

Actuellement, l'île compte trois différentes zones franches permettant aux entreprises de bénéficier d'exonérations fiscales de différentes natures : la zone de revitalisation rurale (ZRR), la zone franche urbaine Territoire Entrepreneur (ZFU-TE) et la zone franche d'activité nouvelle génération (ZFANG).

Jean-François Carenco l'a rappelé lors de son audition, il veut améliorer le pouvoir d'achat des Réunionnais par de meilleurs salaires plutôt que par des subventions. Mais attention à ne pas voir la création d'une zone franche comme étant LA solution miracle : si la création d'une zone franche est censée faire baisser le coût du travail, il ne faut pas que diminution du coût du travail implique diminution de la qualité du travail. En clair : que les entreprises se mettent au fur et à mesure à faire du travail peu qualifié.

Deuxièmement, si la création d'une zone franche peut attirer des investisseurs, cela ne garantit pas leur installation définitive sur le territoire. Si dans 10 ans ils trouvent de meilleurs dispositifs fiscaux ailleurs, ils iront ailleurs, à l'image de ce qu'a pu connaître l'île Maurice dans les années 90/2000 lorsque Madagascar avait ouvert sa zone franche. De plus, il y a des produits qui n'ont pas vocation à être produits à La Réunion comme des automobiles par exemple.

"Le ministre dit vrai sur plusieurs points. Même s'il y a un sérieux problème d'emploi à La Réunion, il ne faut pas que cette future zone franche totale conduise l'île vers une spécialisation dans un régime à bas coût. Elle doit pouvoir faciliter l'emploi des gens à bas coût mais aussi maintenir la réussite de La Réunion vers les secteurs d'avant-garde comme dans le numérique, le tourisme ou encore les métiers de l'environnement", indique Philippe Jean-Pierre, Professeur des universités en Sciences Économiques et Sciences de Gestion à l'Université de La Réunion et à l' IAE de La Réunion.

Il ajoute : "Totale ou globale, la zone franche doit apporter un plus et éviter les effets d évictions d un secteur vers un autre. De plus, il faut apprécier finement les besoins des différents secteurs en termes d outils avantageux (fiscal, douanier, etc…). Les études sur les zones franches montrent que leur mise en œuvre doit être réaliser avec beaucoup de discernement".

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