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La centrale EDF du Port mise en demeure d’évacuer ses huiles usagées

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 20 juillet 2025 à 06H24
Photo Serge Marizy

La préfecture de La Réunion a mis en demeure EDF-PEI de procéder, dans un délai de dix mois, à l’évacuation des déchets stockés de manière non réglementaire sur le site de la centrale électrique du Port. Selon l’entreprise, il s’agit d’une phase transitoire liée à l’utilisation de biomasse liquide pour la production d’énergie.

Avec sa puissance électrique de 212 Mégawatts, la centrale EDF-PEI du Port couvre plus de 40 % des besoins en électricité de l’île. En toute logique, elle produit une grande quantité de déchets pour parvenir à cette performance. Et quand bien même si, depuis décembre 2023, la centrale électrique est passée du fioul à la biomasse liquide (en l’occurrence de l’huile de colza) pour son alimentation.

Une transition énergétique réussie selon EDF-PEI, qui explique avoir réduit de 750.000 tonnes ses émissions directes de CO₂ en 2024, en plus d’une suppression totale de ses émissions de soufre et d’une diminution de 95 % de ses émissions de poussières, selon les chiffres de l’organisme de contrôle indépendant Apave.

Lire aussi : Biomasse : la centrale EDF souffle sa première bougie verte

Revers de la médaille : le producteur d’énergie s’est laissé envahir par les déchets produits par son activité. Dans un arrêté en date du 13 juillet dernier, les services de l’État rappellent que « la zone de stockage des déchets dangereux mise en place (…) n’est pas autorisée par les arrêtés préfectoraux qui réglementent l’installation ».

Le seuil autorisé des 185 tonnes de déchets stockés dépassé

Les échanges entre la DEAL et la direction de la centrale électrique du Port ont débuté en mars dernier. À l'époque, une inspection sur site révèle que la quantité de déchets dangereux stockés dépasse « la quantité autorisée ». Et qu’une « grande partie des cubitainers contenant les déchets dangereux n’est pas stockée sur un système de rétention adapté ou ne dispose d’aucun système de rétention ».

De quels types de déchets dangereux s’agit-il et comment l’entreprise en est-elle arrivée à dépasser le seuil autorisé de 185 tonnes stockées sur site ? À la première question, le directeur de la centrale EDF-PEI, Alexandre Sengelin, sollicité par Zinfos974, se veut rassurant : il ne s’agirait que de déchets constitués d’un mélange (aux proportions encore non définies) d’eau, d’huile de colza non cancérogène et biodégradable, ainsi que d’huile moteur.

Alexandre Sengelin, directeur de la centrale EDF-PEI.

Dans l'attente des résultats d'analyse des déchets

Si ces déchets constituent un danger, c’est principalement d’un point de vue environnemental. Les dégâts pourraient être considérables si plusieurs tonnes de ce mélange venaient à se déverser dans la nature. L’entreprise précise avoir suivi les directives de la DEAL en organisant la rétention d’éventuelles fuites des cubitainers dans lesquels sont stockés les déchets. Les cubitainers sont arrimés au sol en cas de vents cycloniques.

Selon Alexandre Sengelin, deux facteurs expliquent la difficulté rencontrée par EDF-PEI pour évacuer ses déchets : d’abord, le cyclone Garance, qui aurait perturbé le flux des navires de transport maritime. Enfin, les études en cours par le laboratoire public Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), dont les résultats d’analyses, attendus pour le mois d’octobre, définiront si les déchets de la centrale électrique du Port seront maintenus classifiés comme dangereux ou non.

Centrale, EDF-PEI

« On est les seuls au monde à produire ces déchets. Quand on est pionnier dans un domaine, toute la chaîne est pionnière, donc c’est la suite logique. Si, fin octobre, l’Ineris classe nos déchets non dangereux, ce qui est probable, du coup les normes d’évacuation par transport maritime ne seront plus les mêmes. On pourra en évacuer plus », fait valoir le directeur d’EDF-PEI, en indiquant travailler avec une entreprise locale afin de développer un procédé permettant de rendre inertes les déchets de la centrale.

Des mesures correctives prises par EDF-PEI

Si la préfecture a pris en compte les mesures correctives mises en œuvre par l’entreprise, comme l’affichage des risques encourus sur le site de stockage, elle n’en a pas moins mis en demeure EDF-PEI d’évacuer, dans un délai de dix mois, la quantité nécessaire de déchets pour repasser sous la barre des 185 tonnes entreposées sur le site du Port.

Interrogé sur le tonnage de déchets actuellement stocké, Alexandre Sengelin ne donne pas de réponse, mais assure qu’il est deux fois moins élevé que lorsque la DEAL avait fait son contrôle, en avril dernier. Pas certain pour autant que le tonnage se situe sous le seuil des 185 tonnes de déchets dangereux.

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