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La CPME Réunion présente sa "boussole stratégique" pour redonner un cap aux entreprises locales

Ecrit par S.I. – le jeudi 16 octobre 2025 à 14H44

"Sortir de la navigation à vue" : c’est l’ambition affichée par la CPME Réunion avec sa "boussole stratégique", présentée ce jeudi 16 octobre. Un plan d’action collectif pour défendre la LODEOM, soutenir les TPE et redonner confiance à des entrepreneurs fragilisés par cinq ans de crises successives.

Face à un climat économique jugé incertain et à des réformes nationales perçues comme déstabilisatrices pour les Outre-mer, la CPME Réunion a présenté ce jeudi 16 octobre sa "boussole stratégique", un document de référence destiné au gouvernement comme aux acteurs économiques. Portée par son président Gérard Lebon, cette initiative vise à "sortir d’une navigation à courte vue en eaux tumultueuses" et à offrir une vision de long terme aux chefs d’entreprise réunionnais.

“Donner de la visibilité à nos chefs d’entreprise”

"Ce document a été élaboré pour que le gouvernement mesure nos besoins spécifiques et apporte une stabilité durable à nos territoires", a expliqué Gérard Lebon en conférence de presse.

Fruit d’un travail commun entre les CPME des différents Outre-mer, cette "boussole stratégique" trace un cap sur cinq à dix ans. Elle s’inscrit dans une logique proactive. "Nous voulons arrêter d’être uniquement sur la défensive face aux décisions nationales, et proposer des solutions concrètes pour nos entreprises", insiste Gérard Lebon.

Le président de la CPME Réunion alerte notamment sur les conséquences d’éventuelles réductions de la défiscalisation ou du dispositif LODEOM, deux leviers essentiels pour l’économie insulaire. “Raboter la LODEOM, c’est créer davantage d’instabilité et empêcher les entreprises de se développer, de créer de l’emploi et de maintenir un outil de cohésion sociale fort”, a-t-il martelé.

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Une vision structurée autour de quatre axes

Cette boussole repose sur quatre "points cardinaux" : la résilience territoriale, pour renforcer la capacité des entreprises à résister aux crises ; l’intégration régionale, en resserrant les liens économiques avec l’océan Indien ; la différenciation territoriale, afin d’adapter les politiques publiques aux réalités ultramarines ; et enfin la justice économique, pour compenser les désavantages liés à l’éloignement géographique.

"Ce que nous proposons, c’est une co-construction avec l’État. Nous voulons qu’il comprenne nos besoins et qu’il sorte d’une logique de rabotage permanent", a souligné Gérard Lebon, appelant de ses vœux une loi d’orientation ou une loi-programme dédiée à la stabilité économique des Outre-mer.

Des chefs d’entreprise en quête d’air et de visibilité

Les témoignages recueillis lors de cette présentation ont illustré les difficultés concrètes rencontrées sur le terrain. Jean-Charles Bertrand, administrateur de la CPME et gérant du Mafate Café, a décrit un secteur du tourisme "épuisé par cinq années de crises successives". "Nous avons connu le Covid, l’inflation, la flambée du coût des matières premières, et aujourd’hui, les difficultés de recrutement. Si l’on réduit encore la LODEOM, c’est tout notre équilibre économique qui s’effondre", a-t-il averti.

Pour son établissement d’une vingtaine de salariés, l’abattement de charges lié à la LODEOM représente environ 10.000 euros par mois, soit "l’équivalent d’un ou deux emplois". "Supprimer ce dispositif reviendrait à bloquer tout investissement et à geler nos projets. La LODEOM n’est pas un privilège fiscal, c’est un lien social sur le territoire", a-t-il indiqué.

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De son côté, Marie-Claire Fortuné, ingénieure agronome et administratrice de la CPME, a souligné le besoin d’un cap commun pour les petites entreprises. "Nous naviguons à vue, esseulés, sans visibilité. La boussole stratégique est pour nous une véritable direction, un outil concret pour éviter les licenciements liés à la contraction du marché local", déclare-t-elle.

Elle a également présenté une proposition innovante issue du document : la création d’un "bassin d’emploi à dynamiser" pour La Réunion, inspiré d’un dispositif hexagonal. "Ce bassin permettrait de regrouper les aides existantes – LODEOM, défiscalisation, apprentissage – tout en offrant des exonérations ciblées pour les entreprises qui réinvestissent localement. Ce n’est pas un avantage fiscal, mais une réponse adaptée à nos handicaps structurels", a-t-elle précisé.

Enfin, Guillaume Nice, également administrateur de la CPME, a mis en lumière un autre enjeu majeur : les délais de paiement. "Nous travaillons à flux tendu et les retards de règlement, parfois de 60 à 90 jours, étranglent notre trésorerie. Obtenir un découvert bancaire devient presque impossible". Pour y remédier, il défend la mise en place d’un système d’affacturage inversé, où les clients – publics comme privés – pourraient payer leurs fournisseurs plus rapidement grâce à un intermédiaire financier. "Cette stratégie de bon achat (SBA) donnerait de l’air aux petites structures et sécuriserait leur capacité à payer salaires et charges dans les temps."

“Un phare dans le brouillard économique”

En conclusion, Gérard Lebon a réaffirmé la volonté de la CPME Réunion d’agir comme un repère pour les entreprises locales : "Dans le brouillard dans lequel nous sommes, cette boussole est une lumière, un phare, un cap. Les chefs d’entreprise peuvent compter sur nous pour défendre leur stabilité économique."

Optimiste, il espère que la nomination du nouveau gouvernement et de la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, apportera "la stabilité politique nécessaire pour avancer en cohérence".

Etiquettes : CPME | LODEOM

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