La Région adopte un budget 2026 en hausse, malgré un contexte tendu

La Région Réunion a adopté son budget primitif 2026, un budget de 1,32 milliard d’euros présenté comme “maîtrisé” malgré un contexte financier incertain. L’exécutif met en avant la hausse des investissements et son premier budget “vert”, tandis que l’opposition pointe notamment un soutien jugé insuffisant aux entreprises. Huguette Bello défend ses choix et interpelle l’État face à la montée des trafics de drogue vers La Réunion.
Mais c’est par un moment de recueillement qu’a débuté la séance, en mémoire du photographe Patrick Lauret. “Nous avons une pensée pour l’un des visages les plus connus de la Région, Patrick Lauret dit Bouba, un grand témoin de notre époque, en particulier dans les domaines du trail et du rallye”, a salué la présidente, Huguette Bello.
Les débats ont ensuite débuté par le dépôt d’une motion contre la diminution du nombre de Parcours emploi compétences (PEC). “36 % de la population vit sous le seuil de pauvreté”, a rappelé le président de la Chambre des métiers, Bernard Picardo, qui demande le maintien “au même niveau qu’en 2024” et des crédits nécessaires.
“On ne peut qu’être d’accord avec vous, nous transmettrons à qui de droit”, a répondu Huguette Bello, apportant dans la foulée son soutien aux propriétaires de coqs de combat, fortement mobilisés mercredi devant la préfecture. La présidente est également revenue sur le “combat mené par la collectivité” pour préserver le cadre financier européen actuel, en particulier sur le POSEI et le FEDER.
Autre motion, portée cette fois par l’élu d’opposition Michel Vergoz : une demande à la Région de lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la création d’une SEM chargée de l’importation et du stockage de carburants et de gaz sur le site concédé au Port, afin “d’ouvrir un chemin à la concurrence face au monopole de la SRPP”, a plaidé le maire de Sainte-Rose.

Un budget “sous pression mais maîtrisé”
Présenté par Patrick Lebreton, premier vice-président chargé des affaires générales, financières et de l’économie, le budget primitif 2026 de la Région s’élève à 1,321 milliard d’euros de crédits de paiement (fonctionnement et investissement), tous budgets confondus, et à un peu plus de 1,94 milliard d’euros en mouvements budgétaires.
Un budget élaboré “dans un climat politique et financier que chacun ici connaît”. Il rappelle “un niveau d’incertitude nationale inédit depuis le premier acte de la décentralisation”, avec un projet de loi de finances encore incertain dans son contenu et ses effets sur les finances régionales.
Sur le plan local, l’exécutif souligne des recettes fiscales “moins dynamiques”, des dotations d’État encore en arbitrage, dans un contexte de relance de grands chantiers et de contentieux encore en cours sur la Nouvelle route du Littoral (NRL).
La stratégie financière reste identique à celle engagée depuis 2021 : “maîtriser les charges de fonctionnement, augmenter les ressources lorsque c’est possible, limiter l’endettement et investir davantage pour le territoire”, résume Patrick Lebreton.
Le budget principal 2026 affiche 47 % de dépenses de fonctionnement et 53 % d’investissement, un taux d’épargne brute de 21 % et une capacité de désendettement stabilisée autour de neuf années, seuil fixé par la collectivité. Les dépenses d’investissement progressent d’environ 22,7 %, avec un effort marqué sur les grands chantiers (lycées, mobilités, NRL) et sur l’activité du BTP.

Trois axes et un premier “budget vert”
L’exécutif revendique la continuité des trois grandes priorités de la mandature : le développement humain et solidaire, le développement économique, et le développement durable et la transition écologique.
En 2026, plus de 278 M€ seront consacrés au développement humain et solidaire (en hausse d’environ 7,8 %), 100 M€ au développement économique (+2,2 %) et 321 M€ au développement durable et à la transition écologique (+27,8 %).
Pour la première fois, le rapport budgétaire s’accompagne d’une évaluation environnementale des dépenses régionales, articulée autour d’un “budget climat” (prise en compte du dérèglement climatique) et d’un “budget biodiversité” (préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers).
Sur le volet numérique et connectivité, la Région confirme également le projet de nouveau câble sous-marin, pour un montant d’environ 90 millions d’euros.
Hausse du prix de la carte grise
La Région a acté une hausse de la taxe sur la carte grise, portant le cheval fiscal à son plafond légal de 60 euros, contre 57 euros jusqu'à présent. Cette augmentation devrait rapporter environ 500 000 euros de plus par an, pour une recette totale estimée à 31,1 millions d’euros en 2026. Concrètement, pour un véhicule de 4 CV, le coût de la carte grise passera de 228 à 240 euros (+12 euros). Pour un véhicule de 6 CV, le tarif augmentera de 360 à 378 euros (+18 euros).

