La fièvre du graphite s'empare de Madagascar

Le batterie de votre futur véhicule électrique sera-t-elle conçue avec du graphite provenant de Madagascar ? La probabilité semble réelle, au regard des tensions en approvisionnement sur ce matériau indispensable aux industries de l'automobile, de l'électronique et surtout de l'armement.
Depuis l'an dernier, Madagascar a ravi au Mozambique la seconde place des pays producteurs de graphite, avec une fourchette de 7% à 8% de la production mondiale selon diverses études. Loin derrière la Chine (plus de 65%) dont la stratégie de stockage du minerai - pour affaiblir ses rivaux - contribue à rendre cruciale la chasse aux nouveaux gisements.
Selon les projections de GlobalData, Madagascar devrait accroître son volume de production de 17% entre 2023 et 2030, grâce à ses deux immenses ceintures de graphite situées dans le sud et dans le nord de l'île. Le 24 octobre dernier, la société canadienne NextSource Materials, qui exploite à 160 km au sud-est de Tuléar la mine de Molo, a annoncé avoir livré en graphite concentré ses premiers clients en Allemagne et aux États-Unis.
« Une mine d'or pour l’État malgache »
Installée sur une immense parcelle de 308,6 km², la mine de Molo regorge de graphite (17.000 tonnes par an, puis potentiellement 150.000 tpa après expansion), mais aussi de vanadium (un métal rare) et de 25 autres minerais. Un graphite concentré vendu sous la dénomination commerciale de « Super Flocon » et qui présente, selon NextSource Materials, une teneur en carbone supérieure à 98% qui la destine à des produits ou des batteries haut de gamme.
Une vraie mine d'or pour l’État malgache, qui a cédé l'exploitation du terrain pour une bouchée de pain mais qui perçoit une redevance de 5% des revenus générés par Molo. Un pourcentage qui descendra à 2,5% après l'expansion de la mine.
Comme l'a relevé Les Arcanes de la géostratégie, c'est la France qui, la première, a décelé le potentiel de l'île Rouge en matière de graphite, missionnant dès 1894 le géographe Alfred Lacroix dans les pas du général Joseph Gallieni pour cartographier les richesses minérales du pays.
Entre 1910 et 1921, la France puisera dans les terres de sa colonie les ressources nécessaires pour faire la guerre en Europe et alimenter son industrie de la métallurgie.
Un siècle plus tard, le graphite demeure un composant indispensable à la fabrication de certains alliages de métaux précieux. Mais il s'est surtout imposé dans les composants électroniques les plus sophistiqués. Ceux dont s'abreuve l'industrie militaire pour le pilotage et le guidage des avions de chasse ou des sous-marins, sans oublier les satellites et les drones de surveillance.
Outre la mine de Molo et ses 141 millions de tonnes extractibles, la ceinture de graphite du sud de Madagascar dispose encore des réserves des projets miniers d’Ianapera (35 millions de tonnes) et de Maniry (380 millions de tonnes) opérés par Evion Group, un consortium réunissant l'Inde et l'Angleterre.
De quoi pourvoir en partie aux besoins urgents en graphite des États-Unis, de l’Inde et de l’Europe, mis sous pression en raison du blocus orchestré par la Chine. L'appétit de cette dernière semble sans limite : selon La Tribune, l'ambassadeur de Chine a demandé le mois dernier au gouvernement malgache de lui fournir une traduction en mandarin du code minier de la Grande Île.
Une usine d'anodes de batterie à Maurice
De fait, la nomination récente à la tête de NextSource d'un spécialiste de la valorisation financière des minerais, le Sud-Africain Hanré Rossouw, a été perçue comme un signal fort envoyé aux marchés.
La production de graphite induit une grande consommation d'eau et d'électricité, deux ressources qui manquent cruellement aux habitants du sud malgache. Si la société canadienne en charge de l'exploitation de la mine de Molo a largement communiqué sur son recours à de l'énergie hybride utilisant du photovoltaïque, NextSource ne semble toutefois pas avoir avoir contribué à améliorer sensiblement le quotidien des habitants du village voisin (13 km) de Fotadrevo.
La firme basée à Toronto a pourtant consenti de gros investissements financiers pour aménager une piste d'aviation et carrosser les routes utilisées par les camions transportant les sacs de flocons de graphite. Le réseau routier de l'île Rouge, en très mauvais état et particulièrement sensible aux intempéries, complique le remplissage des cales des bateaux qui transitent par le port privé de QMM (une autre société canadienne) à For-Dauphin.
Même si l'équipement portuaire est moderne et parfaitement situé sur les routes maritimes sécurisées menant à l'Europe, le golfe du Mexique et l'Australie, NextSource n'aurait pas abandonné l'idée d'investir dans l'aménagement du port de Tuléar, bien plus facile d'accès. La société basée à Toronto doit par ailleurs construire à l'île Maurice une usine d'anodes de batterie officiellement destinées au marché des voitures électriques.


