Justice en Outre-mer : un plan ambitieux de Gérald Darmanin, mais des mesures plus limitées pour La Réunion

Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a présenté le 11 décembre un vaste plan de renforcement de la justice dans les territoires ultramarins. Baptisé Plan PHARE, il vise à répondre à une criminalité jugée structurelle, avec des annonces fortes pour certains territoires, tandis que La Réunion apparaît moins directement concernée par les mesures les plus visibles.
Avec ce plan de Haute Ambition pour Renforcer l’État (PHARE), le ministère de la Justice assume un changement de doctrine. Les Outre-mer sont désormais considérés comme une priorité nationale, face à des phénomènes criminels que l’exécutif place au même niveau de menace que le terrorisme. Concrètement, l’État prévoit une hausse accélérée des moyens humains et judiciaires, avec une augmentation annuelle de 7 % des effectifs de magistrats outre-mer, contre 3 % dans l’Hexagone, pour atteindre 475 magistrats en poste à l’horizon 2026.
La Réunion ciblée par des réformes de fond
Contrairement à Mayotte ou aux îles du Nord, La Réunion ne bénéficie pas d’annonces spectaculaires comme la création d’un tribunal ou d’un nouvel établissement pénitentiaire. L’île est en revanche pleinement intégrée aux réformes procédurales et aux moyens du quotidien. Elle est explicitement concernée par la nouvelle circulaire de politique pénale, la première depuis quinze ans, qui cible les trafics de cocaïne, de cannabis, d’ice (qui ravage la Polynésie) et de drogues de synthèse.
Ce volet résonne avec une réalité locale marquée par une hausse de la consommation de stupéfiants. À La Réunion, cette évolution se manifeste notamment par le nombre important de mules interpellées à l’aéroport Roland-Garros, révélant l’inscription de l’île dans les routes du narcotrafic. La Réunion connaît une inquiétante montée de la consommation de DOU, une drogue de synthèse particulièrement addictive et nocive.
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Autre mesure attendue localement, l’adaptation des horaires des concours nationaux de la magistrature et des greffes, afin de mettre fin aux épreuves organisées en pleine nuit en raison du décalage horaire. L’île est également intégrée au plan interministériel 2025-2028 liant justice et éducation, qui traite l’illettrisme comme un facteur aggravant de marginalisation judiciaire.
La Réunion reste par ailleurs concernée par les priorités nationales en matière de violences faites aux femmes, un contentieux qui mobilise régulièrement les juridictions locales et s’inscrit dans le renforcement annoncé de la réponse pénale.
Des annonces majeures concentrées sur d’autres territoires ultramarins
Les mesures les plus structurantes concernent en revanche d’autres territoires. À Saint-Martin et Saint-Barthélemy, la création d’un tribunal judiciaire de plein exercice doit mettre fin à la dépendance vis-à-vis de la Guadeloupe dès l’été 2026, tandis qu’une prison modulaire de soixante places est programmée pour les courtes peines et la détention provisoire. Mayotte et le Pacifique bénéficieront également de structures carcérales modulaires afin de désengorger des établissements saturés.
Sur le volet du narcotrafic, la stratégie affichée est résolument internationale. Des magistrats de liaison voient leur champ de compétence étendu dans la zone Caraïbe et en Amérique du Sud, tandis que le futur parquet national anticriminalité organisée, annoncé pour janvier 2026, pourra se saisir des dossiers ultramarins les plus complexes. À cela s’ajoutent des mesures plus concrètes du quotidien, comme la généralisation des visio-audiences ou le déploiement d’audiences foraines dans les zones isolées.
Présenté comme un plan de « justice jusqu’au dernier kilomètre », le dispositif dessine une justice ultramarine renforcée, mais à géométrie variable. À La Réunion, l’accent est mis moins sur les infrastructures que sur l’adaptation des outils judiciaires à des problématiques bien ancrées, entre narcotrafic, violences et réponse pénale du quotidien.