Entreprises, vie chère, fiscalité : les critiques de Jean-Jacques Morel
Pour l’élu d’opposition Jean-Jacques Morel, ce budget ne répond pas aux urgences économiques et sociales. Il pointe des retards sur les grands projets de lycées : “C’est votre cinquième année de mandat et il n’y a toujours pas les trois lycées annoncés”, note-t-il.
Sur les mobilités, il juge indispensable le projet de “Réunion Express”, mais estime que “ce n’est pas une initiative qui a été réellement mise sur les rails”, laissant présager que “les embouteillages, en clair, ce n’est pas fini pour nos compatriotes réunionnais”.
L’opposant insiste surtout sur deux volets : les entreprises et la vie chère. Il rappelle “un chômage deux fois et demi plus important qu’en métropole” et “une fragilité du tissu économique” marquée par la hausse des défaillances d’entreprises. Selon lui, “la Région n’apporte pas de réponse adéquate”, notamment par l’absence d’un fonds d’investissement suffisamment large et d’un accès simplifié aux dispositifs existants pour les PME-PMI et les artisans.
Sur le pouvoir d’achat, Jean-Jacques Morel invite la majorité à “suivre rapidement, sans délai, toutes les recommandations” de l’Observatoire des prix et des marges, en particulier l’élargissement du bouclier qualité-prix “de 153 à environ 200 produits” et l’intégration de nouveaux produits de première nécessité, comme les répulsifs anti-moustiques. Il critique également la hausse des taxes sur les véhicules électriques, jugée “contre-productive”, et s’interroge sur le choix de taxer “sur la puissance et non sur la consommation”.
Enfin, il met en cause la progression de la masse salariale : de 153 M€ en 2021 à 180 M€ sur le budget 2026, avec un effectif passé“de 2.789 à 2 945 agents”, soit“180 personnes embauchées en quatre ans et demi”.
Le budget a été voté à la majorité, seuls Jean-Jacques Morel et Michel Vergoz se sont abstenus.
Lycées et effectifs : la contre-attaque de Céline Sitouze
La vice-présidente Céline Sitouze, chargée notamment de l’éducation, lui répond en rappelant que “la mandature, la nôtre, ce sera deux lycées”, contre un seul sur les deux précédentes. Elle insiste sur la création d’un lycée d’enseignement adapté, “premier du genre à La Réunion”, destiné aux élèves en situation de handicap ou ayant des besoins éducatifs spécifiques, avec une première ouverture prévue à Saint-Joseph, puis un deuxième établissement dans le Nord.
Elle détaille le calendrier : première pierre du lycée des métiers de la mer posée le 12 novembre, pour une ouverture en août 2027 ; permis de construire en cours pour le lycée des métiers du tourisme et de l’hôtellerie à Saint-André, avec des travaux de VRD programmés en 2026 et une ouverture visée en 2028.
Sur la hausse des effectifs, Céline Sitouze invoque le déploiement du numérique dans les 45 lycées, la montée en charge du repas à 1 euro et les besoins liés à la conduite des chantiers éducatifs : “Notre recrutement est effectué parce que nous avons des projets (…) et nous avons besoin de personnel.”
Entreprises, social et NRL : la réponse de Patrick Lebreton
Patrick Lebreton réfute l’idée d’un manque de soutien aux entreprises et rappelle les dispositifs régionaux (FER, Cap TPE) mis en place pour accompagner les PME et très petites entreprises. Il évoque “15 millions d’euros déjà décaissés” via le FER et “10 500 entreprises aidées” depuis le début de la mandature.
Sur le social, il met en avant la participation de la Région au dispositif sur la bouteille de gaz, permettant aux ménages de payer 18 euros, tout en rappelant le désengagement du Département sur cette mesure.
Concernant la NRL, le vice-président renvoie la responsabilité des retards aux mandatures précédentes et assume le choix de la solution par digue, présentée comme un compromis entre contraintes environnementales et besoins en matériaux, tout en appelant à la vigilance sur les futurs marchés et contentieux.
Huguette Bello interpelle l’État sur le “tsunami blanc”
Interrogée en fin de séance sur les critiques d’“affichage” formulées par son opposant, Huguette Bello s’en défend. “Nous ne sommes pas dans l’affichage, il faut qu’il suive aussi les travaux que nous faisons”, rétorque la présidente, citant le chantier du lycée des métiers de la mer, estimé à près de 80 millions d’euros, dont la première pierre a été posée, ou le futur lycée des métiers du tourisme qui sera situé à Saint-André.
Elle rappelle que “plus de 51 % du budget” est consacré à l’investissement : “Nous sommes la collectivité qui investit le plus et, lorsqu’on investit, on crée de l’emploi, notamment dans le bâtiment et les travaux publics, et on donne plus de moyens à la jeunesse et aux travailleurs de La Réunion.” La présidente met aussi en avant les interventions de la Région dans le champ de la santé et le financement d’un nouveau câble sous-marin.
Huguette Bello a également profité du débat budgétaire pour alerter sur le trafic de stupéfiants touchant l'île, qu’elle qualifie de “tsunami blanc”. Elle interpelle l’État sur la nécessité de renforcer les moyens de lutte contre ce phénomène, notamment au Port. La présidente déplore que le scanner prévu soit “un scan low cost jugé insuffisant par les douaniers” et appelle à des équipements plus performants ainsi qu’à davantage de moyens humains et techniques pour protéger la jeunesse réunionnaise.
“Ce sont des problèmes de grande importance pour notre société insulaire”, insiste Huguette Bello, estimant que la réponse de l’État doit être à la hauteur des enjeux, alors que la collectivité affirme, de son côté, vouloir “bâtir une Réunion bâtisseuse, protectrice et responsable” à travers ce budget 2026.


