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Répression sévère et accompagnement : la double stratégie contre les mules

Ecrit par Lucas Candessoussens – le samedi 13 décembre 2025 à 07H41

À La Réunion, la justice et les douanes renforcent leur dispositif face à la recrudescence des mules impliquées dans l’importation de stupéfiants. Entre répression stricte, prévention et accompagnement, les autorités tentent d’enrayer un phénomène en pleine mutation.

Cinquante-deux mules ont été interceptées à La Réunion depuis le début de l’année. Et quand elles sont jugées au tribunal, les peines prononcées sont sévères. Alors comment expliquer cette réponse pénale aussi forte à La Réunion ? Lors de la conférence de presse organisée à l'aéroport Roland-Garros mardi dernier, des éléments de réponse ont été apportés par la justice.

Lire aussi : « Fais pas ta tête de mule » : l’État lance sa campagne anti-mules par un contrôle musclé à Roland-Garros

«L’idée, c’est d’avoir une répression très sévère, mais qui ne s’attache pas qu’au transporteur de stupéfiants », explique la procureure du parquet de Saint-Denis, Véronique Denizot. D’après elle, l’interpellation des mules permet non seulement de démanteler des filières mais les peines prononcées au tribunal ont un effet dissuasif sur les mules.

Afin de renforcer le volet prévention envers les transporteurs de stupéfiants, la campagne de prévention « Fais pas ta tête de mule » rappelle les peines encourues au tribunal mais également les conséquences pécuniaires. En effet, les amendes douanières peuvent parfois s’élever à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Les drogues de synthèse veulent se faire une place au soleil

Un phénomène explose à La Réunion : c’est la drogue de synthèse. Si les chiffres placent pour l’instant le cannabis et la cocaïne comme les premières en termes d’importation, le « Dou » et le « B13 » ne sont pas à prendre à la légère.

Début décembre d’ailleurs, un Francilien a été arrêté à la douane avec de la cathinone dans ses bagages. Une drogue pas forcément moins chère sur le marché que la cocaïne, par exemple, mais dont les effets sont puissants. Des stupéfiants que l’on retrouve de plus en plus dans les bagages des transporteurs.

« Jusqu’à l’année dernière, le vecteur privilégié par les organisations criminelles, c’était les colis postaux. Depuis cette année, on voit qu’il y a un changement dans leurs techniques : on a arrêté 52 mules contre 25 l’année dernière », explique Nicolas Le Gall, directeur régional des douanes.

Toutefois, cette « abondance » de drogues est à relativiser. Les douanes nous expliquent qu’en comparaison de la même période l’année dernière, les chiffres de saisies sur la cocaïne sont stables et ceux du cannabis en baisse.

Des mules parfois victimes, souvent accompagnées

Alors que le discours des autorités parle des mules comme étant « victimes », la procureure émet la volonté de renforcer le côté « prévention » de cette lutte contre les stupéfiants.

Ce travail est en partie réalisé par le SCJE (Service de contrôle judiciaire et d'enquêtes), une « association » mandatée par le ministère de la Justice pour accompagner, entre autres, les condamnés pour une réinsertion.

L’antenne locale est souvent en contact avec les mules qui sont emprisonnées sur l’île. « Il est vrai que nous avons aujourd’hui pas mal de femmes », explique Maylis Acoulon, directrice des établissements de l’océan Indien. « Les femmes, elles sont vraiment dans une difficulté financière, parfois de jeunes mamans avec leurs enfants, qui sont utilisées pour ramener du produit ». Une problématique qui en engendre d’autres : prostitution, addiction…

C’est en les accompagnant qu’un travail de réinsertion peut s’effectuer. « On a un projet particulier pour renforcer notre contrôle judiciaire. Cela passe par le biais d’un addictologue et d’une psychologue qui prennent en charge ces personnes pour les conscientiser […] et leur faire comprendre que les stupéfiants ont un réel impact sur la société ».

Etiquettes : Mules | Stupéfiants

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