La gramoune de 93 ans et les trois ignobles : "Passez par la case prison!"

Difficile d’être plus lâche car le besoin d’argent, même urgent, ne justifie rien, et surtout pas les actes odieux, révoltants, commis par ces 3 sordides personnages.
Car leur victime, une vieille femme sans défense de Petite-Ile, est âgée de 93 ans. Et le calvaire qu’elle a subi difficilement imaginable.
Ikbal Salamut, Noorani Ahseek et Bibi Amina Dilmahamod, ressortissants mauriciens, habitent ici depuis plusieurs années et exercent le métier de vendeurs de vêtements ambulants. Ce qui permet de bien connaître les diverses topographies de l’île et, surtout, savoir à qui ils ont affaire.
C’est ainsi qu’un jour d’octobre 2014, ils jettent leur dévolu sur une vieille gramoune de Petite-Ile à qui ils ont déjà proposé leurs marchandises Et qui, pour son malheur, vit seule, totalement désarmée face à la violence.
Reconnaissance préalable des lieux
Qui, le premier, a eu l’idée de cette descente brutale chez la vieille grand-mère ? L’enquête, pas plus que les questions insistantes de la présidente Ramage, très incisive, ne permettront pas de le déterminer.
Soi-disant, le dénommé Ikbal Mahamut, en fuite à Maurice, aurait eu un besoin pressant de liquidités. Ils connaissent bien la vieille dame et savent qu’elle a quelques bijoux et une modeste pension de 800 euros par mois. Mais il n’y a pas de petits bénéfices, n’est-ce pas ? Et puis, comme le dit Ahseek, "à son âge, elle n’a pas besoin de tout ça !" C’est du moins sa complice Bibi Amina qui l’affirme avec force.
Plonger dans l’ignoble n’interdit pas la prudence. Ils décident donc d’expédier Bibi Amina en reconnaissance chez la gramoune, histoire de bien reconnaître les lieux car il s’agit de faire vite.
Selon Bibi Amina, elle y est allée "pas pou cette raison mais pour vende à li de linge". Et si elle a demandé à utiliser les toilettes, "lété pas pou voir son case mais parce que mi boir in bon peu tisanes donc mi sava souvent toilettes". Il est évident que seuls des esprits malsains pourraient trouver ça louche.
Tout sur le dos de l’absent !
Il faut croire que Bibi Amina a la mémoire courte car il lui faudra plusieurs reconnaissances pour bien mémoriser la case. Pardon… "pou vende à li d’linge". Ne reste plus qu’à exécuter le forfait.
Le 21 octobre 2014 à 13h35, quand il n’y a pas grand monde dans les rues, ils se présentent chez leur victime à deux, Ahseek faisant le guet dans la voiture. Là, l’ignominie se met en scène.
La vieille grand-momon est immobilisée, plaquée de force sur une chaise. Un bâillon lui est fourré dans la bouche. Si elle n’est pas morte étouffée, c’est qu’il y a vraiment un Dieu pour les vieilles personnes… et leurs tortionnaires. Faute de quoi ils finissaient aux Assises. Puis elle est saucissonnée.
Qui l’a bâillonnée ? Qui l’a ficelée ? Il faut se contenter de la version de la seule femme du trio maudit. Selon elle, c’est Ikbal (le fuyard) qui a installé le foulard dans la bouche de leur victime.
"Après, dit Bibi Amina, moin la voulu attache à elle moin même à cause moin lavé peur Ikbal i fé à elle mal. Moin lavé peur pou elle à cause Ikbal té capab tué à elle".
"En somme, demande la présidente Ramage, l’œil pétillant de malice, vous avez voulu la protéger ?" Réponse d’une naïveté confondante : "Oui !"
"On ligote rarement quelqu’un pour lui faire du bien", suggère la présidente, dissimulant son sentiment de révolte et d’exaspération sous une ironie bien à elle. Mais qui ne récolte qu’un soupir d’incompréhension chez Bibi Amina.
Manque de bol pour la menteuse, les seules traces d’ADN retrouvées sur le foulard et les liens sont de nature féminine.
"Moin na l’habitude dort à terre"
Ont-ils trouvé l’argent ? La réponse ne sera pas trouvée de sitôt. Où sont passés les bijoux ? "Certainement à Maurice", suggère Me Omarjee. Parce qu’avant même que l’enquête ne débute, le dénommé Ikbal Salamut a pris l’avion pour son île d’à-côté. Et que les demandes d’extradition n’ont jamais abouti. Ce qui explique que les deux complices restants sont les seuls à répondre de ces actes inqualifiables.
Leur attitude à l’audience n’a guère plaidé en leur faveur. Noorani Ahseek a fait tout un cinéma, les bras au ciel, pleurant à chaudes larmes "à cause mi vive La Rénion depu longtemps, mi aime La Rénion, tout de moune ici i conné à moin, i aime à moin !"
Et en niant l’évidence. Ainsi, la vieille victime a bien dit aux enquêteurs que Bibi Amina a menacé de la tuer si elle ne révélait pas sa cache au trésor (quel trésor, mon Dieu ?) Ce que cette dernière nie farouchement.
"Et pourquoi vous être dissimulée par terre, entre votre lit et la cloison, quand les gendarmes sont venus vous chercher ? On vous le donne en mille : "A cause mon rein i fé mal. Moin na l’habitude dort à terre !"
Malgré tout leur talent, Me Omarjee et Me Larifou n’ont pu trancher ce nœud gordien. Bibi Amina écope de 4 ans dont un avec sursis et Noorani Ahseek de 3 ans dont un avec sursis car il n’a pas participé aux mauvais traitements infligés à la vieille gramoune.
Jules Bénard


