La Réunion à la traîne en matière de formation des adultes

Selon l’Insee, les Réunionnais se forment beaucoup moins que les Français de l’Hexagone : 31 % des adultes ont suivi une formation en 2022, contre 47 % au niveau national. Le niveau de diplôme, la taille des entreprises et le chômage pèsent lourdement sur ces écarts.
La formation tout au long de la vie reste encore un privilège pour une minorité d’adultes à La Réunion. D’après la dernière enquête Insee-Dares, publiée en décembre 2025, seuls 31 % des Réunionnais âgés de 18 à 69 ans ayant terminé leur formation initiale ont suivi une formation au cours de l’année 2022, contre 47 % des adultes en France métropolitaine. Ce taux place l’île dans la moyenne des territoires ultramarins et des régions insulaires européennes comme Madère ou la Guadeloupe, mais loin derrière la moyenne européenne de 46 %.
Les écarts se creusent dès les premières années d’activité : 36 % des jeunes adultes de moins de 35 ans se forment à La Réunion, contre 57 % dans l’Hexagone. Ce sont les 35-44 ans qui accèdent le plus à la formation (49 %), avant que la tendance ne chute brutalement à partir de 45 ans. Le diplôme joue ici un rôle décisif : seuls 13 % des non-diplômés suivent une formation, contre 59 % des titulaires d’un diplôme supérieur au bac. Or, un tiers des adultes réunionnais n’ont aucun diplôme, deux fois plus qu’en métropole.
Les salariés du secteur public se forment davantage que ceux du privé
L’écart se retrouve sur le marché du travail : 44 % des personnes en emploi ont suivi une formation au cours des 12 derniers mois, contre 26 % des chômeurs et 11 % des inactifs. À titre de comparaison, ces proportions atteignent respectivement 57 %, 43 % et 21 % en France. Moins d’un demandeur d’emploi sur cinq accède à une formation à but professionnel, un constat préoccupant sur un territoire où le taux de chômage reste deux fois plus élevé qu’en métropole.
Les salariés du secteur public se forment davantage (53 %) que ceux du privé (31 %), et les écarts sont plus marqués sur l’île qu’en France. Dans le privé, les formations profitent surtout aux cadres et professions intermédiaires (plus d’un sur deux), aux salariés en CDI et à ceux des grandes entreprises. Mais 80 % des établissements réunionnais comptent moins de 20 salariés, ce qui réduit mécaniquement les possibilités de formation.
Un véritable “effet territoire”
Au-delà de ces facteurs structurels, l’Insee évoque un véritable “effet territoire”. À caractéristiques identiques (âge, diplôme, emploi, catégorie socioprofessionnelle), les Réunionnais se forment encore moins que les Français de métropole. Ils sont aussi plus nombreux à rencontrer des obstacles : près d’un tiers déclarent avoir eu des difficultés pour suivre une formation, contre un sur cinq en France. Le coût, la charge de travail, la distance ou le manque d’offres locales sont souvent cités. Et alors que la formation à distance s’est généralisée dans l’Hexagone, elle reste marginale sur l’île, concernant à peine 22 % des salariés et 13 % des demandeurs d’emploi.
Ainsi, malgré un besoin criant d’adaptation des compétences face à la transformation des métiers, la formation continue peine à se diffuser dans le tissu économique réunionnais. Un frein majeur à l’égalité des chances et à la mobilité professionnelle sur un territoire où les écarts de qualification restent parmi les plus forts de France.


