Municipales à Saint-Paul : le match Cyrille Melchior contre Emmanuel Séraphin se poursuit au tribunal

La série des protestations électorales enchaîne un nouvel épisode au tribunal administratif ce 2 octobre avec l’audience du recours de Cyrille Melchior contre le scrutin qui a vu le maire sortant Emmanuel Séraphin s’imposer au second tour avec 55,74% des suffrages exprimés. Une opposition gauche-droite entre le président du Département et le protégé de la présidente de Région.
Même si ce n’est pas l’unique critère sur lequel les magistrats doivent s‘appuyer pour confirmer ou non le résultat d’une élection, il s‘avère que l’écart de voix entre les candidats pèse souvent lourd dans la balance de la justice. En la matière, les 5.696 suffrages exprimés d’avance dont disposait Emmanuel Séraphin au soir du second tour des municipales à Saint-Paul, le 22 mars dernier, constituent sans doute un solide matelas à l’heure où le déroulement du scrutin est examiné par le tribunal administratif de La Réunion.
Ce vendredi 2 octobre, les magistrats se penchent en effet sur les griefs présentés par Cyrille Melchior dans un contentieux électoral dont le coup d’envoi a été donné dès juillet dernier, lorsque les candidats battus de la droite agitaient le reçu de validation de leur compte de campagne pour contraindre leurs rivaux de la gauche régionale à afficher, à leur tour, leur carnet de bonne conduite.
Mais jusqu’ici, les griefs portant sur une influence de la Région dans le scrutin municipal n’ont pas prospéré. Si le compte de campagne de Joé Bédier vient d‘être rejeté par le tribunal administratif, malgré l’avis favorable de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, c’est en raison d’une série d’émissions télévisées de communication institutionnelle de la mairie considérées comme de la propagande électorale par les magistrats.
Des remises gracieuses accordées par la régie La Créole contestées
Pour Cyrille Melchior, cependant, le fait que le visage de la présidente de Région Huguette Bello ait été affiché sur des bus du réseau régional Car Jaune durant la période de réserve électorale constitue non seulement une entorse au code électoral, mais aussi une immixtion de la communication régionale dans la campagne des municipales. Ce même grief avait déjà été déployé par Patrice Thien Ah Koon dans son contentieux électoral contre Alexis Chaussalet au Tampon, et la Région avait fait valoir un défaut de l’entreprise chargée de retirer les affiches de la présidente de Région à l’arrière des bus.
Dans leur jugement, les magistrats avaient relevé que l'ancien maire du Tampon n'apportait pas d'éléments permettant de mesurer l'effet sur le vote de l'affichage prolongé de la communication régionale sur les Car Jaune. Mais le président du Département ne conteste pas seulement le rôle supposé de la Région dans le soutien des candidats de gauche pendant la campagne. Il entend aussi dénoncer des remises gracieuses accordées par la régie La Créole, la structure qui fournit en eau ses abonnés de l’ouest depuis 2020 après avoir été à l'origine de la régie municipale de Saint-Paul.
Selon le camp de Cyrille Melchior, le cadre légal autorisant à certaines conditions l’effacement de factures d’eau impayées n’aurait pas été respecté et le plafond maximal autorisé pour les remises gracieuses aurait été largement dépassé. En février 2024, un rapport de la Chambre des comptes avait épinglé la gestion de La Créole, en pointant notamment « d’importants dysfonctionnements internes, notamment sur les procédures de recettes et de dépenses ».


