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Je vais encore me faire des amis

Ecrit par zinfos974 – le lundi 10 août 2009 à 09H16

Sûrement pas dans la profession d’usinier, d’ouvriers spécialisés. 30, 40 ans de labeur à pointer à l’usine. Quatre décennies à respirer du dissolvant, de la graisse, du trichloréthylène, des vapeurs de souffre, des particules en suspension de peinture, de copeaux, du plastic. Acier rouge et mains d’or. Interdit de se plaindre. Un peu tout de même avec le syndicat corrompu. Dans des cartons de tracts imprimés pour la contestation, passées en douce des batteries 12 volts et des clés de 13 pour l’auto devant le gardien en uniforme qui n’y voit que du feu.

J’ai connu un ouvrier qui a réussi l’exploit magistral. Il a détourné toutes les pièces détachées d’un tracteur de semi-remorque. Pour les remonter en kit chez lui dans le hangar de la ferme de son père. Dénoncé le jour où il mis le contact pour démarrer le camion. Licencié pour faute professionnelle grave. Le parqueur d’autos fut renvoyé dans ses foyers en passant quelques semaines par la case prison. Il fit la Une du journal Normand. Mine de rien ce fut une chance pour lui de ne pas rester plus longtemps à respirer quotidiennement des vapeurs nocives et mourir prématurément victime d’une maladie professionnelle avant l’âge de la retraite.

Regardez-les ! Les O.S, P1, P2, P3, chefs d’équipes, agents de méthodes. Usés par le travail à la chaîne. Ridés, pas rasés, bedonnants, fatigués par la clope et le Pastis. La contestation vient trop tard. Ils font pitié à réclamer 30.000 euros de prime de départ. Et puis vous comprenez ! L’ouvrier bon, il demande ça ! (C’est la longueur de l’avant bras jusqu’au coude) Bon, Le patron, il lui donne ça ! (C’est la longue de la main jusqu’au poignet) Mais il le prend ! Le gars repart chez lui avec 11.500 euros en chantant. "On a gagné !". 11 mois de galère.

Puis vint les beaux jours, après le printemps, les violettes, les jonquilles dans le bois joli, les roses en boutons sur la pelouse du pavillon. C’est le temps du repos, le temps des vacances des congés payés. 30 juin quatre heures de l’après-midi. Vu de mes yeux vu. Bobonne encore avec les bigoudis sur la tête, dans la R16 moteur en marche, sur le parking de l’usine, deux marmailles sagement assises sur la banquette arrière, l’air dubitatif se demandent-ils. Quelle aventure nous attend avec papa ? La tente de camping sanglée sur la galerie, le coffre plein à craquer. Elle n’avait rien oublié. Elle avait tout préparé. Des fringues et des victuailles. Le slip de bain et puis le saucisson, les cornichons, du pain du beurre, la confiture et l’apéro. Plus une seconde à perdre direction Nationale 7.
Si je n’avais pas le physique que j’ai. Mes convictions. Mon destin était tout tracé avec mon CAP d’Ajusteur-Tourneur-Fraiseur. Échappée belle.

Gilles Bayet de la Ravine Blanche

 

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